«Il nous tirait comme des lapins»

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Larbi Yahia (à gauche) a vu son ami Khaled Belkacemi mourir.

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Larbi Yahia a vu le tireur de près. Il était à quelques mètres de lui dans la mosquée lorsque le carnage a commencé. « Il nous tirait comme des lapins. C'était un après l'autre. Je peux vous dire que c'était un professionnel. Il rechargeait son arme avec une telle assurance, une telle efficacité. Il savait ce qu'il faisait », relate-t-il.

Algérien d'origine, M. Yahia assure qu'il n'y avait qu'un seul tireur. « Nous nous sommes regardés les yeux dans les yeux. J'ai vu le pistolet. Les rafales qu'il tirait, et le sang-froid incroyable qu'il avait. Je pourrais reconnaître cette personne n'importe où », dit-il.

Pour une raison qu'il ignore, il a été épargné par l'assaillant. Mais son grand ami Khaled Belkacemi, professeur au département des sols et de génie agroalimentaire de l'Université Laval, n'a pas eu autant de chance. Le père de trois enfants, âgé de 60 ans, est mort sur les lieux.

C'est M. Yahia qui était allé le chercher à la maison, quelques minutes plus tôt, pour l'inviter à aller prier avec lui. « Je lui ai dit : on va faire un tour, on parle de hockey, du Canadien, puis on revient. Je l'ai échappé belle, mais je n'éprouve pas de haine à l'égard du tueur. Que Dieu lui pardonne son geste », dit-il.

« Je veux d'ailleurs transmettre un message de paix, d'amour, de tolérance à tout le monde. Ce sont des valeurs qui m'ont été inculquées en Algérie, mais c'est aussi les valeurs qui ont été renforcées, ici au Québec. J'espère de tout coeur que ce drame n'est qu'un geste isolé et qu'il ne viendra pas enfreindre la relation formidable qu'entretient le Québec et toutes ses communautés culturelles. Le Québec est le plus beau pays du monde. Je suis coach de hockey, je vis ma vie à pleins poumons, comme un Québécois, ne laissons pas la haine détruire ça », implore M. Yahia.

Au domicile de la victime, situé non loin de l'aéroport Jean-Lesage, des dizaines de membres des communautés algérienne et maghrébine de la région de Québec se sont relayés jusqu'à tard en soirée pour venir offrir leurs condoléances à sa famille. La femme de M. Belkacemi, Safia Hamoudi, aussi professeure dans le même département, a reçu en après-midi la visite du doyen de sa faculté. « Elle est dévastée. Toute la communauté essaie de la consoler, mais c'est un drame terrible pour elle et ses enfants », a raconté Safia Chefaoun, une amie de la fille du défunt.

Les proches de M. Belkacemi le décrivent comme un grand sportif. Il jouait au soccer régulièrement et faisait du jogging presque tous les jours.

«On jouait ensemble à la pétanque, dans un club de la communauté algérienne. On se voyait en moyenne une fois par semaine, pour se faire du fun, pour vivre comme tout citoyen québécois. Le responsable de cette tragédie, c'est la bêtise humaine.»

Nasradine,
ami de la victime depuis plusieurs années

Arab Boussaid, un médecin qui le côtoyait parfois à l'université, insiste pour dire que M. Belkacemi était une personne humble, « qui vous arrachait un sourire à chaque fois que vous le croisiez ». « Tout en lui décelait un être humain sage. J'espère que son sacrifice n'est pas vain et qu'il y aura une prise de conscience de la part de la société. »

CRITIQUE DES « RADIOS POUBELLES »

Dans le stationnement de la coquette maison, plusieurs visiteurs en avaient gros sur le coeur contre certaines stations de radio de la capitale. Toufik, un chauffeur de taxi avec qui M. Belkacemi s'entraînait au gym régulièrement, insiste pour dire à quel point son ami avait des habitudes identiques à celles de n'importe quel Québécois. « Ce sont les radios poubelles qui pompent les gens à bloc contre les immigrants et qui poussent les gens à nous voir comme des personnes différentes », a-t-il dit.

« J'ai entendu beaucoup de haine à l'égard des musulmans sur les ondes des radios poubelles. Je ne sais pas ce qu'attend le CRTC, mais il devrait agir », a pour sa part lancé M. Yahia, avant d'entrer dans la demeure pour transmettre ses condoléances à la famille.

Plusieurs des personnes présentes ont évoqué la tête de porc qui a été laissée sur le parvis de la mosquée en juin dernier, un incident qui a troublé la communauté. « J'espère que le drame que nous vivons est un geste isolé et que ça ne cache pas une véritable idéologie. On est venus ici pour contribuer à la société. Maintenant, j'ai peur pour mes enfants », a dit Yassin Boulnemour, un autre ami.

« La leçon qu'on doit tirer : on ne devrait jamais banaliser les actes mineurs. Tout signe de xénophobie ou d'intolérance devrait être fortement dénoncé », croit M. Boussaid.




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