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Une mère inuite n'a pu accompagner sa fille à bord de l'avion-hôpital

Dimanche soir, quand Charlotte Munick est entrée dans... (Photo André Pichette, La Presse)

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Dimanche soir, quand Charlotte Munick est entrée dans la chambre aux murs blancs de l'Hôpital pour enfants, 24 heures après sa fille, elle a vu tous les tubes qui lui sortaient du corps.

Photo André Pichette, La Presse

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Gabrielle Duchaine et Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Trois semaines après l'annonce de la fin des évacuations en solitaire systématiques dans l'avion-hôpital, une autre mère de famille inuite vient d'être séparée de sa fillette au moment le plus critique de sa vie. Elle presse le ministre Gaétan Barrette d'agir, de passer de la parole aux actes rapidement.

Ce dernier affirme qu'une formation doit être donnée au personnel, mais que le changement devrait entrer en vigueur dans quelques semaines.

C'est en pleurant que Charlotte Munick nous raconte son histoire. Nous rencontrons la femme inuite de 30 ans dans la chambre des soins intensifs de l'Hôpital de Montréal pour enfants où est hospitalisée sa fille. La petite regarde d'un oeil amorphe un dessin animé. Elle souffre d'une pneumonie sévère. Des tubes lui sortent de la bouche et de la poitrine.

Christina-Mae Munick, qui aura 3 ans le 11 mars, a été évacuée d'urgence par voie aérienne samedi dernier de Kuujjuaq, le village inuit du Grand Nord québécois où elle vit avec sa mère.

Charlotte a tout tenté pour monter dans l'avion. Elle a espéré jusqu'à la dernière minute. « Je suis montée dans l'ambulance jusqu'à l'aéroport et l'infirmière de Kuujjuaq m'a dit de tenter le coup, raconte la mère chef de famille monoparentale. Elle m'a dit de ne pas me plaindre. De ne pas poser de questions. Juste de monter. »

« Quand je suis arrivée à l'avion, ils m'ont dit non. Je me suis mise à pleurer. J'étais fâchée. J'avais peur qu'elle meure sans moi. Elle respirait mal. J'ai essayé de leur expliquer que nous n'avions jamais été séparées. Que je ne l'avais jamais laissée. »

C'est finalement du tarmac, en larmes et impuissante, que la femme a assisté au décollage. Elle a dû attendre jusqu'au lendemain après-midi pour prendre un vol vers Montréal, où elle n'est arrivée qu'en soirée. « Je n'avais pas dormi de la nuit. J'avais trop peur. » 

Ce qu'elle ne savait pas, c'est que le ministre de la Santé venait, quelques semaines plus tôt, de s'engager à changer une règle vieille de plusieurs dizaines d'années, unique au Québec, interdisant à un parent d'accompagner son enfant malade lors d'un transfert urgent.

CHANGEMENT DE RÈGLE PROMIS

Dans la foulée de reportages de La Presse et de plusieurs sorties publiques de médecins, d'organismes et de parents, le ministre a alors promis d'autoriser « d'ici quelques semaines » la présence parentale dans l'appareil Challenger qui sert d'avion-hôpital et qui a déjà de la place pour un accompagnateur.

Un autre appareil Challenger, plus vieux, a besoin d'un an de travail et de très grands investissements financiers pour accueillir un parent. Dans l'éventualité où le gouvernement déciderait de ne pas le modifier, Gaétan Barrette a promis de « tout faire pour envoyer le bon dans le Nord ».

La Presse n'a pas pu déterminer quel avion avait transporté Christina-Mae Munick.

Le changement « n'est pas mis en application encore pour une seule raison : il y a une formation à donner aux gens au départ et au personnel dans l'avion, a expliqué en entrevue le ministre Barrette. C'est nouveau pour eux autres, notamment les raisons de refus. »

Selon le ministre, il s'agit d'une question « de semaines ».

M. Barrette souligne toutefois qu'« il va toujours rester la problématique du vieux Challenger » beaucoup plus difficile à modifier. Il ne devrait être déployé au Nunavik que dans le cas où l'autre appareil est hors service ou déjà occupé. 

UNE SITUATION CONNUE

Depuis 12 ans, Charlotte Munick travaille comme interprète au centre de santé de Kuujjuaq. Et depuis 12 ans, dit-elle, elle voit des mères fondre en larmes parce qu'elles ne peuvent pas suivre leur enfant dans un des pires moments de sa vie.

« C'est horrible. Les mamans méritent d'être avec leurs enfants. Je veux que la règle change le plus vite possible. »

Cette règle, elle la connaissait bien avant d'en devenir elle-même victime. Cela ne l'a pas empêchée, comme de nombreux parents avant elle, de tout tenter pour y échapper.

Dimanche soir, quand elle est enfin entrée dans la chambre aux murs blancs de l'Hôpital pour enfants, 24 heures après sa fille, Charlotte a vu tous les tubes qui lui sortaient du corps. Elle affirme que c'est en son absence que les médecins ont dû prendre la décision d'intuber la fillette. On lui a même fait une incision dans la poitrine, encore pour passer un tube.

« J'ai pleuré quand je l'ai vue. J'étais sous le choc. J'aurais dû pouvoir être avec elle. Regardez-la ! Elle ne peut même pas parler. Moi, j'aurais pu expliquer des choses aux médecins, leur donner des informations. Dans l'avion aussi. »

Aux soins intensifs, l'infirmière-chef Maryse Dagenais nous a fait remarquer l'importance de la présence des parents. Dans le cas précis de Christina-Mae, elle note que sa mère réussit à l'apaiser, permettant aux professionnels de limiter le plus possible l'administration de médicaments. Ce n'est qu'un exemple parmi bien d'autres.

« DISCRIMINATION INSTITUTIONNALISÉE » 

De son côté, le Dr Samir Shaheen-Hussain, pédiatre aux urgences de l'Hôpital de Montréal pour enfants, qui a signé en décembre une lettre adressée au ministre de la Santé exigeant un changement de politique, perd patience. Ce sont ses interventions qui ont lancé le mouvement de protestation panquébécois en janvier.

« Après une campagne soutenue dénonçant la politique vétuste présentement en place, le ministre de la Santé avait convoqué les journalistes pour une annonce en grande pompe voulant que les parents puissent dorénavant accompagner leurs enfants durant ces évacuations aéromédicales. C'est scandaleux que les enfants inuits, comme cette enfant, continuent d'être transférés seuls. Cette discrimination institutionnalisée envers ces enfants et leur famille doit cesser immédiatement. Ces enfants doivent avoir une main à tenir durant ces vols », dit-il dans un courriel envoyé à La Presse.

Il ajoute : « Il faut souligner le courage de cette femme de dénoncer une injustice pendant que sa fille est hospitalisée. Cependant, ça ne devrait pas revenir à une mère de s'assurer qu'une nouvelle politique d'accompagnement est appliquée, mais bien au gouvernement. Tant que le gouvernement ne le fait pas, il demeure responsable de cette injustice. »




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