Un policier coupable d'homicide involontaire

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Éric Deslauriers, âgé de 45 ans, paraissait assommé par le verdict de culpabilité rendu par le tribunal.

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Au terme de son procès, hier, le policier de la Sûreté du Québec Éric Deslauriers a été déclaré coupable de l'homicide involontaire par arme à feu d'un adolescent de 17 ans, ce qui entraîne une peine minimale et inéluctable de quatre ans de prison.

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Le verdict rendu par la juge Joëlle Roy a semé la consternation chez les proches et collègues d'Éric Deslauriers.

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Le policier Éric Deslauriers a fait feu à deux reprises sur le jeune David H. Lacour, le 22 janvier 2014, à Sainte-Adèle.

Photo Patrick Sanfaçon, archives La Presse

Le verdict rendu par la juge Joëlle Roy a semé la consternation chez les proches et collègues de M. Deslauriers, qui s'entassaient dans la salle d'audience à Montréal. L'avocate de M. Deslauriers, Me Nadine Touma, a annoncé qu'elle allait présenter une requête en inconstitutionnalité sur cet aspect de la loi, qui impose une peine minimale de quatre ans sans égard aux circonstances.

C'est dans le cadre de son travail, en tentant d'intercepter le conducteur d'une auto volée et apparemment liée à des vols dans des guichets automatiques, que le policier a fait feu à deux reprises sur le jeune David H. Lacour, le 22 janvier 2014, à Sainte-Adèle.

Le drame est survenu dans le stationnement de la polyvalente Augustin-Norbert-Morin, vers 13 h, alors que le véhicule suspect était à l'arrêt et que deux jeunes filles venaient d'en descendre pour retourner à l'école. Le policier, qui patrouillait seul, a placé son véhicule de façon à bloquer l'issue du stationnement, puis est sorti de son véhicule, arme à la main, pour ordonner au conducteur suspect de lever les siennes.

Le conducteur (Lacour) a envoyé des signaux contradictoires de soumission et de bravade, levant tantôt les mains, les rabaissant, les sortant à l'extérieur par la fenêtre, puis les rentrant et « rinçant » son moteur. Mis en joue, il a fini par appuyer sur l'accélérateur.

Le policier, qui se tenait sur le côté avant gauche du véhicule suspect, a raconté au procès qu'il avait tiré parce qu'il avait perçu que le véhicule fonçait sur lui et qu'il craignait pour sa vie.

Les coups de feu ont été tirés pendant que le véhicule suspect était en mouvement et que la vitre du conducteur était baissée. La première balle a atteint le jeune au coude, tandis que la seconde, tirée à une distance d'environ 30 à 40 cm, lui a traversé le cou. Le policier a tenté de porter secours à la victime par la suite, mais la dernière blessure était mortelle.

Légitime défense

La juge Joëlle Roy n'a pas adhéré à la thèse de légitime défense invoquée par le policier. Elle a vu des contradictions dans son témoignage. Elle estime que M. Deslauriers, qui comptait 21 ans d'expérience comme policier, maîtrisait la situation au moment des faits, et que son acte était volontaire. 

En analysant le déroulement des événements, qui se sont passés très vite, la juge conclut qu'il n'était pas nécessaire pour le policier de sortir son arme à feu et surtout de s'en servir. Elle considère qu'il aurait pu envisager de rengainer son arme « afin de calmer le jeu ».

Un expert en emploi de la force et intervention policière, Bruno Poulin, qui enseigne à l'école de police de Nicolet depuis 25 ans, a soutenu lors du procès que l'intervention de M. Deslauriers n'était pas parfaite, mais qu'elle était conforme à ce qui est enseigné à l'école de police. Selon lui, les coups de feu étaient justifiés compte tenu de l'imminence du danger, dans la perception du policier.

La juge ne retient pas les conclusions de l'expert, car elle les trouve partiales et non pertinentes. 

En bref, elle évalue que l'expert avait un parti pris et qu'il s'est prononcé sur des choses qui sont du ressort du tribunal.

La juge convient que M. Deslauriers était dans l'exercice de ses fonctions, et qu'il avait des motifs raisonnables pour arrêter le jeune homme. Mais elle conclut qu'il a utilisé une force « disproportionnée » et, ce faisant, qu'il a commis un crime.

Réactions

Des membres de la famille de la victime, qui ont assisté à tout le procès, étaient présents dans la salle d'audience, hier. Ils ont accueilli le verdict sobrement, et sont partis sans faire de commentaires.

Éric Deslauriers, âgé de 45 ans, paraissait pour sa part assommé par la décision, tout comme sa conjointe, également policière, et des collègues, qui ont fondu en larmes. Quand M. Deslauriers est reparti, ses proches et collègues l'ont entouré et escorté en marchant d'un pas lent, comme dans une marche funèbre.

Il doit revenir devant la juge Roy les 25 et 26 janvier, pour les observations sur la peine. C'est à ce moment que la requête devrait être présentée. Il est fort probable que d'ici là, il y aura aussi appel du verdict.

Rappelons que M. Deslauriers avait repris le travail quelques mois après le drame. Ce n'est qu'un an plus tard, en février 2015, qu'il a été accusé. Il est suspendu avec solde depuis.

Il est extrêmement rare qu'un policier soit accusé pour avoir utilisé son arme à feu dans le cadre de son travail, et encore plus rare qu'il soit déclaré coupable. À titre d'exemple, il y a eu Allan Gosset, ce policier de Montréal. En novembre 1987, il avait tiré dans le front d'un homme de 19 ans non armé, qui tentait de s'enfuir à pied du poste de police, après y avoir été amené. Accusé d'homicide involontaire, le policier a été acquitté par le jury au terme de son procès, en 1988. Contraint d'en subir un deuxième en 1994, il avait également été acquitté par le jury.




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