Hausse des tentatives de suicide dans le métro

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Une centaine de personnes se sont enlevé la vie dans le métro de Montréal entre 2005 et 2015 sur les 207 tentatives survenues lors de cette période.

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Les tentatives de suicide dans le métro de Montréal, en baisse au tournant de la décennie, ont bondi depuis 2014. La STM a rapporté 23 « tentatives de mort violente » l'an dernier, un sommet en neuf ans. Or, les deux tiers de ces personnes survivent dorénavant à cette collision extrêmement souffrante et handicapante. Le directeur général de la STM assure mettre « beaucoup, beaucoup » l'accent sur la prévention et la détection de gens en détresse sur les quais.

UNE CENTAINE DE MORTS EN 10 ANS

Une centaine de personnes ont mis fin à leurs jours dans le métro de Montréal entre 2005 et 2015 sur les 207 tentatives survenues lors de cette période, démontrent des données du Bureau du coroner et de la STM obtenues en vertu de la Loi sur l'accès aux documents publics. Vingt-trois personnes ont tenté de se suicider en 2015 dans le métro. C'est plus du double qu'en 2011, alors que 10 personnes avaient tenté de commettre l'irréparable. « Il faut faire attention, puisque ce sont de petits chiffres. La tendance en général, c'est une diminution », explique Brian L. Mishara, directeur du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie. Malgré la hausse récente des tentatives, la situation s'est améliorée par rapport au début des années 2000 et aux années 90.

Nombre de « tentatives de mort violente »

  • 2016 : 9* (jusqu'en juillet)
  • 2015 : 23
  • 2014 : 20
  • 2013 : 16
  • 2012 : 16
  • 2011 : 10
  • 2010 : 19
  • 2009 : 8
  • 2008 : 19
  • 2007 : 21
  • 2006 : 25
  • 2005 : 30

SANTÉ MENTALE

Le nombre de morts par suicide dans le métro a légèrement diminué dans les dernières années. En 2014, cinq personnes sont mortes en 20 tentatives, contre huit personnes l'an dernier. En 2005, on comptait 18 morts pour 30 tentatives. Ainsi, de 2010 à 2015, les deux tiers des personnes ont survécu à leur tentative, alors que lors des six années précédentes, seulement 40 % d'entre elles avaient survécu. Dans une majorité de cas, les personnes qui sont mortes souffraient d'une maladie mentale diagnostiquée, selon les dizaines de rapports du coroner consultés par La Presse. « Avoir un trouble de santé mentale ne cause pas le suicide, mais augmente le risque. [...] D'ailleurs, 90 % des gens qui meurent par suicide au Québec ont un problème de santé mentale », explique Brian Mishara.

Décès lors de tentatives de suicide par collision avec le métro, selon le Bureau du coroner, avril 2016

  • 2015 : 8
  • 2014 : 5
  • 2013 : 5
  • 2012 : 8
  • 2011 : 4
  • 2010 : 15
  • 2009 : 5
  • 2008 : 11
  • 2007 : 10
  • 2006 : 13
  • 2005 : 18

UN SUJET « TRÈS SENSIBLE »

Le suicide dans le métro est un sujet « très sensible », voire tabou, à la Société de transport de Montréal (STM) qui en parle rarement publiquement. Mais ces drames humains, qualifiés sobrement d'« incidents » dans les messages diffusés dans le métro, demeurent une réalité, et évitables. Le professeur Brian Mishara insiste pour défaire une croyance partagée, selon les études, par les personnes qui tentent de se suicider : non, ce geste n'assure pas de « mourir sans douleur immédiatement ! ». « La majorité des gens ne meurent pas. Ceux qui meurent peuvent souffrir énormément, et ceux qui ne meurent pas, quand ils sont frappés par le train, subissent énormément de dommages physiques et [souffrent] de handicaps à vie », martèle le chercheur.

« ON EN DÉTECTE PLUSIEURS »

Les suicides dans le métro sont « très préoccupants », affirme Luc Tremblay, directeur général de la STM, dans une entrevue accordée le mois dernier. Le dirigeant assure que d'importants efforts sont déployés pour prévenir ces gestes de détresse. « On a fait des études avec des spécialistes. Il est possible de détecter des gens qui sont en détresse sur des quais. C'est pour ça qu'on met de plus en plus de gens sur les quais pour s'assurer qu'on les détecte. Et on en détecte plusieurs. Je reçois le sommaire des incidents dans le métro tous les matins, et on a des cas qu'on a réussi à désamorcer », explique-t-il. La STM a également installé un système de détection d'intrusion dans les tunnels.

« BARRIÈRES ANTI-SUICIDE »

La solution idéale pour empêcher les désespérés de se jeter devant les rames existe. Il s'agit des portes palières, connues comme des « barrières anti-suicide ». Or, elles coûteraient une véritable fortune à la STM : 1 milliard de dollars, évalue Luc Tremblay. « C'est une question de priorité malheureusement. Même si on mettait 1 milliard dans le métro pour mettre des portes palières, il y aurait des problématiques techniques qui nous en empêcheraient puisqu'on a trois types de matériel roulant », soutient-il. « Une vie humaine, ça n'a pas de prix, mais dans les moyens qu'on a, c'est la prévention et la présence sur les quais qui peut limiter le plus possible ces choses-là. Et on est relativement stable depuis plusieurs années », affirme Luc Tremblay.

DÉTECTER LES PERSONNES À RISQUE

Les personnes à risque peuvent-elles être détectées avant qu'elles ne commettent l'irréparable ? Bien souvent oui, concluent les chercheurs de l'UQAM Brian Mishara, Cécile Bardon et Serge Dupont dans une étude publiée hier dans BMC Public Health. En observant par caméra ces personnes en détresse dans les cinq minutes précédant leur geste, les chercheurs ont découvert que 61 % d'entre elles avaient au moins deux comportements annonciateurs. « On a pu facilement identifier le quart des personnes qui allaient faire une tentative. [Pour celles-ci], on a trouvé des signes identifiables : laisser un objet et faire des allers-retours entre la ligne jaune et l'arrière des quais », explique Brian Mishara, professeur de psychologie à l'UQAM.

LOGICIEL INFORMATIQUE

Un logiciel informatique pourrait ainsi être développé pour identifier en temps réel certains comportements annonçant une tentative de suicide imminente et les signaler à des surveillants, conclut Brian Mishara. « Mais c'est très compliqué. On ne peut pas juste se fier à l'intelligence artificielle », nuance-t-il. Le chercheur a aussi découvert dans ses recherches que 75 % des personnes qui avaient tenté de se suicider avaient failli changer d'avis juste avant. D'ailleurs, la majorité des survivants, même ceux gravement blessés, sont « bien contents d'être en vie », ajoute-t-il. « Quand on veut se suicider, ce n'est pas qu'on veut mourir, c'est qu'on ne se sent pas capable de faire face aux problèmes. Quand on donne de l'aide pour trouver d'autres façons de composer avec des problèmes, le désir de se suicider diminue », affirme Brian Mishara.

- Avec William Leclerc, La Presse

On peut joindre un intervenant de Suicide Action Montréal 24 heures sur 24 en composant le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553) ou en ligne.




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