Préparer la vie après la DPJ

Les jeunes hébergés à la maison ASPIRE peuvent... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

Agrandir

Les jeunes hébergés à la maison ASPIRE peuvent y faire un séjour maximal de deux ans.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Être contraint d'abandonner l'école pour occuper un emploi précaire afin de survivre. Ou, encore pire, se retrouver à la rue sans nulle part où aller. C'est le destin tragique de nombreux « enfants de la DPJ » lorsqu'ils atteignent 18 ans. Deux projets -  l'un à Montréal et l'autre en Montérégie - ont récemment été lancés pour améliorer leur sort. Visite de la première maison mise sur pied pour soutenir les « enfants de la DPJ » une fois qu'ils sont devenus adultes.

Marie-Josée Roy, qui a a travaillé pour la... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE) - image 1.0

Agrandir

Marie-Josée Roy, qui a a travaillé pour la DPJ durant 32 ans, est à l'origine de la création de la maison ASPIRE.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Julie a été retiré de son domicile familial... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE) - image 1.1

Agrandir

Julie a été retiré de son domicile familial par la DPJ au début de son adolescence.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

LA MÈRE DU PROJET

Marie-Josée Roy a toujours trouvé que la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), pour laquelle elle travaille depuis 32 ans, n'offrait pas assez de services de transition aux jeunes placés en foyer de groupe ou en unité supervisée lorsque ces derniers atteignent 18 ans. « Ces jeunes sont plus vulnérables que les autres, et pourtant, comme société, on est plus exigeant envers eux qu'envers le reste de nos jeunes », lâche-t-elle. En effet, à 18 ans, ils doivent quitter leur foyer de groupe ou leur unité supervisée. « Ils se retrouvent seuls pour se trouver un logement, un emploi, obtenir un diplôme, etc. », explique-t-elle. Alors quand le ministre de la Santé Gaétan Barrette a entamé sa réforme de la santé et a dit à ses gestionnaires d'être « créatifs » et de lui suggérer des idées novatrices, Mme Roy a saisi l'occasion. Sachant qu'un foyer de groupe de la DPJ situé dans un quartier résidentiel de Montréal était inoccupé depuis des années, cette chef de service de la DPJ anglophone (Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw) a proposé de le transformer en ressource résidentielle pour jeunes de 18 à 25 ans qui ont été confiés à la DPJ durant leur jeunesse. « Nos jeunes qui quittent les centres jeunesse à 18 ans se retrouvent souvent dans des situations précaires. Ils sont surreprésentés dans les refuges pour jeunes de la rue », explique-t-elle. Après trois ans de démarches, Mme Roy vient d'accoucher de « son bébé ». La maison ASPIRE - un projet géré par le CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal qui englobe désormais les centres Batshaw - a ouvert ses portes en juillet dernier.

LA PREMIÈRE RÉSIDANTE

À 18 ans, Julie* n'avait nulle part où aller. Pas question de retourner chez ses parents. Elle y a vécu l'enfer jusqu'à ce que la DPJ la retire de chez elle au début de l'adolescence. « Mes cinq frères et soeurs et moi, on a été exposés à des choses qu'on n'aurait jamais dû voir, raconte la jeune femme qui a aujourd'hui 19 ans. Il y avait tellement de chicanes, de violence entre mes parents que ces derniers oubliaient qu'on était là et qu'on était juste des enfants. » Durant les premiers mois suivant sa majorité, Julie a erré de la maison d'une connaissance à une autre. Elle se sentait de trop partout où elle passait. Puis, l'été dernier, elle a contacté son ancienne travailleuse sociale de la DPJ. Elle l'a implorée de l'aider. Elle n'avait personne d'autre vers qui se tourner. L'intervenante de la DPJ a accepté de l'aider même si son dossier était « fermé ». Le « timing » était parfait. La maison ASPIRE allait ouvrir. Julie a fait visiter sa nouvelle maison à La Presse mardi dernier. « J'ai la plus grande chambre », lance-t-elle, tout sourire. La jeune femme nous montre fièrement sa nouvelle table à dessin - très utile pour ses études collégiales techniques en génie civil. Cinq autres jeunes y vivent. « Je me sens à l'aise parmi eux. Ils sont passés par les mêmes choses que moi, raconte-t-elle. Ça me donne le courage de m'exprimer sur ce que je vis. »

LA MAISON

Les jeunes qui y sont hébergés - tous d'anciens enfants de la DPJ - peuvent y faire un séjour maximum de deux ans. Ils doivent être aux études ou avoir un travail. Ils paient un loyer mensuel de 200 $. Lors de leur départ, 50 % du coût du loyer leur est remis. Cette formule est une première au Québec, selon Marie-Josée Roy, chef de service transition à la vie adulte au CIUSSS de l'Ouest-de-l'Île-de-Montréal. Aucun intervenant de la DPJ n'y travaille même si la maison est la propriété de l'État. Un jeune mentor - issu de la communauté - réside avec les jeunes. Il assure une supervision minimale et il conseille les jeunes dans leur recherche d'emploi, la gestion de leur budget, l'obtention de prêts et bourses, etc. « Certains jeunes ont été placés depuis leur enfance. Ils sont habitués à ce qu'on fasse tout pour eux : la cuisine, la prise de rendez-vous médicaux, etc., décrit Mme Roy. L'idée, c'est de développer leur autonomie dans un contexte sécuritaire. » La Fondation des Centres de la jeunesse et de la famille Batshaw a meublé la maison, en plus d'offrir des bourses aux résidants qui poursuivent leurs études comme Julie.

LA MENTOR

Jessica Perreault-Howarth vit à la maison ASPIRE depuis juillet. Cette étudiante en travail social de 33 ans joue le rôle de mentor auprès des jeunes qui y sont hébergés. « J'éprouve un sentiment quasi maternel pour ces jeunes. En même temps, ils sont adultes ; ils font ce qu'ils ont à faire et moi, ma job, c'est de m'assurer qu'ils vont bien. » Elle s'est engagée à y vivre durant un an. En échange, son loyer est payé. La future travailleuse sociale n'a pas de bureau. Elle jase avec ses « colocs » en faisant la vaisselle ou en préparant le souper avec eux le soir. « Ce sont des jeunes qui ont de la difficulté à faire confiance aux adultes dans leur vie. Cette confiance est longue à bâtir. Il faut être présente et patiente, décrit-elle. Ils peuvent parfois me tester du genre : si je te crie après, seras-tu encore là demain ? Si je fais une erreur, vas-tu me donner une seconde chance ? Ils ont tellement vécu d'abandons. »

* Julie a choisi un nom fictif, mais son histoire ne l'est pas.




publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer