Bleuets: vers une saison faste

La saison 2016 s'annonce bien meilleure que celle... (PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL)

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La saison 2016 s'annonce bien meilleure que celle de 2015 pour les producteurs de bleuet québécois.

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En agriculture, les saisons se suivent et, parfois, ne se ressemblent pas du tout. Après une année catastrophique en 2015, les producteurs de bleuets du Québec s'attendent à vivre une saison faste.

Les agriculteurs vous diront qu'on ne peut jamais prévoir une saison avant qu'elle ne soit terminée. Soit. Mais pour les bleuets, ça s'annonce bien cette année. Surtout si on compare avec 2015.

« L'année dernière, j'ai eu une demi-récolte », explique François Benoit. Le cultivateur s'estime tout de même chanceux, puisque certains de ses voisins de la région de Dunham n'ont même pas ouvert les portes de leur bleuetière en 2015. La saison du bleuet cultivé commence à la mi-juillet dans ce coin de la province et dure environ six semaines. Cette année, c'est de très bon augure : la pollinisation a été un succès. Des milliers de bourdons gourmands ont été attirés par les 4500 plants de la Bleuetière Benoit.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les producteurs sont aussi optimistes.

« Il y a deux raisons pour que ça aille mal : une couverture de neige qui est insuffisante pour protéger les plants des grands froids ou du gel en juin. Et cette année, il n'y a eu ni l'un ni l'autre. »

- Gervais Laprise, directeur général du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec

La pollinisation des bleuetières vient de se terminer au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il faut maintenant laisser la nature faire son oeuvre et espérer une récolte qui ressemblera davantage à celle de 2014, une année record.

Il y a deux types de bleuets : ceux qui sont cultivés, les bleuets en corymbe, et les sauvages. Le Québec produit surtout du bleuet sauvage. En 2014, les producteurs de la province ont récolté plus de 80 millions de livres de bleuets, dont 77 millions de livres de petits fruits sauvages.

BOOM BLEU

Depuis 10 ans, le nombre de producteurs s'est multiplié au Québec. Les superficies de culture augmentent aussi.

Il y a également un phénomène de rationalisation, explique Véronique Moreau, directrice générale du Club Conseil Bleuet de Dolbeau-Mistassini. « Certains producteurs achètent leurs voisins », dit-elle. Le même phénomène est observé sur la Côte-Nord, où de grands producteurs achètent des terres. Résultat : la production de bleuets a doublé durant la dernière décennie.

« Au Québec, on devrait atteindre jusqu'à 100 millions de livres cette année ou prochainement », estime Jean-Eudes Senneville, de Bleuets sauvages du Québec, qui produit, achète et transforme des fruits au Lac-Saint-Jean. M. Senneville est dans le domaine du bleuet depuis 48 ans. Il a été témoin de l'évolution de l'industrie au Québec et dans le monde.

La consommation de bleuets a explosé, ce qui a incité nombre de pays à augmenter leur production de bleuets cultivés.

« Les gens plantent ! s'exclame Jean-Eudes Senneville. Il y a 10 ans, il y avait entre 500 et 600 millions de livres de bleuets au monde. Il y en a eu entre 1,6 et 1,7 milliard l'année dernière. D'ici six ou sept ans, on va être rendu à 2,5 milliards. Et on n'a même pas les chiffres de la Chine ! »

De nombreux nouveaux acteurs importants viennent de l'Amérique du Sud. Le Chili, l'Argentine et l'Uruguay, où la température donne un bon coup de pouce à l'agriculture, ont augmenté leur production de bleuets cultivés. Plus près de nous, le Mexique s'est aussi lancé dans la production du bleuet et est rapidement devenu un important acteur. Selon la Monographie de l'industrie du bleuet sauvage que vient de produire le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, entre 2009 et 2013, le Mexique a augmenté de 537 % sa production de bleuets.

Aux États-Unis, les bleuets sauvages ne représentent que 15 % de la production totale du petit fruit. Le Maine a toutefois augmenté de 25 % sa production de bleuets sauvages de 2010 à 2014.

« Il y a deux façons de faire face à la concurrence : avoir une bonne qualité de fruit et être plus efficace aux champs pour réduire les coûts de production. »

- Jean-Eudes Senneville, directeur général, Bleuets sauvages du Québec

La valeur du dollar canadien joue au profit du bleuet local, mais la multiplication de l'offre fait néanmoins baisser les prix. Autant ceux offerts aux cultivateurs que ceux payés par les consommateurs.

La donne a changé, confirme Dave Bélanger, de Bleu Nature, au Lac-Saint-Jean. « La multiplication des producteurs a augmenté l'offre et rendu les acheteurs très indépendants, dit-il. Le prix a chuté. » Dans ce contexte, une saison comme celle de 2015 fait particulièrement mal à certains producteurs. Bleu Nature a perdu 95 % de sa récolte l'année dernière, mais Dave Bélanger confirme que 2016 devrait être une année de revanche pour les bleuets. S'il n'y a pas de sécheresse en juillet, la récolte devrait être excellente, peut-être exceptionnelle.

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