Le snowboarder Ross Rebagliati, toujours mêlé au pot

Le snowboarder Ross Rebagliati est aujourd'hui à la... (Photo TAO-CHUAN YEH, Agence France-Presse)

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Le snowboarder Ross Rebagliati est aujourd'hui à la tête d'une entreprise qui commercialise du pot sous la marque Ross' Gold - un clin d'oeil à la fameuse médaille d'or que le Comité international olympique (CIO) lui avait retirée aux Jeux de Nagano.

Photo TAO-CHUAN YEH, Agence France-Presse

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L'ancien champion olympique de snowboard est à la tête d'une entreprise qui commercialise du cannabis.

Vingt ans jour pour jour après s'être fait retirer la toute première médaille olympique en planche à neige de l'histoire, le snowboarder Ross Rebagliati est encore mêlé à des histoires de pot. Mais cette fois-ci, c'est à titre d'homme d'affaires qu'il a un pied dans l'univers du cannabis, l'autre dans le monde du sport.

« Le cannabis, c'est comme le snowboard en 1997. C'est sur le bord d'exploser. Il y a encore une longue route devant nous, mais ça va vite devenir la plus grosse industrie au monde, j'en suis certain », lance le célèbre planchiste de 46 ans.

À la tête d'une entreprise qui commercialise du pot sous la marque Ross' Gold - un clin d'oeil à la fameuse médaille d'or que le Comité international olympique (CIO) lui avait retirée aux Jeux de Nagano -, ses partenaires et lui misent gros sur le cannabidiol. Cette composante du cannabis aux propriétés anti-inflammatoires - qui a été officiellement retirée de la liste des substances interdites de l'Agence mondiale antidopage le 1er janvier 2018 - connaît une popularité explosive, notamment chez les athlètes de haut niveau.

Des joueurs de la NFL, de la NBA, des combattans de la UFC ainsi que l'ex-cycliste Floyd Landis en sont d'ardents promoteurs. Non psychoactif, le cannabidiol, ou CBD, est notamment utilisé pour le traitement de l'épilepsie chez les jeunes enfants.

CONTRE LA DOULEUR ET L'INFLAMMATION

Presque tous producteurs de cannabis médical autorisés par Santé Canada commercialisent présentement des souches de fleurs séchées à forte teneur en CBD ou des concentrés sous forme d'huile. Seuls les titulaires de permis de consommation sont pour le moment autorisés à s'en procurer, mais la substance, qui peut aussi être extraite du chanvre, est en vente libre dans plusieurs États américains.

« Les athlètes s'en servent pour combattre la douleur et l'inflammation liés à l'entraînement, mais aussi le stress et l'anxiété », dit le Dr Mike Harts, propriétaire d'une clinique de London, en Ontario.

« Tous les jours, des athlètes viennent me consulter à mon bureau pour en savoir plus sur le CBD, particulièrement depuis que l'Agence mondiale antidopage l'a autorisé », explique le médecin Mike Harts dont la clinique se spécialise dans le traitement de la douleur avec le cannabis.

« Le THC aussi a des effets anti-inflammatoires, mais il est aussi responsable de l'effet euphorisant du cannabis, souligne la Dre Aline Boulanger, directrice de la Clinique de la douleur du CHUM. Le CBD n'a pas cet effet, et il peut même diminuer les spasmes musculaires, en plus de soulager la douleur. Dans ma pratique, j'ai davantage tendance à recommander le CBD à mes patients », précise-t-elle. « Mais comme tous les cannabidoids, ça ne fonctionne pas de façon égale avec tout le monde. »

COMMANDITER DES ATHLÈTES

Ross Rebagliati, lui, en est persuadé. « Bientôt, on va commanditer des athlètes avec des produits qui contiennent du CBD. Tylenol le fait, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas éventuellement le faire nous aussi », lance au bout du fil le planchiste devenu homme d'affaires. La souche que son entreprise souhaite commercialiser contient 18 % de CBD pour 1 % de THC. « Tu ne peux juste pas devenir gelé en la consommant », assure-t-il.

S'il a pendant des années caché sa consommation de cannabis, l'ex-athlète olympique n'en fait plus de mystère aujourd'hui : c'est en s'entraînant aux côtés d'adeptes de sports extrêmes qu'il a découvert le pot, au début des années 90.

