Fraudes sur l'internet: le Canada comme appât

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Ils promettent une « préinscription » dans un établissement d'enseignement canadien, ainsi qu'un visa, clé essentielle pour l'eldorado dont rêvent tant d'Africains. Le Canada s'avère un appât payant pour certains sites internet frauduleux, qui dépouillent ainsi leurs victimes de leurs économies. Et de leurs rêves.

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L'adjudant Henry Ciss, porte-parole de la police nationale du Sénégal

Photo fournie par la Police nationale du Sénégal

Des « préinscriptions » onéreuses... et inutiles

Le site internet sénégalais Formation Emploi Canada prétend pouvoir obtenir une « préinscription » dans un établissement d'enseignement au Canada.

Or, il est inconnu des autorités canadiennes et des universités québécoises, notamment de l'Université Laval, où il affirme pourtant envoyer des étudiants.

« Les gens utilisent le Canada comme moyen d'arnaque », confirme l'adjudant Henry Ciss, porte-parole de la police nationale du Sénégal.

« Même moi, je reçois des messages qui disent : "Je suis blonde, j'ai hérité d'une fortune, j'aime les Blacks" ! »

- Henry Ciss, adjudant de la police nationale du Sénégal

« Beaucoup, beaucoup de messages » traitent du thème de l'immigration, ajoute l'adjudant.

Au cours des derniers mois, La Presse a retrouvé des gens qui ont versé à de prétendus représentants de Formation Emploi Canada des sommes importantes, plus de 600 $ dans un cas, avant de voir leurs interlocuteurs disparaître sans jamais avoir rempli leurs engagements. 

LOGO DU CANADA

D'une conception graphique rudimentaire, truffée de fautes d'orthographe et affichant des photos glanées sur d'autres sites internet, la page de Formation Emploi Canada affirme chercher à « combler les demandes du marché de l'emploi Canadien [sic] ».

Ainsi, on prétend pouvoir obtenir une « préinscription » à une formation dans un domaine « où la demande est forte et l'accès à un emploi quasi assuré ».

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Le site internet Formation Emploi Canada prétend pouvoir obtenir une «préinscription» dans un établissement d'enseignement au Canada.

Image tirée du site internet Formation Emploi Canada

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Le site internet Formation Emploi Canada prétend pouvoir obtenir une «préinscription» dans un établissement d'enseignement au Canada.

Image tirée du site internet Formation Emploi Canada

La Presse a tenté l'expérience en s'inscrivant sous un nom à consonance sénégalaise, en avril. 

Quelques jours plus tard, un courriel générique, ne contenant même pas notre nom, nous annonçait que notre candidature était acceptée. 

La procédure à suivre, en pièce jointe, affichait le logo du gouvernement du Canada et détaillait les sommes à payer : 65 000 francs (140 $) pour l'ouverture de dossier, puis 160 000 francs (350 $) pour la préinscription au Canada et les envois postaux.

Même si Formation Emploi Canada y affirme qu'il reviendra à l'étudiant accepté de se « rendre à l'ambassade pour les formalités d'immigration », des gens affirmant la représenter disent s'occuper de cette démarche, moyennant des frais supplémentaires, selon les témoignages recueillis par La Presse.

La Presse a trouvé sur Facebook et sur des forums de discussion en ligne quelque 200 Africains ayant manifesté leur intérêt pour les services proposés par le site, la vaste majorité étant des Sénégalais. 

Ceux qui ont dit avoir rempli le formulaire en ligne - qui ne demandait essentiellement que leur niveau d'études, un numéro de téléphone, une adresse courriel et un court texte de motivation - ont tous vu leur candidature acceptée et ont été dirigés vers l'« agence » la plus proche.

Les Sénégalais ont été envoyés aux bureaux d'Alfabé-Sénégal, au centre-ville de Dakar, qui se présente sur son site internet comme une « agence internationale de consulting et d'assistance pour étude [sic] à l'étranger, principalement au Canada en Australie et en Nouvelle Zélande [sic] ».

RÉPONSES CONFUSES

La Presse a téléphoné au numéro indiqué par Formation Emploi Canada dans le courriel annonçant que notre dossier était accepté, soit à l'agence Alfabé-Sénégal.

