Vers un déclin de l'antimilitarisme québécois

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Une femme va déposer des fleurs au pied du cénotaphe où le caporal Nathan Cirillo a été tué la semaine dernière, à Ottawa.

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Attentat à Ottawa

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Attentat à Ottawa

Le 22 octobre 2014, des coups de feu ont été tirés sur la colline parlementaire, à Ottawa. »

Les deux attentats de cette semaine pourraient atténuer l'antimilitarisme québécois, selon des experts interviewés par La Presse.

«Je suis frappé de voir combien le point de vue pacifiste est minoritaire dans les réactions aux attentats», dit Jérémie Cornut, de l'Université de Waterloo, qui a dirigé l'an dernier un recueil d'essais sur l'antimilitarisme québécois. «On lit très peu que pour éviter les attentats, il ne faut pas faire intervenir notre armée à l'étranger. À la limite, je pense même qu'il sera plus difficile d'être antimilitariste dans l'avenir proche.»

Les deux attentats pourraient mener à son terme un processus de rapprochement entre les Québécois et l'armée canadienne, selon Stéphane Roussel, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec, qui a étudié l'antimilitarisme au Québec. «Jusqu'aux années 60, 70, l'armée était une institution anglophone, dit M. Roussel. Les choses ont changé, au moins dans l'infanterie. Et avec les crises d'Oka en 1990 et du verglas en 1998, les Québécois ont vu les aspects positifs de l'armée.»

Au fil des sondages, depuis 20 ans, l'appui du Québec aux interventions militaires à l'étranger n'est inférieur que de 5 à 10 points à la moyenne nationale, selon M. Roussel. «Il y a eu un pic de 15 à 20 points lors de la guerre en Irak en 2003, mais c'était peut-être une aberration.»

Les deux auteurs des attentats étaient québécois. L'antimilitarisme québécois et le peu de respect qu'inspirent les uniformes militaires peuvent-ils avoir facilité leur passage à l'acte? Pas du tout, estiment les quatre experts interviewés par La Presse.

«Au contraire, quand l'armée est respectée, s'attaquer à un soldat est un symbole encore plus fort», dit Roxanne Bouchard, professeure de littérature du cégep de Joliette, qui a publié un livre de correspondances avec un soldat en Afghanistan et prépare un autre livre sur les soldats.

Elle note par ailleurs que certains de ses amis militaires ont changé leur photo sur Facebook, passant d'une tenue civile à leur uniforme, par fierté.

M. Cornut précise qu'on a ici affaire à des «loups solitaires», qui n'ont donc pas pu puiser leur inspiration dans une idéologie comme l'antimilitarisme.

«L'uniforme militaire n'inspire pas beaucoup de respect au Québec, contrairement au reste du Canada, parce que nous n'avons pas de tradition militaire, précise M. Roussel. On a surtout perdu des batailles. Ou alors on s'est fait enrôler de force dans des guerres qui étaient perçues comme celles du Canada ou de la Grande-Bretagne, de la guerre des Boers à la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas exactement la même chose que l'antimilitarisme.»

L'antimilitarisme québécois relevait d'ailleurs davantage de l'anti-impérialisme, selon Justin Massie, spécialiste de la question à l'UQAM. «Ce n'étaient pas nécessairement les soldats qui étaient haïs, c'était la domination étrangère.»

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