Un pèlerinage en canot pour la réconciliation

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Arrivée du convoi de canots à la Villa Saint-Martin, lundi.

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Paul Jacques avait toujours su que sa mère avait été enlevée à sa famille dans les années soixante pour être placée dans une famille non autochtone, dans le but de l'assimiler à la majorité blanche et chrétienne. Mais il n'avait jamais compris personnellement la douleur qu'elle avait dû ressentir, avant de faire cet été un pèlerinage en canot organisé par des jésuites.

«Notre famille a été marquée émotionnellement par ce qu'a vécu ma mère», dit l'électricien de 30 ans de Sudbury, qui était le navigateur du convoi de cinq canots arrivé à Montréal lundi à la Villa Saint-Martin, une résidence jésuite sur le boulevard Gouin ouest, près de l'autoroute 13. «Mais j'ai pu parler directement à des gens qui ont personnellement vécu le "rapt des années soixante" (sixties grab) organisé par le gouvernement fédéral. Ça me fait encore plus ressentir les effets du colonialisme.»

Le pèlerinage a commencé le 21 juillet au sanctuaire des martyrs canadiens, en Ontario dans la baie Georgienne, là où Brébeuf et ses compagnons ont été tués par les Iroquois au XVIIe siècle. 850 kilomètres plus tard, la trentaine de pagayeurs est arrivée à Montréal. Le pèlerinage souligne le rapport de 2015 de la commission fédérale Vérité et réconciliation ainsi que le 50e anniversaire d'un pèlerinage identique, par des jésuites.

«Je connaissais l'histoire des écoles résidentielles, évidemment, mais pas le rapt des années soixante», dit Erik Sorensen, un aspirant jésuite -un «scolastique»- de 27 ans qui a organisé le pèlerinage. «Parler à des victimes, et plus généralement à de autochtones de leur expérience de discrimination, ouvre les yeux.»

Les jésuites ont géré une seule école résidentielle (où les enfants autochtones étaient envoyés dans un but d'assimilation), à Spanish près de Sault Sainte-Marie, entre 1913 et 1958. L'école était auparavant située dans la réserve de Wikwemikong. "Nous avons gardé le contact avec les anciens élèves, autant que possible", dit M. Sorensen.

Paul Jacques, dont le grand-père a été déchu de son statut autochtone quand il est revenu de la Seconde Guerre mondiale, conformément à la réglementation de l'époque, a organisé chaque jour une cérémonie de purification. «J'ai aussi offert du tabac pour que l'eau nous accorde un voyage paisible. J'ai grandi dans la religion catholique mais maintenant je me sens plus à l'aise dans une hutte de sudation.»

Le voyage n'a toutefois pas été de tout repos au départ. «Dans la baie Georgienne, il y a parfois beaucoup de vagues s'il y a du vent, dit M. Sorensen. Nous avons dû être remorqué jusqu'à une île à un certain point.»

Le pèlerinage se conclut demain à Kahnawake, avec une visite au sanctuaire de sainte Kateri Tekakwitha. Un certain flou subsistait hier au sujet du programme à Kahnawake, M. Sorensen prévenant que seuls les médias autochtones seraient les bienvenus, étant donné le lien entre le pèlerinage et le 150e anniversaire du Canada.

Tom Deerhouse, le contact de M. Sorensen à Kahnawake, a assuré La Presse que tout le monde serait bienvenu. S'agit-il d'un malentendu? «C'est juste une clarification, dit M. Deerhouse. J'ai prévenu les peacekeepers qu'il y aurait plusieurs canots. On va faire un grand piquenique et on va leur faire visiter l'église.»




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