Un homme disant s'appeler Amadou Conté et se présentant comme le chef d'agence a expliqué offrir de tels services non seulement pour le Canada, mais aussi pour la France, la Belgique, la Suisse, le Luxembourg, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Il s'est cependant dit incapable de mettre La Presse en contact avec des gens partis étudier à l'étranger grâce aux services de son agence : « Quand les étudiants sont [partis], nous n'avons plus de contact avec eux », a-t-il répondu.

La Presse a ensuite eu de nombreux échanges par courriel et par téléphone avec un homme se présentant comme Florent Akpo, propriétaire et directeur de l'agence, qui a affirmé obtenir « une centaine d'admissions par an » dans des établissements d'enseignement au Canada, dont l'Université Laval, ce qu'a catégoriquement nié l'établissement de Québec.

« Nous n'avons aucun lien avec cette agence », a indiqué Andrée-Anne Stewart, porte-parole de l'établissement, ajoutant que l'Université Laval a deux représentants en Afrique, qui ne perçoivent pas d'argent et qui utilisent « une adresse courriel terminant par @ulaval.ca ».

L'Université Laval rappelle que son site internet officiel est le seul endroit où il est possible de faire une demande d'admission (ou de télécharger les documents pour envoyer cette demande par la poste), dont les frais sont de 79 $CAN.

M. Akpo assure que son agence fait bel et bien des démarches auprès de cégeps, collèges et universités du Canada au nom de ses clients qui se sont inscrits sur le site Formation Emploi Canada, sans toutefois se dévoiler à ses interlocuteurs canadiens.

« Nous sommes connus et reconnus [en Afrique] », a-t-il dit, suggérant qu'il puisse être victime d'usurpateurs qui prétendent représenter son agence afin d'arnaquer des gens, mais reconnaissant ne jamais avoir porté plainte à la police.

Fondant en larmes, M. Akpo a déclaré : « Je ne sais pas quoi faire. »

1400 DEMANDES À MONCTON

Florent Akpo a finalement fourni à La Presse le nom d'un étudiant admis à l'Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, et d'une étudiante admise à l'Université Laval au terme de démarches menées par son agence.

L'Université Laval accueille bel et bien l'étudiante en question, mais ignorait que sa demande avait été préparée par une agence.

Jointe par La Presse, Penda Diouf a confirmé avoir eu recours aux services de l'agence Alfabé après s'être inscrite sur le site Formation Emploi Canada, en 2014, mais avoir réalisé après coup qu'elle aurait pu faire les démarches elle-même puisque c'est « assez facile ».

Penda Diouf dit avoir payé à l'époque quelque 190 000 francs CFA, soit 421 $, à l'agence Alfabé. 

« Je crois que je me suis officiellement fait avoir ! », s'est-elle exclamée quand La Presse l'a informée qu'une demande d'admission à l'Université Laval coûte 79 $.

L'Université de Moncton a quant à elle indiqué que l'étudiant mentionné par Alfabé n'est pas inscrit chez elle.

Le registraire de l'établissement néobrunswickois, Pascal Robichaud, a cependant révélé à La Presse avoir reçu l'an dernier « un torrent de demandes en provenance du Sénégal », après l'abolition des frais pour les demandes d'admission des étudiants étrangers.

La grande majorité de ces demandes utilisait la même adresse de correspondance, à Dakar, ce qui a amené l'Université à soupçonner l'intervention d'un tiers.

La Presse a pu confirmer que cette adresse est une boîte postale appartenant à l'agence Alfabé.

Or, sur les quelque 1400 requêtes reçues par l'Université de Moncton, qui compte environ 5000 étudiants, seules 12 ont été acceptées, indique M. Robichaud, car les candidats étaient pour la plupart « inadmissibles ».

