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Pas de cause unique à la radicalisation des jeunes, mais des constantes

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L'analyse a été menée par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), à l'instigation du Collège de Maisonneuve à Montréal.

PHOTO Graham Hughes, archives PC

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Pierre Saint-Arnaud
La Presse Canadienne
MONTRÉAL

Il n'y a pas de cause unique à la radicalisation, pas plus qu'il y a de portrait type de la personne radicalisée, mais certaines constantes se dégagent tout de même d'une recherche détaillée menée après que des jeunes du Collège de Maisonneuve et d'ailleurs eurent tenté d'aller faire le djihad en Syrie.

Le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) a présenté à Montréal, vendredi, le rapport d'analyse réalisé à la demande du Collège de Maisonneuve.

Ce rapport dresse un portrait d'une combinaison d'éléments, notamment l'intervention de manipulateurs extérieurs auprès de jeunes en quête de sens, parfois d'aventure, qui peuvent se retrouver dans une situation de fragilité en raison de difficultés personnelles et souvent aux prises avec un malaise identitaire, tout en éprouvant le besoin d'appartenir à un groupe.

«Ces agents de radicalisation ont une capacité de manipuler nos jeunes, ont un discours très polarisant, un discours populiste, un discours... en fait, c'est comme des gourous, des chefs de secte», a expliqué le directeur général du centre, Herman Deparice-Okomba, en conférence de presse.

Ces prévaricateurs profitent du contexte pour mousser le sentiment d'indignation quant à la situation en Syrie et de frustration face à l'inaction des pays occidentaux, tout en exacerbant le malaise identitaire afin de convaincre les jeunes que leur identité religieuse est incompatible avec leur identité québécoise.

Dans ce dernier cas, le rapport d'analyse note que le débat sur les accommodements raisonnables, suivi de celui sur la charte des valeurs, ont offert un terreau fertile à ces manipulateurs qui ont récupéré les propos les plus extrêmes formulés dans ces débats pour convaincre les jeunes que leur identité religieuse est incompatible avec l'identité québécoise.

«Certaines personnes simplistes, populistes, ont utilisé, ont exploité ce discours, ce débat en disant: voilà comment ils pensent, comment ils nous traitent, voilà comment ils nous considèrent», a illustré M. Deparice-Okomba.

Les auteurs du rapport font état d'une influence extérieure au Collège de Maisonneuve, tout en évitant de nommer qui que ce soit, bien que la présence du controversé prédicateur Adil Charkaoui y ait été largement documentée, une question autour de laquelle l'inconfort du directeur général était palpable.

«La question doit être (posée) à nos autorités policières, a-t-il d'abord répondu. Le Centre n'est pas compétent en matière d'investigation policière, premièrement, et la deuxième chose, c'est que nous travaillons dans un cadre de confidentialité avec ces jeunes.»

Les médias sont toutefois revenus à la charge, mais M. Deparice-Okomba a dû leur rappeler la nature du mandat de son organisme.

«Le plus important, ce n'est pas d'identifier qui est l'agent de radicalisation; le plus important aujourd'hui pour le Centre et pour le Québec, c'est de comprendre le discours, comment il procède pour renforcer la résilience de nos jeunes.»

À cet effet, le rapport formule une série de recommandations visant diverses instances.

Le Collège de Maisonneuve, qui a déjà mis en place un comité de prévention, est invité à faire des efforts de formation de son personnel et d'instaurer des mesures de vigilance et de prise en charge des jeunes à risque.

On recommande également une meilleure gestion du fait religieux en milieu scolaire, tout comme on suggère au ministère de l'Éducation d'assurer un encadrement de la gestion du fait religieux dans l'ensemble des institutions et de développer des programmes éducatifs pour renforcer la résilience des étudiants face aux propos haineux.

Les chercheurs demandent également aux ministères provincial et fédéral de la Justice de permettre aux juges de proposer une prise en charge psychosociale des individus ou de leurs proches dans des dossiers associés au terrorisme.

Du côté policier, les services policiers, particulièrement à Montréal, sont pressés de documenter les crimes haineux et de fournir la formation requise en telle matière tant au personnel en service qu'aux aspirants-policiers.

Réactions

Le rapport a été fort bien accueilli par le premier ministre Philippe Couillard, qui a salué le travail du Centre de prévention et souligné que sa création avait attiré l'attention de plusieurs pays.

Bien que le premier ministre demeure ferme dans son appui aux missions militaires pour combattre les organisations terroristes sur le terrain, il répète que la lutte contre la radicalisation se fait sur deux fronts.

«Il faut également prévenir dans les communautés, a dit le premier ministre. Il faut combattre fortement et fermement, mais il faut également agir pour prévenir.»

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a également salué le travail du Centre et a noté que les services policiers, le Collège de Maisonneuve et les gouvernements avaient déjà amorcé des démarches de toutes sortes.

Il a rappelé que le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, avait manifesté son appui et même sa volonté de s'inspirer de l'expérience québécoise pour le reste du Canada.

Par ailleurs, il n'a pas voulu se laisser piéger par des questions sur les accommodements ou la charte des valeurs - à laquelle il était opposé à l'époque -, faisant remarquer à l'instar des auteurs du rapport que ce n'était pas le débat qui posait problème, mais bien sa récupération à des fins d'endoctrinement.

«On s'est servi de ça pour mettre des choses dans la tête» des jeunes radicalisés, a-t-il illustré.

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