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Traite de personnes: «Montréal est une plaque tournante»

Nathalie Khlat est la présidente de l'organisme Le... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE)

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Nathalie Khlat est la présidente de l'organisme Le Phare des Affranchies, qui souhaite mettre en place un service pour venir en aide aux victimes de traite de personnes au cours de l'année à venir.

PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE

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Les services offerts aux victimes de traite de personnes sont quasi inexistants au Québec, alors que le nombre de dénonciations a quintuplé de 2009 à 2014 au pays, déplore l'organisme Le Phare des Affranchies.

L'OSBL, qui fête aujourd'hui son premier anniversaire, s'est donné pour mission, au cours de l'année à venir, de mettre en place un service pour venir en aide aux victimes de traite de personnes. Entrevue avec la présidente, Nathalie Khlat, qui était derrière la campagne de sensibilisation qui a fait grand bruit durant le dernier Grand Prix de F1 à Montréal « Acheter du sexe n'est pas un sport ».

Quand on parle de traite de personnes, encore aujourd'hui, on a de la difficulté à croire que ça puisse se passer au Québec. Quelle forme ce fléau prend-il ici ?

Les chiffres qui sortent ne sont que la pointe de l'iceberg, parce que ce fléau clandestin est encore très tabou et que les gens ne le dénoncent pas. Ils ne réalisent pas que la traite existe. C'est un des commerces les plus lucratifs au monde et Montréal est une plaque tournante. Que ce soit une personne immigrée en vertu d'un programme de travail, mais à qui on demande des horaires inhumains, ou encore une jeune femme qui se retrouve dans le réseau de la prostitution et de l'exploitation sexuelle et qui, par la peur, est contrainte d'y rester.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

La fille de 15 ans va dire aux clients qu'elle en a 19-20... Souvent, on entend sur le terrain : « Elle se rend d'elle-même à l'hôtel, elle n'a pas de menottes, elle n'est pas forcée. » Mais les proxénètes sont des professionnels de la manipulation. Peut-être qu'une semaine plus tôt, ils ont montré à la jeune fille de 15 ans une photo de sa petite soeur et lui ont dit que si elle se sauvait, ils devraient aller chercher sa soeur pour la remplacer. C'est un exemple parmi tant d'autres. Et il ne faut pas s'imaginer que les proxénètes ont ça écrit dans le front et qu'ils se promènent avec de grosses chaînes en or. Ça, c'est un cliché. Même qu'au contraire, il y a de plus en plus de femmes recruteuses.

Vers qui les victimes peuvent-elles se tourner ?

On manque de services. Les victimes disent souvent que le « système » est le grand méchant loup, et elles n'ont malheureusement pas tout à fait tort... Nous avons un énorme besoin de ressources. Il n'y a aucune initiative gouvernementale au Québec, alors que dans d'autres provinces canadiennes, il y en a. Par exemple, au Manitoba, Street Reach fait un très bon travail sur le terrain, et c'est une approche provinciale.

Ce sont donc des organismes comme Le Phare des Affranchies qui offrent des services de première ligne ?

Il y a divers organismes. Nous, nous n'offrons pas encore de service direct aux victimes. Nous avons fait beaucoup de terrain, durant notre première année d'existence, et maintenant, nous espérons amasser 10 000 $ pour mettre sur pied un programme de jour qui offrirait un service d'aide adapté aux personnes de 16 ans et plus qui sont ou qui ont été victimes de traite de personnes, grâce à une équipe multidisciplinaire. C'est pour ce projet que l'on a tenu une soirée-bénéfice [hier] soir.

Avez-vous des subventions de l'un des deux ordres de gouvernement ?

Il est évident que l'on fait de la sensibilisation auprès des gouvernements et des différentes organisations politiques pour obtenir des subventions, mais aussi pour que des choses changent. À titre d'exemple, les victimes de crimes de ce genre n'ont pas accès aux services de l'IVAC (Indemnisation des victimes d'actes criminels) puisqu'elles ne sont pas reconnues comme telles. On a beaucoup de chemin à faire. Il ne faut pas oublier non plus que c'est un crime facile à juger parce qu'il est difficile à comprendre. Et pour en venir à bout, c'est la responsabilité de tout le monde de ne pas fermer les yeux et de ne pas minimiser ce qui se passe autour de nous.

Traite de personnes et passage clandestin

La traite de personnes est souvent décrite comme une forme moderne d'esclavage. Elle se caractérise par le fait de recruter, de transporter et d'abriter des personnes ou de contrôler, de diriger ou d'influencer leurs mouvements afin de les exploiter, habituellement par l'exploitation sexuelle ou le travail forcé. La traite des personnes diffère du passage de clandestins, car ce dernier sous-entend le consentement de la personne, qui paie en général d'importantes sommes d'argent pour être introduite illégalement dans un pays et qui est libre une fois arrivée à destination. 

Source : Sécurité publique Canada

En chiffres 

506

Nombre d'infractions de traite de personnes rapportées par les différents corps policiers du Canada de 2009 à 2014. Le nombre de cas signalés par année a quintuplé de 2009 à 2014.

9 sur 10

Plus de 9 victimes sur 10 sont de sexe féminin. Près de la moitié des victimes sont âgées de 18 à 24 ans ; le quart sont mineures.

61 %

Plus de la moitié des victimes de traite de personne sont exploitées sexuellement et le tiers d'entre elles sont violentées.

93 %

En 2014, le Centre national de coordination contre la traite de personnes de la GRC a établi que 93 % des victimes de traite de personnes au Canada étaient canadiennes. Plus de la moitié des victimes sont d'origine autochtone.

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