Des mesures «stigmatisant» les migrants dénoncées

Des intervenants venant en aide aux demandeurs d'asile... (Photo André Pichette, La Presse)

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Des intervenants venant en aide aux demandeurs d'asile déplorent certaines mesures du gouvernement qui auraient pour effet de stigmatiser ces nouveaux arrivants, notamment le port de bracelets d'identification.

Photo André Pichette, La Presse

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Le système d'accueil des migrants haïtiens mis en place au cours des dernières semaines par le gouvernement du Québec tend à « stigmatiser » les demandeurs d'asile, affirme la Concertation haïtienne pour les migrants (CHM). Celle-ci souhaite d'ailleurs rencontrer le premier ministre Philippe Couillard pour « tenter de corriger les choses ».

« Il y a toute cette histoire de les identifier avec des bracelets, dénonce Chantal Ismé, vice-présidente du conseil de la Maison d'Haïti. Ceux qui les portent se sentent stigmatisés. » Mme Ismé, membre de la CHM, raconte que certains d'entre eux ont même l'impression que des gens évitent de s'asseoir à côté d'eux dans les transports en commun.

Ces bracelets, attachés au poignet, permettent aux personnes vivant dans les sites d'hébergement d'y accéder librement tout en étant facilement reconnaissables. Pour la porte-parole de la CHM et directrice de l'organisme haïtien N A Rive, Ninette Piou, il existe de meilleures méthodes d'identification. « Ça pourrait être fait avec plus de discrétion, une approche plus humaine. Des sortes de cartes d'identité », dit-elle, citant l'exemple des cartes OPUS pour les utilisateurs des transports en commun.

Bien que satisfaite des efforts déployés pour accueillir et héberger les migrants haïtiens, arrivés par milliers au cours des deux derniers mois, la communauté souhaiterait des améliorations. 

« Le Québec fait un travail extraordinaire, mais certaines choses ne sont pas prises en considération. »

- Ninette Piou, porte-parole de la Concertation haïtienne pour les migrants

Au cabinet du premier ministre, on affirme que des efforts « systémiques et constants » sont faits, tout en reconnaissant que « la situation des demandeurs d'asile est complexe ». « Depuis les premières arrivées de demandeurs d'asile, le premier ministre a été clair sur les principes qui guident l'action de notre gouvernement : la compassion, l'équité et le respect de la règle de droit », a indiqué Harold Fortin, porte-parole de Philippe Couillard, dans un échange de courriels avec La Presse.

DISTRIBUTION DE CHÈQUES SUR LA PLACE PUBLIQUE

Du 30 août au 1er septembre, 4000 chèques d'aide sociale seront distribués aux demandeurs au Palais des congrès de Montréal. Ce lieu a été choisi pour que les sommes accordées par le gouvernement du Québec soient attribuées plus efficacement vu le nombre important de demandes.

Selon Chantal Ismé, les membres de la CHM « se demandent si ce n'est pas encore mettre les projecteurs sur des personnes déjà sensibles ».

« Les gens se posent beaucoup de questions sur la présence des migrants. C'est une des choses qui viennent alimenter le regard négatif que certains semblent déjà avoir », affirme-t-elle, citant à titre d'exemple les protestations récentes contre la présence des migrants haïtiens.

ACCÈS AUX ÉCOLES

On estime qu'environ 2500 enfants font partie de la récente vague de demandeurs d'asile. À l'approche de la rentrée, la question de leur scolarité est particulièrement sensible, puisque faute d'adresse permanente, la majorité de ces jeunes ne pourront se rendre en classe. 

« Ça nuit à ces enfants qui n'ont pas choisi le parcours migratoire de leurs parents. »

- Chantal Ismé, vice-présidente du conseil de la Maison d'Haïti

Mme Ismé dit s'inquiéter pour le parcours de ces enfants, « particulièrement les adolescents », qui passeront peut-être des mois sans aller à l'école et en seront pénalisés, qu'ils restent au Canada ou non.

Des activités dans les camps de migrants sont toutefois prévues. Quatre heures par jour, enfants et jeunes adultes pourront participer à des ateliers offerts sur place. « Si c'était des interventions pour leur apprendre le français, ce serait bien, mais ce n'est pas quelque chose du genre », nuance Mme Piou.

Le ministère de l'Éducation rappelle néanmoins que « le gouvernement du Québec offre, dans son panier de services aux demandeurs d'asile, des cours de français », mais n'a pas communiqué de détails concernant la teneur des ateliers pour les jeunes sur les sites d'hébergement.

DEMANDE DE RENCONTRE

La Concertation haïtienne pour les migrants veut rencontrer le premier ministre du Québec Philippe Couillard afin de lui faire part des « corrections à apporter » en fonction des témoignages recueillis auprès de demandeurs d'asile, rapporte Ninette Piou.

Une demande a été envoyée hier au bureau de M. Couillard. Le cabinet du premier ministre, qui n'avait pas encore accusé réception de la lettre hier soir, a néanmoins soutenu que « les ministres du gouvernement sont mobilisés, ainsi que les députés, qui représentent, de par leurs fonctions, des membres de la diaspora haïtienne ». « Des rencontres ont déjà eu lieu et d'autres se dérouleront au cours des prochaines semaines », a ajouté Harold Fortin.




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