Guy Turcotte savait ce qu'il faisait, assure une psychiatre

Guy Turcotte (au centre)... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Guy Turcotte (au centre)

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(Saint-Jérôme) Quand il a tué ses enfants, le 20 février 2009, Guy Turcotte était en état de souffrance. Mais il n'a pas perdu contact avec la réalité, et il était en mesure d'apprécier la conséquence de ses gestes. Le nombre de coups de couteau (46) pourrait démontrer de l'acharnement, et la «rage» est une possibilité à ne pas négliger.

C'est ce qui se dégage du témoignage que la psychiatre France Proulx a livré, mardi, dans le cadre de la contre-preuve de la Couronne. L'exercice est une réplique à la preuve d'experts présentée par la défense. 

La psychiatre Proulx travaille à son compte à l'Institut Philippe-Pinel. La Couronne l'a contactée en janvier dernier pour évaluer l'état mental de M. Turcotte. Il s'agit d'un mandat privé. Pour se faire une idée, elle a consulté la preuve et les dossiers médicaux de M. Turcotte, et a rencontré l'accusé pendant deux heures, le 7 août dernier. Celui-ci a raconté sensiblement la même chose qu'au procès.

Il ne se souvient pas de la séquence des événements, mais pense avoir couché les enfants vers 19 heures. Il dit ne pas se rappeler du moment où il a bu du lave-glace. Quand il s'est vu mort, il a décidé d'amener les enfants avec lui, car ils ne sauraient pas quoi faire en trouvant son cadavre. ll a réalisé qu'il faisait mal à Olivier, au premier coup, il a paniqué...

Même diagnostic

La Dre Proulx arrive au même diagnostic que celui rendu par les deux experts qui ont témoigné pour la défense. M. Turcotte souffrait d'un trouble d'adaptation avec humeur dépressive au moment des faits. Mais à à la différence des Dr Dominique Bourget et du Dr Louis Morissette, elle conclut que l'accusé était mentalement responsable. Le trouble d'adaptation ne fait pas perdre contact avec la réalité, assure le Dr Proulx, et on ne trouve pas de symptômes psychotiques dans le tableau.

La crampe du marathonien

Un autre psychiatre, le Dr Pierre Bleau, a témoigné en ce sens, mardi matin. Selon lui, le trouble d'adaptation se situe dans le bas de l'échelle de gravité des troubles mentaux. Il a illustré son propos en disant que c'est le «rhume de la psychiatrie»,  la «crampe du marathonien devant une pente plus sévère.»

Le Dr Bleau est psychiatre à l'hôpital Général de Montréal et enseigne à l'université McGill. Il n'a pas pris connaissance de la preuve et ne sait de l'affaire Turcotte que ce qu'il a entendu aux nouvelles, «en diagonale.» Il n'était pas là pour se prononcer sur l'état mental de l'accusé. Il venait seulement témoigner sur la maladie mentale en général, le trouble d'adaptation et le raptus suicidaire. Pour lui, il est extrêmement clair que le trouble d'adaptation n'enlève pas la responsabilité de la personne. 

«Le trouble d'adaptation, c'est une réaction à des stresseurs, c'est passager, a-t-il lancé. Dans 95%, l'accompagnement est psychologique, de l'ordre de cinq ou six rencontres.» Il admet que l'intensité peut être importante, et qu'elle peut amener la personne à vouloir se suicider pour arrêter la souffrance. Mais elle sait ce qu'elle fait, sinon, si elle n'a pas contact avec la réalité, ce n'est pas un trouble d'adaptation>, a-t-il martelé. Et il a eu cette phrase assassine: «Il y a beaucoup de psychiatres qui étirent les concepts.»

Ou alors, ce n'était pas un trouble d'adaptation et les psychiatres ont mal fait leur job.

Ancré dans ses convictions

Me Pierre Poupart a bien tenté d'ébranler le Dr Bleau dans ses convictions, en contre-interrogatoire, mais ce dernier est resté bien ancré. «J'ai l'impression que vous voulez que je vous dise: ça se peut qu'un individu est coupé de la réalité. Je suis ici pour expliquer la nature même du trouble d'adaptation. Je n'appartiens à aucun bord.»

Le Dr Bleau a précisé qu'il donnait le cours sur le suicide à McGill. Il a expliqué qu'il n'utilisait jamais le terme «raptus» dans sa pratique. «Un raptus, c'est quelqu'un qui est possédé par quelque chose. Des gens qui font des tentatives de suicide, j'en  vois à tous les jours dans ma pratique.» Il réfute aussi l'expression «cerveau malade» pour décrire le trouble d'adaptation. «Je traite des humains qui ont des souffrances psychologiques, je ne traite pas des cerveaux malades.» Ce sont les neurologues qui s'occupent des cerveaux malades, a-t-il fait valoir.

Le procès se poursuit mercredi, avec la suite du témoignage du Dr Proulx. La Couronne n'aura ensuite qu'un seul autre témoin à présenter dans sa contre-preuve. Il s'agit d'un toxicologue.

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