Personnes à risques: des musulmans du Québec prêts à coopérer

Cette conversation ne doit pas être à sens... (Photo Marco Campanozzi, archives La Presse)

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Cette conversation ne doit pas être à sens unique, prévient Salam Elmenyawi, président du Conseil (photo). L'écoute doit être réciproque et d'autres sujets doivent être abordés, dit-il, comme une meilleure intégration des musulmans dans la société.

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Attentat à Ottawa

Le 22 octobre 2014, des coups de feu ont été tirés sur la colline parlementaire, à Ottawa. »

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

Des groupes de musulmans du Québec se disent prêts à collaborer avec le premier ministre Philippe Couillard qui dit vouloir leur aide pour mieux détecter les personnes à risques. Mais ils préviennent qu'il ne faut pas montrer du doigt injustement la communauté musulmane et la traiter comme un nid de terroristes.

En trois jours, un jeune homme avec des sympathies pour les djihadistes a tué un soldat et en a blessé un autre lundi à Saint-Jean-Sur-Richelieu, puis mercredi, un soldat a été abattu à Ottawa et le parlement a été attaqué par un autre homme. Certains médias ont fait allusion à une conversion récente de ce tireur à l'islam, mais l'information n'est pas confirmée.

Le premier ministre du Québec a demandé jeudi l'aide des leaders musulmans pour détecter et prévenir les «comportements à risque».

Le Conseil musulman de Montréal et le Centre communautaire musulman de Montréal se disent favorables à une telle initiative. Des responsables affirment d'ailleurs être en contact avec les gouvernements québécois et canadien, ainsi qu'avec les policiers, depuis fort longtemps. «Il faut qu'on travaille tous ensemble», a dit Hussein Nehme, du Centre communautaire musulman de Montréal, où il est responsable des activités culturelles, notamment des camps pour les jeunes.

Mais cette conversation ne doit pas être à sens unique, prévient Salam Elmenyawi, président du Conseil. L'écoute doit être réciproque et d'autres sujets doivent être abordés, dit-il, comme une meilleure intégration des musulmans dans la société.

«S'il s'agit d'une conversation à sens unique, elle sera rejetée», dit-il. Et si cela vise juste à recruter des informateurs, cela ne marchera pas non plus, prévient-il.

Et bien qu'il reconnaisse qu'il y a des problèmes dans la communauté, «il n'est pas question d'une épidémie. Il s'agit de cas isolés», soutient-il. Mais, évidemment, un cas est déjà un cas de trop, ajoute-t-il.

M. Elmenyawi souligne qu'il ne faut pas sauter aux conclusions et que tous les faits de l'attaque de mercredi ne sont pas encore connus.

«Les médias cherchent toujours la mosquée la plus près», déplore-t-il. Mais il fait valoir que les gens peuvent être influencés par des idées radicales ailleurs.

La religion des musulmans n'est pas un problème, c'est la façon dont certains la pratiquent et la détournent qui est en cause, a souligné de son côté Hussein Nehme.

Il affirme ne jamais avoir rencontré de jeunes dans son centre qui auraient évoqué des idées de violence. Il assure que si c'était le cas, il discuterait avec lui pour voir d'où proviennent ces idées, et que s'il découvrait qu'un centre ou un groupe d'ici diffuse de telles idées, il contacterait les autorités.

«C'est notre devoir», dit-il.

Il se dit inquiet lui-même de ce que les extrémistes religieux peuvent faire à sa communauté. Il songe d'ailleurs à demander la protection de la police à quelques jours d'une fête, désapprouvée par certains.

Le premier ministre Couillard demande peut-être de l'aide, mais nous avons aussi besoin d'aide, souligne l'homme. Le président du Conseil est du même avis. La communauté musulmane reçoit des menaces de violence, elle aussi.

Les deux responsables soulignent que le problème est très complexe et qu'il ne se résume pas à identifier les jeunes à risque. De plus, ceux-ci prennent souvent l'information sur l'idéologie extrémiste sur Internet, pas dans les mosquées, qui ne diffusent pas de tels messages, disent-ils.

M. Nehme ne craint pas de représailles contre sa communauté après les événements de cette semaine.

«Les Québécois sont suffisamment bien informés pour distinguer un musulman d'un terroriste», fait-il valoir.

Les deux hommes ont vivement condamné les deux attaques de cette semaine.

«Ces actes violents n'ont rien à voir avec l'islam et les concepts islamiques», explique M. Nehme.

Ce problème de radicalisation est très complexe, répète Salam Elmenyawi. L'idée de coopération est bonne, dit-il, mais pas celle qui vise à montrer une communauté du doigt.

De son côté, le Collectif québécois contre l'islamophobie (CQCI) a été plus tranchant.

Il a dénoncé «le traitement médiatique hâtif de ces malheureux événements ainsi que l'emphase quasi exclusive des médias de masse sur la religion des auteurs des deux fusillades», a-t-il fait savoir dans un communiqué.

Le CQCI lance un appel au calme et souhaite rappeler aux décideurs politiques la nécessité de ne pas stigmatiser davantage la communauté musulmane.

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