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Passages illégaux de la frontière: «on comprend pourquoi ils le font»

Les retrouvailles entre l'agent Bernard Vandal et Mamadou Sanogo se... (Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Les retrouvailles entre l'agent Bernard Vandal et Mamadou Sanogo se sont déroulées jeudi au quartier général de la GRC, à Montréal.

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Il y a un mois et deux jours, Bernard Vandal a sauvé une vie. Et hier, cet agent de la GRC qui fait des patrouilles à la frontière canado-américaine, près de Lacolle, a rencontré Mamadou Sanogo, le demandeur d'asile qui serait probablement mort de froid s'il ne l'avait pas aperçu, confus et glacé, au milieu de la nuit.

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«Vous m'avez sauvé la vie», a dit Mamadou Sanogo, en serrant dans ses mains les mains de l'agent Bernard Vandal.

Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Mamadou Sanogo tenait à remercier le gendarme qu'il a aperçu veillant à son chevet quand il a fini par revenir à lui, à l'hôpital, au petit matin du 5 mars.

Et la GRC a saisi l'occasion pour organiser d'émouvantes retrouvailles, dans son quartier général de Montréal, hier.

«Vous m'avez sauvé la vie», a dit Mamadou Sanogo, en serrant dans ses mains les mains du policier.

«Ça me fait plaisir», a répondu avec pudeur Bernard Vandal.

Au fil des derniers mois, les médias ont pu recueillir des témoignages de demandeurs d'asile qui sont de plus en plus nombreux à entrer au Canada en contournant les postes-frontières, essayant d'éviter le renvoi vers les États-Unis et les politiques inhospitalières de Donald Trump.

Pour une rarissime fois, hier, nous avons pu entendre le point de vue de ceux qui les accueillent quand ils mettent les pieds en territoire canadien.

«On comprend leur situation, on comprend pourquoi ils le font», a confié Bernard Vandal.

Quand il aperçoit des hommes ou des femmes qui marchent vers le Canada, le gendarme est tenu de les avertir qu'ils commettent un acte illégal et qu'il devra les arrêter. Il doit aussi s'assurer qu'ils ne représentent aucun danger.

«Mon rôle, c'est aussi d'avoir de la compassion», explique l'agent Vandal. 

Une ombre dans la nuit

Bernard Vandal a raconté comment il avait aperçu ce qu'il a d'abord cru être une ombre près de la clôture d'une entreprise de produits forestiers, à Lacolle. Il était environ 2 h du matin. Et il faisait -15 °C.

À ce moment, ça faisait neuf heures que Mamadou Sanogo marchait vers le Canada. Il était tombé à deux reprises dans un ruisseau et ses vêtements avaient gelé sur son corps. Il ne pouvait plus bouger ses jambes ni parler, s'est rappelé Bernard Vandal, qui avait tenté de s'adresser à l'Ivoirien en français, en anglais et en créole, sans obtenir de réponse.

C'est en procédant à une fouille de sécurité qu'il a réalisé que les pieds et les mollets de l'homme de 47 ans s'étaient transformés en blocs de glace. 

«Il était raide comme une barre, il souffrait d'une hypothermie grave», relate Bernard Vandal.

Une fois conduit au poste frontalier, l'homme a finalement réussi à marmonner un mot qui ressemblait à «diabète.» Diabète et hypothermie pouvaient représenter un cocktail fatal pour Mamadou Sanogo, a jugé Bernard Vandal, qui l'a alors conduit à l'hôpital.

Très ému, Mamadou a dû essuyer ses yeux à plusieurs reprises en écoutant le récit de la terrible nuit au cours de laquelle il avait fui les États-Unis où il avait vécu pendant 10 ans, après avoir quitté la Côte d'Ivoire en pleine guerre civile.

Établi à New York, où il gagnait sa vie comme chauffeur de taxi, il devait faire renouveler régulièrement son permis de travail. Quand des agents de l'immigration sont venus faire une troisième visite dans son appartement du Bronx, en son absence, il a jugé qu'il n'était plus en sécurité aux États-Unis.

Mal informé, il s'est présenté à la frontière pour faire sa demande d'asile, mais a été refoulé en vertu de l'entente sur les tiers pays sûrs. Conclu en 2004, cet accord permet de renvoyer les demandeurs d'asile vers un pays tiers dans la mesure où celui-ci garantit sa protection.

Cette entente ne s'applique toutefois qu'aux revendicateurs qui se présentent à un poste frontalier régulier. Un demandeur qui entre au Canada à partir des États-Unis en empruntant une entrée clandestine peut faire sa demande d'asile sans risquer le renvoi. En revanche, si sa demande a déjà été rejetée une première fois, ce qui est le cas de Mamadou Sanogo, il n'a pas le droit de la présenter de nouveau.

Mamadou Sanogo ignorait toutes ces subtilités des lois canadiennes. Il a simplement marché vers le nord, en essayant de longer plus ou moins la route 87.

Bataille juridique

Aujourd'hui, ses avocats se battent sur deux fronts. Ils tentent d'empêcher son expulsion vers la Côte d'Ivoire en réclamant un examen de risques avant renvoi. Ils contestent aussi l'entente sur les tiers pays sûrs, qui incite les gens à essayer d'entrer au Canada par des chemins clandestins, au risque de leur vie - un phénomène qui n'est pas nouveau, mais qui a explosé depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Hier, Mamadou Sanogo s'est rendu au quartier général de la GRC en sandales de caoutchouc, malgré la pluie. Ses engelures ont laissé des traces et ses orteils sont encore trop douloureux pour qu'il puisse enfiler des chaussures.

Mais au moins, il a gardé ses pieds et ses orteils, contrairement à ce qu'avait craint le gendarme Vandal.

Ce dernier reconnaît que de plus en plus de gens essaient d'entrer illégalement au Canada. Mais il refuse de les juger.

«Je ne suis pas dans leurs souliers, mais j'imagine que ce sont des gens en détresse qui prennent des moyens pour améliorer leur vie. Ils traversent la frontière avec toutes leurs possessions. C'est-à-dire avec presque rien.»




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