Un site hébergé à Québec

La Presse a découvert que les sites internet Formation Emploi Canada et celui de l'agence Alfabé étaient hébergés sur un serveur appartenant à l'entreprise WebSelf.net, de Québec. « Je ne connais pas du tout [ces sites], on a plusieurs milliers de clients », a indiqué le directeur administratif de l'entreprise, Matthieu Blokkeel, en ajoutant : « Quand on a des suspicions de fraude [...], à 99 % les sites sont fermés. » Le site Formation Emploi Canada n'est plus accessible depuis. WebSelf.net n'a pas révélé à La Presse l'identité du propriétaire des deux sites, mais a confirmé qu'ils étaient enregistrés à une même adresse IP, située à Dakar, au Sénégal.

- avec Thomas de Lorimier, La Presse

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Promesses brisées, étudiants roulés

Un visa pour le Canada coincé à la douane... en Haïti. Une représentante d'une prétendue agence facilitant les études à l'étranger qui se dit amoureuse de son client pour le convaincre de lui donner son argent. Voici les histoires racontées à La Presse par des Africains qui ont contacté le site internet Formation Emploi Canada.

ÉLISÉE DAYAMBA, BURKINA FASO

Étudiant en sciences économiques, Élisée Dayamba s'était inscrit en mars sur le site internet Formation Emploi Canada. Après avoir payé, par le truchement de l'entreprise de transfert de fonds MoneyGram, 300 000 francs CFA - plus de 600 $, une somme qu'il qualifie de « colossale » en proportion de ses revenus - à un prétendu représentant établi au Bénin, qui lui promettait les documents de voyage nécessaires pour se rendre au Canada, l'histoire est devenue beaucoup trop abracadabrante pour être crédible. « Il m'a dit que l'avion de DHL [transportant les documents] était bloqué par la douane en Haïti et il demandait encore de l'argent afin que mon colis puisse me parvenir », explique le jeune homme de 23 ans. La Presse a téléphoné au numéro que Formation Emploi Canada avait donné à Élisée Dayamba et parlé à un dénommé Lucien Bodjrenou, qui a déclaré qu'« il se pourrait » qu'il soit le représentant du site internet, avant de raccrocher après quelques questions auxquelles il n'a pas répondu.

AMADOU DIALLO, SÉNÉGAL

Amadou Diallo ne s'est fait arnaquer que de 35 000 francs (75 $), en avril, mais c'est uniquement parce que c'est tout ce qu'il pouvait donner. « Si j'avais eu [les 65 000 francs demandés], j'aurais envoyé tout », concède le Sénégalais de 22 ans, qui avait emprunté à son frère l'argent dont il a été dépouillé. La somme est considérable : elle équivaut à la valeur de sa bourse d'études mensuelle. La prétendue représentante de Formation Emploi Canada qui l'a floué, une femme qui disait être une Canadienne séjournant au Bénin, a pourtant tenté de lui en soutirer davantage en usant de divers stratagèmes. « Elle avait dit qu'elle était amoureuse de moi, [...] qu'elle voulait m'aider », se rappelle l'étudiant en langues. La femme lui avait même envoyé des photos d'elle, soi-disant, dont certaines où elle était « au pelage » (en petite tenue), mais elle a disparu après qu'il lui a donné son argent.

ESPOIR MAGAMBO, RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Puisqu'il vit dans l'est de la République démocratique du Congo, un prétendu représentant de Formation Emploi Canada a dirigé Espoir Magambo vers son « agence » de Kampala, en Ouganda. Sur place, il affirme y avoir rencontré des « Blancs » disant être canadiens. Faute d'avoir pu amasser les 800 $ US qui lui étaient demandés, le jeune homme de 21 ans est retourné chez lui, mais dit toujours être prêt à venir étudier au Canada par tous les moyens. Les autorités canadiennes ont dit ignorer l'existence du site internet Formation Emploi Canada et d'agences prétendant offrir des services d'immigration ou d'inscriptions à des programmes d'études canadiens, que ce soit à Kampala ou à Dakar. Formation Emploi Canada nie vigoureusement avoir des représentants au Bénin ou en Ouganda et se croit victime d'usurpateurs qui prétendent agir en son nom.

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Le Canada impuissant

Le Canada est peut-être l'appât, mais la fraude ne survient pas en territoire canadien et les victimes ne sont pas canadiennes. Résultat, l'action des autorités canadiennes s'en trouve limitée, alors que le phénomène est en hausse, selon un expert africain. Le tour de la question en trois points.

