Un diplomate turc obtient l'asile politique au Canada

Trois employés de l'ambassade turque à Ottawa ont... (photo Simon Séguin-Bertrand, le droit)

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Trois employés de l'ambassade turque à Ottawa ont obéi à l'ordre donné par le gouvernement Erdogan de rentrer en Turquie, affirme un employé ayant reçu le statut de réfugié.

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Le régime du président Recep Erdogan mène une purge dans l'entourage de l'ambassade turque à Ottawa, qu'il soupçonne d'avoir abrité des partisans du coup d'État raté contre son gouvernement l'été dernier. La répression est telle que le Canada vient d'accorder l'asile politique à un diplomate qui craignait d'être jeté au cachot s'il retournait chez lui.

Le diplomate de carrière, dont le nom est protégé comme le veut la procédure dans les dossiers de demandeurs d'asile, a été reconnu comme réfugié récemment après qu'Ankara eut aboli son emploi à Ottawa et ordonné son retour dans son pays. La Commission de l'immigration et du statut de réfugié a conclu que le diplomate a raison de craindre la persécution en Turquie.

L'homme, visiblement soulagé, s'est confié à La Presse dans le bureau de son avocat. Il se dit soupçonné à tort d'être lié au mouvement Gülen, une organisation religieuse accusée par le président Erdogan d'être derrière la tentative de coup d'État qui a secoué le pays en juillet dernier et qui s'est soldée par 270 morts et 2000 blessés.

CONVAINCU D'ÊTRE ARRÊTÉ

« Pour eux, si tu ne supportes pas Erdogan, tu es un ennemi. Ils croient que je pourrais être lié à Gülen, mais ils n'ont rien, aucun document. Où est la preuve ? Nous sommes laïcs, nous n'avons jamais soutenu d'autre organisation que l'État turc », dit-il, en son nom et en celui de ses collègues fonctionnaires. Il croit que les événements de l'été servent de prétexte à éliminer toute opposition au président.

« J'ai toujours aimé mon pays, mais je suis sûr à 100 % que si je retourne, dès que j'arriverai à l'aéroport, je serai arrêté sans mandat. »

Il souligne le cas de Tuncay Babali, ambassadeur au Canada de 2012 à 2014, qui a été emprisonné sur la base de soupçons similaires l'été dernier, et dont le cas a fait la manchette.

Selon les chiffres officiels diffusés dans les médias turcs, plus de 100 000 fonctionnaires ont été renvoyés et plus de 40 000 personnes ont été incarcérées à la suite de la tentative de putsch. L'Association des journalistes de Turquie affirme par ailleurs que plus d'une centaine de journalistes ont été emprisonnés et 777 cartes de presse annulées.

Le chef de la diplomatie turque a déjà déclaré que certains représentants du pays en poste à l'étranger avaient refusé de retourner en Turquie lorsqu'ils ont été rappelés. En Europe, des militaires détachés auprès de l'OTAN ont aussi demandé l'asile politique.

D'AUTRES HÉSITENT

La décision des autorités canadiennes d'accorder le statut de réfugié à un diplomate turc pourrait inciter d'autres membres de la délégation à tenter leur chance. Le demandeur qui vient d'être admis au Canada affirme que trois autres employés de l'ambassade ont déjà obéi à l'ordre de rentrer chez eux, mais que d'autres sont toujours au Canada et craignent de le quitter.

« Tout ce que je peux dire c'est que je suis au fait que d'autres représentants de l'État sont dans la même situation que monsieur », affirme Me Stéphane Handfield, l'avocat qui vient de remporter la cause en faveur du diplomate.

Selon lui, la décision de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié crée un précédent important. 

« C'est une reconnaissance que le gouvernement Erdogan persécute les fonctionnaires de l'État et que ceux-ci ne peuvent d'aucune façon obtenir une protection en Turquie. Et cette persécution dépasse les frontières de la Turquie. »

Joint par La Presse, le personnel de l'ambassade n'était pas en mesure de commenter la situation pour l'instant.

Cet été, le ministre canadien des Affaires étrangères avait condamné toute tentative de renversement par la force du gouvernement turc élu démocratiquement. Il avait convenu que les putschistes devaient être traduits en justice, mais avait appelé Ankara à faire preuve de « discernement » dans sa réponse.

Amnistie Internationale a par la suite évoqué des cas de torture dans certaines prisons turques, dans le cadre de la répression contre des putschistes. De son côté, le rapporteur spécial de l'ONU sur la liberté d'expression a reconnu que la Turquie fait face à de sérieuses menaces sécuritaires, mais a déploré des restrictions à la liberté d'opinion et d'expression à travers le pays.




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