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Allégations d'abus sur des femmes à Val-d'Or: un ex-policier de la SQ pourrait être poursuivi au criminel

Chantal Wabanonik dit s'être rendue plusieurs fois avec... (photo olivier jean, la presse)

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Chantal Wabanonik dit s'être rendue plusieurs fois avec l'ancien agent de la SQ dans son chalet. Il était un de ses clients à la fin des années 2000, assure-t-elle. Il ne travaillait plus pour la police, mais il lui arrivait de parler de son ancienne carrière.

photo olivier jean, la presse

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(VAL-D'OR ET MONTRÉAL) Le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec (DPCP) étudie la possibilité de porter des accusations criminelles contre un policier retraité de la Sûreté du Québec (SQ) dans le cadre de l'enquête sur les mauvais traitements contre des femmes autochtones à Val-d'Or, a appris La Presse.

Selon des documents judiciaires, l’ex-policier aurait régulièrement amené des... (photo olivier jean, la presse) - image 1.0

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Selon des documents judiciaires, l’ex-policier aurait régulièrement amené des prostituées autochtones à son chalet, construit en pleine forêt, au bord d’un lac, à plus de 20 kilomètres du centre-ville de Val-d'Or, au bout d’une route de gravier.

photo olivier jean, la presse

Au terme de neuf mois d'enquête, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), chargé par Québec de se pencher sur les allégations de séquestration, de voies de fait ou d'agressions sexuelles faites par des femmes des Premières Nations contre des policiers de la SQ, a déposé « quelques dizaines » de dossiers sur le bureau des procureurs, qui doivent maintenant décider si la preuve pour chacun d'entre eux est suffisante pour que des accusations soient portées.

CHALET ISOLÉ

L'un de ces dossiers concerne un ancien agent de la paix aujourd'hui âgé de 65 ans, retraité depuis plus de 20 ans du corps de police provinciale, qui a oeuvré à Val-d'Or et comme patrouilleur dans la réserve faunique de La Vérendrye durant de nombreuses années, a pu confirmer La Presse.

Puisque l'homme ne fait pour l'instant l'objet d'aucune accusation, nous ne publions pas son nom. Il est possible qu'il ne soit jamais accusé.

Selon des documents judiciaires que nous avons obtenus, l'ex-policier aurait régulièrement amené des prostituées autochtones à son chalet, construit en pleine forêt, au bord d'un lac, à plus de 20 kilomètres du centre-ville, au bout d'une route de gravier.

Aujourd'hui, l'endroit semble complètement abandonné. Le petit bâtiment est pratiquement vide.

Lors du passage de notre équipe, hier, le nouveau compteur d'électricité marquait zéro. Une camionnette semblait être entreposée à long terme. À part les moustiques, il n'y avait aucun signe de vie.

Le lieu a jadis été passablement plus occupé.

L'homme avait l'habitude, ont raconté des travailleuses du sexe et des intervenantes du milieu, d'inviter des filles chez lui et de les habiller avec des pièces d'uniforme vert avant de les prendre en photo. Il y amenait régulièrement des prostituées, selon les mêmes documents judiciaires.

ALLÉGATIONS DE VIOL

Une femme algonquine interviewée lors de l'émission Enquête de Radio-Canada l'an dernier a raconté aux enquêteurs avoir été violée par quelqu'un qui correspond en plusieurs points à sa description.

Un homme l'aurait fait monter dans son véhicule à Val-d'Or un soir de 2008 et lui aurait donné des bonbons. Elle a relaté avoir eu un black-out et s'être réveillée dans le bois, le pantalon aux genoux, sans chaussures, les vêtements déchirés. À l'époque de l'événement, elle s'est confiée à plusieurs personnes de son entourage, dont sa tante, qu'elle aurait appelée en panique pour lui dire qu'elle avait été « violée par la police », toujours selon des documents judiciaires.

La jeune femme a identifié celui qu'elle accuse d'être son agresseur, dont elle ne connaissait pas le nom, comme étant son client, chez qui elle était déjà allée « pour consommer et se faire prendre en photo nue avec des pièces d'uniforme vert », dans un petit chalet isolé. Elle ne se souvenait pas du lieu exact, mais elle a situé le chalet dans le rang où habitait le policier retraité.