Les fraudes par internet qui utilisent le thème de l'immigration sont un phénomène « beaucoup trop commun », soupire une source diplomatique canadienne consultée par La Presse, qui reconnaît que les autorités canadiennes sont impuissantes face à ce problème.

« La plupart des [victimes] ne sont pas au Canada et l'argent ne passe pas par le Canada », dit-elle, ajoutant que « même si on fait une plainte et que le site internet [est bloqué], une demi-heure plus tard, il sera hébergé ailleurs ».

Les autorités canadiennes disent néanmoins prendre le problème au sérieux et s'efforcent de faire savoir qu'« il n'y a qu'un seul site web [pour faire une demande de visa] et c'est celui du Canada », explique le haut-commissaire du Canada en Tanzanie, Alexandre Lévêque.

Ce message est notamment propagé sur les réseaux sociaux comme Facebook et WhatsApp, « qui marchent bien ici, plus que les sites web », explique-t-il.

Au Sénégal, l'ambassadeur du Canada Philippe Beaulne affirme lui aussi être préoccupé par le phénomène, mais souligne que bien peu de victimes portent plainte et reconnaît qu'avec « les fraudes sur l'internet, c'est assez difficile de retrouver les responsables ».

« Tout ce qu'on peut faire, c'est d'inviter les gens à porter plainte pour qu'il puisse y avoir une enquête. »

- Alexandre Lévêque, haut-commissaire du Canada en Tanzanie

FRAUDES SANS RISQUE

En Afrique, ce phénomène « est en hausse, car il n'y a aucun risque » pour ses responsables, s'exclame Bamba Thiam, ingénieur informaticien sénégalais et expert en cybercriminalité.

S'il reconnaît que les autorités sénégalaises prennent le problème au sérieux, il souligne qu'il y a « tellement de cas que c'est difficile de tout traiter ».

« L'ampleur que ça a prise est exponentielle. »

- Bamba Thiam, ingénieur informaticien et expert en cybercriminalité

D'autant plus qu'il est impératif d'améliorer la coopération entre les pays de la région à ce sujet, estime-t-il, puisque les sites internet sont souvent hébergés à l'étranger et les fraudeurs disposent d'équipes au Sénégal pour récupérer l'argent.

« En général, ils travaillent en groupe. Ils se rencontrent sur le Net, partagent la même passion qui est d'arnaquer. »

Bamba Thiam rapporte que « beaucoup de cas [impliquent] des Béninois et des Ivoiriens ».

Plusieurs des personnes jointes par La Presse dans le cadre de cette enquête ont d'ailleurs indiqué que certains prétendus représentants de l'agence Alfabé, à Dakar, s'exprimaient en français avec un accent ivoirien ou béninois et ne parlaient pas le wolof, principale langue parlée au Sénégal.

LA POLICE AUX AGUETS

« On est bien outillés » pour lutter contre les fraudes par internet, affirme l'adjudant Henry Ciss, porte-parole de la police nationale du Sénégal, qui s'est dotée il y a quelques années d'une brigade contre la cybercriminalité.

Le site internet Formation Emploi Canada était toutefois inconnu des autorités sénégalaises avant que La Presse ne les joigne.

Le policier indique lui aussi qu'il est difficile d'agir si les victimes ne portent pas plainte.

Le Centre antifraude du Canada (CAFC), organisme responsable de la lutte contre ce type d'arnaque, dit avoir reçu au cours de la dernière année environ 70 signalements de gens se disant victimes de fraudes utilisant l'immigration comme appât.

Ces signalements, qui ne sont pas en hausse, précise le CAFC, provenaient principalement du Moyen-Orient et de l'Asie.

« Bien souvent, la fraude peut être compartimentée, certaines parties de l'opération étant menées à partir du Canada et d'autres, dans d'autres territoires », explique le porte-parole du CAFC, Jeff Thomson, qui ajoute que le Canada est « une destination prisée ».

Le CAFC dit n'avoir reçu aucun signalement pour le site Formation Emploi Canada, mais dit en avoir reçu pour les sites canadianvisa.org, canadianvisaexpert.com et ovcanada.com.

