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Laval: la corruption en héritage pour un jeune étudiant

Huit entrepreneurs et cinq ingénieurs ont plaidé coupable... (Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse)

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Huit entrepreneurs et cinq ingénieurs ont plaidé coupable hier à des accusations de complot, fraude et corruption au palais de justice de Laval. Ils ont admis s'être partagé les contrats publics à l'époque du maire Gilles Vaillancourt.

Photo Patrick Sanfaçon, Archives La Presse

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Parmi les 13 coaccusés qui ont plaidé coupable hier à des accusations en lien avec le système de corruption lavallois, l'un d'entre eux avait hérité de son père d'une société déjà impliquée dans le truquage d'appels d'offres.

Son profil détonnait parmi les 13 coaccusés qui se sont avoués coupables, hier, de participation au système de corruption lavallois entre 1996 et 2010. Patrick Lavallée n'avait que 25 ans lorsque son père entrepreneur est mort, lui laissant pour héritage un « cadeau empoisonné » qui le plongerait dans le crime puis le mènerait à la ruine.

Huit entrepreneurs et cinq ingénieurs ont plaidé coupable à des accusations de complot, fraude et corruption, hier, au palais de justice de Laval. Tous ont admis qu'à l'époque du maire Gilles Vaillancourt, qui croupit aujourd'hui en prison, un groupe d'entreprises de génie et de construction se partageait les contrats publics en truquant les appels d'offres.

Le système fonctionnait avec la bénédiction du maire, dont l'entourage percevait une ristourne de 2 % en pots-de-vin.

Patrick Lavallée, aujourd'hui âgé de 43 ans, ignorait tout de ce système criminel lorsque son père Réjean est mort, le 20 janvier 1999. Réjean Lavallée avait acheté en 1970 l'entreprise J. Dufresne Asphalte, devenue un acteur important dans les travaux publics de Laval.

Patrick Lavallée s'était marié l'année précédente. Il était aux études et travaillait en parallèle au bas de l'échelle pour son père, qui lui a légué une partie des actions de l'entreprise. Un « cadeau empoisonné », selon l'exposé déposé à la cour.

« MAL À L'AISE »

L'associé du défunt, Luc Lemay, est devenu président même s'il ne possédait que 15 % des actions de l'entreprise.

Lemay a commencé à montrer tranquillement au fils Lavallée les rouages du milieu. Il l'a traîné dans les cocktails de financement, les soirées caritatives, les tournois de golf. Patrick Lavallée, nommé vice-président en 2002, a découvert peu à peu le système de collusion et de corruption en place.

« Il n'avait aucune idée que la compagnie participait à un stratagème de partage des contrats. Il l'a appris au moment où il a débuté à s'impliquer au sein de la direction, lorsque Luc Lemay lui a tout enseigné », peut-on lire dans un extrait de la preuve présentée au palais de justice de Laval.

« Patrick Lavallée était mal à l'aise avec cette situation, mais a décidé de prendre la relève dans l'entreprise que son père a bâtie », précise l'exposé des faits.

Au départ, les autres participants refusent de traiter avec lui. Ils finiront par accepter sa présence. Patrick Lavallée rencontre même seul à seul le grand manitou, Gilles Vaillancourt, puis il est nommé président de l'entreprise.

MOINS PAYÉ QUE SON SUBALTERNE

C'est toutefois l'ancien associé de son défunt père, Luc Lemay, qui continue de préparer les soumissions, qu'il ne fait que signer. C'est aussi Lemay qui lui dit à quel prix les soumissions bidon des « concurrents » peuvent être faites, dans le cadre du système collusoire. Lavallée transmet le message aux autres acteurs.

Lavallée avait du mal à se faire accepter comme président, selon l'exposé déposé à la cour. Il gagnait toujours un salaire inférieur à celui de Lemay. Il ne recevait pas de dividendes.

En 2007, les deux hommes se disputent, et Lavallée quitte l'entreprise. Il cesse subitement de recevoir un salaire, doit rendre sa clé et sa voiture de fonction, vider son bureau. Les serrures sont changées. Lemay continue de mettre le nom de Lavallée dans les soumissions malgré tout. L'entreprise est éventuellement vendue, et Lavallée ne reçoit que 73 000 $ pour ses actions.

« Le départ de la compagnie familiale a été très difficile, tant sur le plan monétaire que personnel. Patrick Lavallée n'avait plus d'emploi », relate le document déposé.

CONDUIT À LA RUINE

À la même époque, Lavallée a divorcé, a dû vendre sa maison. « En date d'aujourd'hui, il ne possède aucun actif significatif », souligne le résumé. Il est père de trois enfants dont il a la garde partagée, il verse une pension alimentaire et combine plusieurs petits emplois pour un revenu annuel de 35 000 à 40 000 $.

Lorsque l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a fini par démanteler le système lavallois, le nom de Patrick Lavallée était partout dans les documents saisis. La preuve contre lui était écrasante.

Hier, la Couronne et la défense se sont entendues pour suggérer une peine d'emprisonnement de 24 mois à purger dans la collectivité.




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