PLUTÔT DOUX

Ce chalet, Chantal Wabanonik, une ancienne prostituée de Val-d'Or, s'en souvient très bien. Elle s'y est rendue plusieurs fois avec l'ancien agent. Il était un de ses clients à la fin des années 2000, assure-t-elle. Il ne travaillait plus pour la police, mais il lui arrivait de parler de son ancienne carrière. « Il y avait des piles de journaux et de dossiers dans le chalet », dit-elle.

Elle assure n'avoir jamais été victime ou témoin d'un comportement violent de sa part. « Il était plutôt doux, en fait. Les filles croyaient ce qu'il disait », raconte la femme de 45 ans.

Mme Wabanonik confirme que l'ex-patrouilleur de la SQ s'offrait de nombreuses filles différentes.

 « Il choisissait », dit-elle. Elle ne sait pas s'il recourait aux services de travailleuses du sexe à l'époque où il faisait partie du corps policier.

La quadragénaire craint que son ancien client ne devienne le bouc émissaire dans ce dossier particulièrement délicat qui a ébranlé la province en 2015.

«Il y en a d'autres qui sont encore policiers et qui ont fait des choses pas correctes. Il n'y a pas juste lui.»

Chantal Wabanonik

LE SPVM RENCONTRE LES AUTOCHTONES

Les enquêteurs du SPVM sont attendus de pied ferme aujourd'hui à Val-d'Or, où ils doivent rencontrer les membres de la communauté pour leur faire part des avancées de l'enquête. En avril, La Presse a révélé que 30 victimes potentielles ont été identifiées par la police de Montréal. « À nous, on ne dit rien », déplore Chantal Wabanonik, qui fait partie des plaignantes.

La semaine dernière, le bureau du DPCP a indiqué que le SPVM a remis les conclusions de son enquête, mais que les procureurs ont demandé dans les dernières semaines des compléments d'enquête pour décider si des accusations seront portées.

Les enquêteurs ont donc dû reparler à certains témoins et plaignantes, « pour compléter la preuve ». Il faudra être patient. « Ce délai s'explique par le nombre et l'importance des analyses que doivent faire les procureurs avant de décider si des accusations criminelles doivent ou non être portées », a dit le DPCP dans un communiqué.

QUELQUES DATES

  • 22 octobre 2015: Sur les ondes de l'émission Enquête à Radio-Canada, des femmes autochtones de la région de Val-d'Or racontent avoir été victimes de mauvais traitements, d'agressions sexuelles, d'intimidation, de voies de fait et de séquestration de la part de ceux qui devraient les protéger, les policiers de la Sûreté du Québec. Le reportage a l'effet d'une bombe. Des femmes autochtones de partout dans la province brisent à leur tour le silence.
  • 23 octobre 2015: Le ministère de la Sécurité publique du Québec mandate le SPVM pour enquêter sur les allégations d'inconduite à l'encontre de femmes autochtones par des policiers, concernant 10 agents de la SQ et 1 d'un corps municipal, mort depuis les faits reprochés.
  • Mars 2016: Le SPVM demande des ordonnances à la cour afin de pouvoir obtenir toutes les données de l'École nationale de police pour identifier un mystérieux retraité soupçonné de comportements sexuels inappropriés, dont il est question dans ce reportage, et les données informatiques enregistrées par une voiture de police du poste de Val-d'Or.
  • Avril 2016: Des documents obtenus par La Presse révèlent que le SPVM a identifié 30 victimes potentielles qui racontent avoir été enlevées, séquestrées, avoir subi des voies de fait ou des agressions sexuelles. 
  • 3 juin 2016: Le bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales indique que l'enquête est terminée, mais les procureurs ont demandé dans les dernières semaines des compléments d'enquête pour décider si des accusations seront portées. Les enquêteurs ont dû reparler à certains témoins et plaignantes.
  • 7 juin 2016: Les enquêteurs du SPVM sont à Val-d'Or pour une séance d'information. Les membres des conseils de bande ainsi que des représentants de groupes autochtones sont invités.

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