L'extrême droite québécoise sous la loupe

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Des groupes d'extrême droite comme La Meute tentent aujourd'hui de «dédiaboliser» leur image afin d'attirer davantage d'adhérents, selon la professeure de l'Université Laval Aurélie Campana.

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Les groupes québécois d'extrême droite se sont retrouvés sous la loupe des scientifiques, vendredi, à l'occasion d'un panel de l'Association francophone pour le savoir (ACFAS) à Montréal. Quatre présentations choisies.

Plongée dans une milice paramilitaire

Le chercheur Sergei Zharskikh, maintenant professeur au cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, a passé quatre ans au sein de la Milice patriotique du Québec, un groupe paramilitaire, afin de rédiger son mémoire de maîtrise.

Il a pu observer de l'intérieur cette organisation qui s'entraînait en forêt et à Montréal pour être «prête à intervenir» en cas de sécession du Québec du reste du Canada et a analysé les motivations des membres à en faire partie.

M. Zharskikh a découvert que celui qui était à la tête de ce corps d'une trentaine de personnes avait quitté les Forces canadiennes après la dissolution, en 1995, de son régiment pour des exactions commises en Somalie et des initiations dégradantes.

La milice communiquait avec la Sûreté du Québec (SQ) avant chaque camp d'entraînement, a-t-il ajouté, afin de ne pas alerter les autorités. Selon lui, au plus fort du mouvement, ils étaient « une trentaine de gars plus ou moins fonctionnels ».

La Milice patriotique du Québec s'est dissoute en 2011, mais une partie de ses membres seraient toujours actifs. La milice « n'aura jamais commis d'acte radical haineux : un fait étonnant vu la possession répandue d'armes à feu chez ses membres et la pratique d'un entraînement inspiré de la routine militaire ».

Stratégie de dédiabolisation

Des groupes d'extrême droite comme La Meute tentent aujourd'hui de « dédiaboliser » leur image afin d'attirer davantage d'adhérents, selon la professeure de l'Université Laval Aurélie Campana.

« Ils essaient d'augmenter leur acceptabilité sociale et de passer pour beaucoup plus modérés qu'ils ne le sont », a-t-elle expliqué en entrevue avec La Presse, après sa conférence. Quant à savoir si leur stratégie fonctionne, « ça fait partie des choses qui sont très très difficiles à mesurer », a indiqué la sociologue.

Mme Campana présentait à l'ACFAS une nouvelle méthode pour classifier les groupes d'extrême droite, notamment basée sur leur relation à la violence physique : l'acceptent-ils ou pas? Son équipe a dénombré 103 groupes de cette idéologie - actifs et inactifs - au Québec, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Des groupes « très locaux » s'inscrivent maintenant dans des réseaux internationaux, a-t-elle ajouté.

Un discours adouci après l'attentat de Québec

Vivek Venkatesh et Tieja Thomas, de l'Université Concordia, ont tenté d'analyser les réactions virtuelles à l'attentat au Centre culturel islamique de Québec, en janvier dernier.

Les internautes se sont davantage exprimés « pour soutenir les musulmans, cette fois-ci », a affirmé le professeur Venkatesh, en faisant la comparaison avec la période du débat sur la Charte des valeurs québécoises.

« Le fait que c'est un attentat, le fait qu'il y a eu des morts, je crois que ça joue dans les sentiments », a-t-il dit. Leur étude se basait exclusivement sur le réseau social Reddit dans les semaines qui ont suivi le meurtre de six fidèles. Ils ont analysé l'utilisation conjointe de mots comme « terroriste » « musulman » pour en arriver à leurs conclusions.

Pas d'« alt-right » proprement québécoise

Maxime Fiset, ancien militant d'extrême droite devenu chercheur au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, a sondé les profondeurs du web pendant trois mois pour en arriver à sa conclusion : il y a bien des Québécois dans le mouvement alt-right (droite alternative), mais il n'existe pas de mouvement alt-right propre au Québec.

Cette nébuleuse née dans des forums - notamment de jeux vidéo - et qui prospère grâce aux médias sociaux et à des sites conspirationnistes attire tous les regards depuis l'élection de Donald Trump, avec qui elle partage des militants. Elle est profondément anti-médias, ultranationaliste et anti-institutions. Malgré son nom différent, « l'alt-right ne se distingue pas de façon claire de l'extrême droite classique », a assuré M. Fiset.




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