Un détective privé trahit son client

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Les conjoints suspicieux qui ont recours à un détective privé ne veulent habituellement pas que l'amant présumé en soit informé.

C'est pourtant ce qui est arrivé à un homme de Québec qui a consulté Paul Trudel, propriétaire de l'agence S.I.R. Québec. Il ignorait que celui-ci allait aussitôt vendre la mèche à l'amant présumé, qu'il connaissait très bien. Et qu'il menacerait aussi d'informer la conjointe au centre de l'affaire à défaut d'être payé.

Paul Trudel a ainsi violé le code d'éthique de son métier à plusieurs reprises, selon une décision du Bureau de la sécurité privée (BSP) obtenue en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Il s'est rendu coupable de «menace et intimidation», de «conflit d'intérêts» et de «divulgation d'information confidentielle». Il a en conséquence perdu son permis de pratique pour 45 jours.

Les agissements du détective «sont si opposés à ce qui est attendu d'un agent d'investigation qu'ils auraient pour effet direct d'ébranler de façon importance [le] lien de confiance que requiert l'exercice de vos fonctions», a écrit le BSP dans le document. Ils «démontrent un manque de professionnalisme et de compétence».

«Répercussions désastreuses»

Dès la rencontre initiale avec le conjoint inquiet, en 2014, le détective Trudel lui a indiqué connaître son «suspect» et douter «de la possibilité que Monsieur X puisse commettre un tel geste, considérant l'estime et la confiance» qu'il lui portait, selon la lettre que lui a transmis le BSP pour l'informer de sa décision et que La Presse a obtenue.

Mais il ne s'est pas arrêté là : il a ensuite appelé l'amant présumé (un «partenaire d'affaires») pour lui rapporter les soupçons du client. Et pour convaincre son client de payer ses honoraires, il l'a menacé de contacter sa conjointe «afin de [l']informer de ses intentions d'enquête».

M. Trudel ne pouvait «ignorer les répercussions désastreuses que pourrait avoir la divulgation de telles informations pour [son] client», écrit le BSP.

Retenant plusieurs facteurs aggravants - dont un «risque relativement élevé de récidive» -, le BSP a imposé trois mois de suspension de permis à Paul Trudel à la fin de 2015. Celui-ci a contesté la décision devant le Tribunal administratif du Québec.

Dans une décision rendue le printemps dernier, l'instance a réduit la peine à 45 jours de suspension, devant une suggestion commune des avocats de BSP et de ceux de M. Trudel.

Dans une très courte décision qui ne reprend pas les faits de la cause, le Tribunal écrit que c'est notamment parce que Paul Trudel «reconnaît les faits» que la suggestion commune a pu émerger.

«Monsieur a décidé de me crucifier»

Mais en entrevue téléphonique avec La Presse, M. Trudel a semblé revenir sur ses aveux.

Il a reconnu qu'il méritait une sanction, mais seulement pour avoir «mis à la porte un monsieur qui avait des problèmes psychiatriques». Il a nié avoir vendu la mèche à l'amant présumé.

«Je dois vous avouer que le 45 jours qu'ils m'ont donné - si je me fie à d'autres dossiers -, il était justifié. C'est vrai que j'avais pas le droit - avec les teneurs de langage que j'ai dit au Monsieur, a-t-il ajouté. Ça fait 37 ans que je pratique. Moi je trouve ça désolant. L'histoire était bien simple, mais Monsieur [le client] a décidé de me crucifier.»

Le BSP a refusé d'expliquer pourquoi il avait accepté de diviser par deux (de trois mois à 45 jours) la sanction qu'il estimait devoir s'appliquer au dossier de M. Trudel. «La sanction imposée dans ce jugement a été jugée convenable par le Tribunal administratif du Québec ainsi que par les parties au dossier mentionné, et ce, à la suite d'une audience où les parties ont eu l'occasion de s'exprimer et de faire valoir leur argumentaire respectif», a affirmé la responsable des communications du BSP, Geneviève Godin.




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