Ce dernier, qui exige de 249 à 349 euros (350 à 500 $) pour l'étude d'un dossier, utilise le même serveur informatique et la même adresse postale que le site internet usagc.org, qui prétend pouvoir faciliter l'obtention d'une carte verte permettant de vivre et de travailler aux États-Unis.

Illégal

Pour offrir ses services en matière d'immigration contre rémunération, un consultant doit être un avocat ou un parajuriste membre du barreau d'une province ou d'un territoire du Canada, un notaire membre de la Chambre des notaires du Québec ou encore être inscrit au Conseil de réglementation des consultants en immigration du Canada, explique le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada. Dans les faits, une personne qui ne répond pas à ces critères ne peut tout simplement pas offrir ses services, car Immigration Canada n'interagira pas avec elle, à moins qu'elle certifie le faire sans être rémunérée. Une demande de visa d'études pour le Canada coûte 150 $, rappelle le Ministère. L'utilisation du logo du gouvernement du Canada sans autorisation est aussi illégale.

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L'Université Laval ciblée

Les fraudeurs africains semblent avoir jeté leur dévolu sur l'Université Laval, dont le nom et le logo sont largement utilisés comme appât. L'établissement de Québec connaît depuis six mois une explosion du nombre de signalements de tentative de fraude.

FAUSSES BOURSES

Le logo de l'Université Laval s'y trouve, parfois même la signature de la registraire, mais les courriels faisant miroiter de généreuses bourses à des étudiants étrangers sont tout sauf légitimes. Les « frais de candidature » exigés sont en euros, on demande de faire le paiement au nom d'un individu au Bénin, l'adresse courriel n'utilise pas le nom de domaine de l'Université et le numéro de téléphone est situé... en Floride ! L'Université Laval dit constater une explosion des signalements de ce type de courriels depuis six mois. « Depuis le début de l'année 2016, plus de 300 signalements provenant de plusieurs pays » ont été reçus, a indiqué à La Presse la porte-parole de l'Université, Andrée-Anne Stewart, précisant que « la Côte d'Ivoire et le Bénin sont les plus touchés ». Parmi les gens qui ont signalé à l'Université l'existence de tels courriels, deux l'ont fait après s'être fait dépouiller, rapporte Mme Stewart.

SENSIBILISATION

L'Université Laval, qui se dit très préoccupée par le phénomène, a entrepris une campagne de sensibilisation auprès des médias ouest-africains, auxquels elle a fait parvenir en juin un communiqué dénonçant ces messages qui « font la promotion de bourses de manière frauduleuse et malveillante ». L'Université appelle à la dénonciation de ces tentatives de fraude aux autorités policières locales, afin qu'elles puissent intervenir. Les responsables de la sécurité de l'Université répondent d'ailleurs à chacun des signalements reçus pour inciter les gens à porter plainte. « On a aussi fait des plaintes auprès des fournisseurs web », pris contact avec le Centre antifraude du Canada et entrepris « des démarches auprès de Western Union et MoneyGram » - deux services de virement de fonds auxquels ont recours les fraudeurs -, énumère Andrée-Anne Stewart. L'Université rappelle que les renseignements au sujet des véritables bourses offertes aux étudiants et des demandes d'admission sont indiqués sur son site internet officiel.

FAUX SITES INTERNET

L'Université de Sherbrooke (UdeS) a également eu maille à partir avec des fraudeurs, il y a quelques années. Des sites internet utilisaient une adresse très similaire à celle de son site officiel pour attirer les candidats potentiels. Ils sont aujourd'hui désactivés. « Aucun organisme externe à l'Université de Sherbrooke ou à la Fondation de l'Université de Sherbrooke n'est autorisé à attribuer des bourses à des candidats internationaux [en notre nom] », prévient le site internet de l'établissement sherbrookois. De plus, comme toutes les autres universités du Québec - à l'exception de l'Université Bishop's, qui n'a pas voulu répondre aux questions de La Presse -, l'Université de Sherbrooke « ne fait affaire avec aucune firme, service, bureau, organisme ou agence externe pour faciliter l'admission des étudiants internationaux » et précise qu'« il est absolument inutile de verser une commission à un intermédiaire ».

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