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Un tartare au beurre d'arachides servi à une cliente allergique

Le Holiday Inn de Laval vient d'être condamné... (photo thinkstock)

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Le Holiday Inn de Laval vient d'être condamné à verser une compensation de plus de 7000 $ à une cliente qui a eu un choc anaphylactique après avoir mangé sans crainte des aliments qu'elle croyait exempts d'allergènes.

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La direction de l'hôtel Holiday Inn de Laval savait que sa cliente était allergique aux arachides, aux noix et aux graines de tournesol bien avant qu'elle se présente pour le repas du réveillon, le 24 décembre 2015. On lui a tout de même servi un tartare au beurre d'arachides, après l'avoir rassurée à propos du contenu de son repas. Le réveillon s'est terminé aux urgences.

Le Holiday Inn vient d'être condamné à verser une compensation de plus de 7000 $ à Marie-Ève Bélanger Corbeil, qui a eu un choc anaphylactique après avoir mangé sans crainte des aliments qu'elle croyait exempts d'allergènes. 

Dans sa décision rendue le 6 juin 2017, le juge Richard Landry blâme la direction de l'hôtel qui « a pris l'engagement clair » de fournir un repas sans allergènes. Il estime que la plaignante a fait tout ce qu'elle devait faire pour informer le personnel de sa condition. 

Au moment de la réservation pour le banquet des Fêtes, la famille avait communiqué la liste des allergies de Mme Bélanger Corbeil, liste qui est même inscrite dans le contrat signé par la famille et l'hôtel. Le soir de la fête, dès son arrivée, la cliente a personnellement discuté avec la responsable du service pour lui énumérer la liste de ses allergies. 

Vers 19 h 30, la fête a néanmoins viré au drame : « Du moment où elle prend une bouchée du tartare avec du pain, madame Bélanger Corbeil éprouve les symptômes suivants : bouche pâteuse, démangeaisons au visage, maux de coeur, maux d'estomac, gorge enflée, congestion nasale, nausée », peut-on lire dans le jugement. Son état ne s'est pas amélioré et elle s'est rapidement rendue aux urgences où elle a été traitée pour sa réaction allergique. 

Une copie des recettes lui apprendra que la baguette niçoise contenait 2 % de graines de tournesol. La cliente n'en a pas mangé, mais il y a possiblement eu contamination croisée. Par contre, la recette du tartare contient bel et bien du beurre d'arachides. 

Quelques jours après l'événement, la directrice de l'hôtel, Patricia Alaouz, offre une nuitée à l'hôtel ainsi que le remboursement des repas de Mme Bélanger Corbeil et de son conjoint. 

Insatisfaite, un mois plus tard, la cliente demande une compensation de 15 000 $. Elle déposera finalement une poursuite au mois de mai 2016. 

En se fiant à la jurisprudence, rare pour des cas comparables où des clients allergiques ont reçu des repas contenant des allergènes, le juge impose une indemnisation totale de 7077,82 $. Dans son jugement, il note par ailleurs que la recette de tartare, contenant du beurre d'arachides, avait été préparée en octobre ou en novembre et que la direction de l'hôtel aurait facilement pu la consulter bien avant le soir du réveillon.

« Au sujet du 2 % de graines de tournesol, il importe de savoir qu'une très petite quantité d'un ingrédient allergène est souvent suffisante pour engendrer une réaction importante. » 

- Le juge Richard Landry

« C'est un cas de négligence évidente », commente Marie-Josée Bettez, auteure du site et du livre Déjouer les allergies alimentaires. « On peut difficilement prendre plus de précautions que celles prises par cette cliente », poursuit-elle.

RESTAURANTS ET ALLERGIES

« Les restaurants ont un défi énorme avec les allergies alimentaires », concède Marie-Josée Bettez. D'abord, ils doivent s'assurer qu'il n'y a pas d'allergènes dans la liste d'ingrédients. Ensuite, que les pratiques en cuisine doivent également prévenir les contaminations croisées.

Certains restaurants sont des exemples en la matière. Marie-Josée Bettez cite notamment Pacini qui offre un menu « Ange gardien » composé de plats exempts de plusieurs allergènes préparés à l'extérieur des cuisines des restaurants.

Le jugement dans l'affaire du Holiday Inn peut avoir des effets divers, estime Mme Bettez. Certains restaurants pourraient devenir plus craintifs et carrément refuser d'assurer à leur clientèle allergique qu'ils peuvent la servir sans crainte. McDonald's Canada a ajouté en début d'année un produit qui contient des noix à son menu, ce qui peut provoquer des contaminations croisées. Le géant du hamburger servait jusqu'alors les arachides dans des petits sachets, sur demande.

« Il y a 300 000 personnes allergiques au Québec. Ces gens ont des amis, de la famille et ils veulent pouvoir sortir au restaurant. Les restaurateurs ne devraient pas se priver de cette clientèle. »

- Marie-Josée Bettez

À l'inverse, la décision du juge Landry pourrait inciter des directions de restaurants à prendre les allergies alimentaires davantage au sérieux et à améliorer leurs pratiques. 

Et c'est ce qui s'est passé au Holiday Inn de Laval. Jointe hier matin, la directrice de l'hôtel, Patricia Alaouz, a assuré que l'événement avait poussé l'établissement lavallois à revoir ses façons de faire pour les banquets au sujet des allergies alimentaires. « On fait les choses différemment, a expliqué Mme Alaouz. Il y a plus de formation et nous avons maintenant des alertes lorsque des plats contiennent des allergènes. »

UNE POURSUITE D'UN DEMI-MILLION DE DOLLARS

En mai 2016, un client du restaurant Le Tapageur de Sherbrooke a eu une violente réaction après avoir consommé un tartare de saumon. Simon-Pierre Canuel poursuit l'établissement pour plus d'un demi-million de dollars. Les deux parties seront de retour devant la cour en mars 2018.




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