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Femmes autochtones: «Il faut se retrousser les manches», dit Michèle Audette

Michèle Audette... (Photo archives La Presse)

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Michèle Audette

Photo archives La Presse

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Mylène Crête
La Presse Canadienne
Ottawa

L'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées sera capable de poursuivre son travail malgré la démission de la commissaire Marilyn Poitras, assure Michèle Audette, l'une des quatre commissaires encore en fonction.

«Il faut se retrousser les manches et garder le cap», affirme-t-elle tout en disant avoir été déçue par chacun des départs au sein de la commission.

Six personnes ont quitté la commission depuis sa mise sur pied il y a moins d'un an. Sur ces six personnes, cinq ont démissionné pour toutes sortes de raisons.

La commissaire Marilyn Poitras a annoncé au gouvernement lundi qu'elle quitterait son poste le 15 juillet parce qu'elle se sentait incapable de mener à bien son mandat selon les paramètres fixés par le gouvernement. Cette décision est survenue peu de temps après le départ de la directrice générale Michèle Moreau, qui a évoqué des raisons personnelles.

Michèle Audette s'attendait à ce qu'il y ait d'autres démissions en cours de route «parce que la pression est trop forte pour certaines personnes», mais pas à la démission d'une commissaire.

«Sa contribution est majeure, a remarqué Michèle Audette. D'entrée de jeu, Marilyn Poitras a fait en sorte que chaque commissaire se dote d'une grand-mère spirituelle. Il n'y a pas une commission qui a eu ça avant.»

Un soutien nécessaire auquel elle fait appel lorsque l'émotion suscitée par les témoignages tragiques des familles est trop vive.

En plus de la pression, les commissaires se heurtent aussi à la lenteur de la bureaucratie fédérale, alors qu'ils n'ont que deux ans pour remplir leur mandat.

«On fait une demande de bureau en septembre et on l'a le 20 février, a révélé Michèle Audette. Une entreprise, le mois suivant, serait déjà installée dans ses bureaux.»

Le même scénario s'est répété pour les ordinateurs et les cellulaires si bien que les commissaires ont dû utiliser leurs appareils personnels pour démarrer les travaux de la commission.

«Il y a des gens au sein du gouvernement qui ont déchiré leur chemise pour accélérer les choses», a-t-elle raconté.

Le problème a été abordé lundi lors de la rencontre d'urgence demandée par la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, à la suite de la démission de Marilyn Poitras.

Les commissaires lui ont présenté leur plan de travail, mais ont aussi abordé les difficultés auxquelles ils font face.

La plus importante: les communications. La ministre Bennett a affirmé mardi que les communications de la commission étaient «problématiques», faisant ainsi écho aux propos de certains militants et leaders autochtones.

«La plus grande recherche qu'il n'y a jamais eu dans l'histoire sur un enjeu aussi sensible que des assassinats, des disparitions et la violence faite aux femmes dans un contexte légal et on a seulement trois personnes en communications», a exposé Michèle Audette.

Les commissaires auraient aimé embaucher 2 ou 3 agents de communication de plus. Des postes ont été affichés, mais les embauches sont ralenties par des questions administratives.

«C'est de dire regardez là, essayez de rendre les règles un peu plus flexibles pour qu'on puisse embaucher rapidement les gens», a relaté Michèle Audette.

C'est la raison pour laquelle l'Enquête nationale n'a toujours pas dévoilé son plan de travail complet au grand public, a-t-elle expliqué.

Les commissaires vont faire le point avec plusieurs organisations autochtones au cours des prochaines semaines, dont l'Assemblée des Premières Nations qui tiendra son assemblée générale annuelle du 25 au 27 juillet.

Michèle Audette et deux autres commissaires faisaient la même chose mardi, lorsque La Presse canadienne l'a jointe, avec les signataires d'une lettre ouverte publiée en mai, très critique envers les travaux de la commission.

À l'instar de sa collègue, Michèle Audette a parfois eu envie de tout laisser tomber face à l'ampleur de la tâche, mais elle ne veut pas se laisser submerger par ces brefs moments de découragement.

«Ce sont des milliers de personnes, pas juste 400, qui disent j'ai une vérité à partager, j'ai une histoire à raconter et j'espère que je peux, dans un contexte sécuritaire, faire en sorte que des politiques changent, des mentalités changent. C'est gros!», a-t-elle dit la voix entrecoupée par l'émotion.

«Faut pas manquer notre "shot", a-t-elle poursuivi. Et l'émotion que j'ai, c'est ça. C'est tous ces espoirs-là qu'il ne faut pas décevoir.»




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