« Quand la planche à neige est devenue une discipline sérieuse, j'ai vite découvert que ça m'aidait à me motiver pendant les entraînements, à mieux sentir comment se comporte l'équipement et à me relaxer le soir quand j'étais épuisé physiquement », dit Ross Rebagliati.

« Il n'y avait pas d'internet à l'époque, mais on sentait qu'il y avait des propriétés intéressantes dans ce qu'on fumait. »

Quand il a su, en avril 1997, qu'il participerait aux Jeux olympiques de Nagano, il dit avoir complètement cessé de fumer.

MÉDAILLE RETIRÉE, PUIS REDONNÉE

La suite de l'histoire est connue. Le 8 février 1998, Ross Rebagliati remportait l'or à la toute première épreuve de snowboard présentée aux Jeux olympiques. Mais le lendemain, le CIO le convoquait à ses bureaux après avoir découvert des traces de THC, l'élément psychoactif du cannabis, dans son sang.

Sa médaille d'or lui a été retirée, et l'affaire a défrayé la chronique pendant des jours.

Rebagliati et son entourage avaient alors plaidé que la quantité de 17 nanogrammes par millilitre trouvée dans son sang provenait de « fumée secondaire » inhalée accidentellement lors de soirées avec des amis.

Puisque que rien dans les règlements olympiques n'interdisait spécifiquement la consommation de THC, sa médaille lui a été restituée en appel quelques jours plus tard.

Aujourd'hui, le THC est toujours une substance interdite aux olympiques, mais l'Agence mondiale antidopage tolère une concentration allant jusqu'à 150 nanogrammes par millilitre de sang. La NFL, dont plusieurs joueurs contestent devant les tribunaux l'interdiction de consommer du cannabis aux États-Unis, a pour sa part fait passer la limite de 15 à 35 nanogrammes par millilitre de sang en 2014.

Bien malgré lui, Ross Rebagliati est devenu instantanément une superstar de la contre-culture du cannabis et de celle de la planche à neige. « Des millions de personnes m'appuyaient partout dans le monde », dit-il.

BANNI DES ÉTATS-UNIS

Mais sa popularité instantanée lui a surtout causé des problèmes. « Après les Jeux, j'ai été stigmatisé et j'ai subi beaucoup de répression de la part de grandes entreprises. J'aurais voulu devenir entraîneur, mais je n'ai jamais pu à cause de mon passé. J'ai souvent été reviré de bord à cause de mon image », déplore-t-il.

Pire, les États-Unis l'ont inscrit sur leur « No Fly List » après le 11 septembre 2011, même s'il n'a jamais eu de dossier criminel.

« Le cannabis, pour les autorités fédérales américaines, c'est considéré comme une drogue pire que l'héroïne. J'ai perdu beaucoup de privilèges. Je n'ai jamais pu être l'athlète que je voulais devenir. Ça m'a forcé à prendre ma retraite, dude ! », s'exclame Ross Rebagliati.

Incapable de se rendre à des compétitions des Winter X-Games, Ross Rebagliati a fini par rouler sa bosse dans l'industrie de la construction. Il y a connu la dèche et beaucoup de frustration.

Il y a cinq ans, tout a changé. En voulant aller visiter sa mère à Palm Springs, en Californie, il a été refoulé à la frontière américaine à cause de cette vieille histoire de pot. « J'étais avec ma fille et ma conjointe dans l'auto. On a dû rebrousser chemin. Ç'a été un moment marquant pour moi. C'est là que j'ai compris que je n'avais plus rien à perdre. J'ai décidé de me lancer en affaires et de créer une marque de cannabis biologique basée sur ma notoriété. »

Aujourd'hui, Ross' Gold est en discussion avec un producteur autorisé par Santé Canada pour commercialiser ses produits sous licence, et son entreprise se prépare à lancer des dispensaires de marijuana récréative en vue de la légalisation, principalement dans l'ouest du pays, où la commercialisation sera assurée par l'entreprise privée.

« Ce test de drogue que j'ai subi à Nagano a fait de moi un phénomène culturel. Ça a pris deux décennies, mais pour la première fois depuis les Jeux, j'ai l'impression d'être exactement au bon endroit. Je reçois enfin les bénéfices d'avoir participé, à ma façon, à la lutte pour la légalisation. Je me sens privilégié », admet Ross Rebagliati.




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