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La moitié des bambins victimes de violence

Un portrait inédit des conditions de vie des... (Photo Sarah Mongeau-Birkett, Archives La Presse)

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Un portrait inédit des conditions de vie des bambins québécois sera dévoilé aujourd'hui par l'Observatoire des tout-petits.

Photo Sarah Mongeau-Birkett, Archives La Presse

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La moitié des enfants de moins de 6 ans ont déjà été victimes de violence physique à la maison, et presque autant y subissent des agressions psychologiques répétées, révèle un portrait inédit des conditions de vie des bambins québécois qui sera dévoilé aujourd'hui par l'Observatoire des tout-petits et que La Presse a obtenu. Malgré ces sombres statistiques, l'environnement dans lequel grandissent les tout-petits s'est tout de même amélioré depuis 10 ans, démontre le document.

COMMENT VONT NOS ENFANTS ?

« On a l'indice du Dow Jones, on peut mesurer la performance de toutes les grandes compagnies, mais personne n'est capable de répondre à la question : comment vont les tout-petits québécois ? C'est fou, parce que c'est quand même l'avenir du Québec », note Fannie Dagenais, directrice de l'Observatoire. 

Et comment vont-ils ? « Il y a une amélioration. On a des bonnes nouvelles, mais on a aussi des données qui sont plus préoccupantes. » La violence, l'accès à un logement adéquat et l'insécurité alimentaire en font partie.

48 %

Près de la moitié des enfants âgés de 6 mois à 5 ans ont été victimes d'au moins un geste de violence mineure perpétré par un adulte de la maison en l'espace d'un an, révèle l'enquête, une première en son genre, publiée dans le cadre de la première Grande semaine des tout-petits, qui s'amorce aujourd'hui. On parle ici de secouer ou de brasser un enfant (de plus de 2 ans), de lui taper les fesses à mains nues, de lui donner une tape sur la main, le bras ou la jambe, ou de le pincer. « Il y a une baisse par rapport à 2004 [56 %], mais disons qu'il y a encore place à amélioration. Ce qui m'a frappée, c'est que c'est encore un enfant sur deux. C'est préoccupant », estime Fannie Dagenais.

Les enfants victimes de violence physique grave sont beaucoup moins nombreux (4,3 %). On parle ici de taper un enfant avec un objet dur (ceinture ou bâton, par exemple), de lui donner un coup de poing ou un coup de pied, de lui serrer la gorge, de lui donner une raclée, de le jeter par terre ou encore de le frapper au visage, sur la tête ou sur les oreilles.

INSULTES, MENACES ET HUMILIATION

Parmi les enfants de 6 mois à 5 ans, 44 % ont déjà fait l'objet, au cours de la même année, d'au moins trois épisodes d'agression psychologique par un adulte à la maison. Comme le montre le graphique, les cas sont beaucoup moins nombreux pour les enfants de 2 ans et moins que pour ceux de 3 à 5 ans.

Une agression psychologique, c'est quoi ? On parle de « crier ou hurler après un enfant, de jurer après lui, de menacer de le placer en famille d'accueil ou de le mettre à la porte, de menacer de le frapper [sans le faire] ou encore de l'humilier en le traitant par exemple de stupide, de paresseux ou de tout autre nom de même nature », précise le rapport.

1 sur 5

Proportion des enfants de moins de 6 ans qui vivent dans un logement jugé non abordable pour leur famille (dont le prix équivaut à plus de 30 % du revenu). Cela représente 73 000 familles.

« On comprend tout de suite la pression économique que ça met sur ces familles-là, dit Fannie Dagenais. Parce que l'argent qui va là, il ne va pas sur d'autres choses. »

En lien direct avec ce phénomène : 8 % des familles ayant des enfants âgés de moins de 6 ans sont en situation d'insécurité alimentaire. La proportion est la même depuis 2005.

MÈRES PLUS SCOLARISÉES, FAMILLES PLUS À L'AISE

PLUS RICHES > La proportion de bambins de 5 ans et moins vivant dans une famille à faible revenu a diminué au cours des dernières années, passant de 18,5 % en 2004 à 12,9 % en 2013.

PLUS SCOLARISÉES > La proportion d'enfants nés d'une mère n'ayant pas terminé ses études secondaires est passée de 7,9 % en 2008 à 5,9 % en 2014.

PLUS D'EMPLOIS > Le pourcentage de mères ayant un emploi est passé de 73,7 % à 77,4 % entre 2004 et 2015 chez les mères avec conjoint. Du côté des mères seules, 61,3 % étaient sur le marché du travail en 2015.

POURQUOI EST-CE IMPORTANT ? > « Des recherches ont établi que les enfants de 0 à 5 ans vivant en situation de pauvreté présentent plus de difficultés de langage et sont plus à risque de rencontrer des difficultés scolaires à leur entrée à l'école. Ils sont aussi plus susceptibles de développer des problèmes de comportement ou de santé », explique Mme Dagenais.

OUBLIÉS, LES ENFANTS ?

Il y a 535 490 enfants de 5 ans et moins au Québec, contre 1,5 million de personnes âgées de 65 ans ou plus. Les plus jeunes membres de notre société sont-ils négligés ? Il y a un risque, répond Jean-Pierre Hotte, ancien directeur général des centres jeunesse, président d'Avenir d'enfant et porte-parole de la Grande semaine des tout-petits. « Quand on voit le vieillissement de la population, avec des baby-boomers qui ont mille et une façons de mettre de l'avant leurs priorités, il y a un risque pour les tout-petits d'être oubliés. C'est souvent vu comme strictement l'affaire des parents », dit-il. 

« Les gens, surtout de ma génération, ne sont pas portés à porter les enfants parmi leurs priorités. Ils pensent à la santé, au régime de retraite... On veut s'assurer que les enfants ont l'espace qu'ils devraient occuper. »

Le portrait se base sur des chiffres de plusieurs organes, dont l'Institut de la statistique du Québec, Statistique Canada, le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) et la Direction des statistiques sociodémographiques. L'Observatoire a utilisé les données les plus récentes, qui varient entre 2012 et 2016, selon les thèmes.

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