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Affaire Claude Jutra: la SQ prête à entendre la victime

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Le capitaine Guy Lapointe, responsable des communications de la SQ

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La Sûreté du Québec a tendu la main hier à l'homme qui dit avoir été agressé sexuellement par le cinéaste Claude Jutra pendant son enfance : le corps policier a fait savoir que des enquêteurs souhaitent le rencontrer pour prendre sa plainte sur les agressions répétées qu'il a évoquées dans La Presse.

« Nous avons compris que la personne a exprimé le souhait de rester anonyme pour le moment et nous respectons ce souhait. Mais nous souhaitions lui dire que nous sommes prêts à prendre sa plainte », explique le capitaine Guy Lapointe, responsable des communications du corps policier.

Pour que le message se rende au destinataire, M. Lapointe a communiqué lui-même hier avec le journaliste Hugo Pilon-Larose, qui a recueilli le témoignage très détaillé de la présumée victime et contre-vérifié plusieurs de ses affirmations.

« Je ne peux pas répondre ce soir par oui ou par non. Je vais y réfléchir », a répondu Jean au journaliste.

Sous le pseudonyme de « Jean », l'homme a raconté avoir été agressé à plusieurs reprises par le cinéaste, de l'âge de 6 à 16 ans. Il en a parlé pour la première fois à ses proches seulement après la mort de l'artiste en 1986, notamment parce qu'il se sentait incapable de briser le mythe entourant le nom « Jutra ».

Encouragées à dénoncer

Yves Lever, auteur de la biographie de Claude Jutra à l'origine de la saga, a aussi affirmé hier à La Presse que le cinéaste aurait fait deux autres victimes.

Une de ces présumées victimes avait 12 ans lorsque les faits allégués seraient survenus, a-t-il poursuivi, ajoutant qu'un membre de sa famille lui avait raconté l'histoire. Cette personne, ajoute-t-il, vivait « en périphérie » de la famille.

Encore une fois, la police aimerait en savoir plus.

« Nous invitons aussi toute personne qui aurait pu être victime ou qui aurait de l'information pertinente à transmettre à communiquer avec la centrale d'information criminelle au 1 800 659-4264 », a dit le capitaine Lapointe.

Dans l'ensemble, la SQ a souligné hier qu'elle encourage toutes les victimes d'agressions sexuelles à porter plainte, même si leur agresseur est mort et qu'il ne peut plus être traduit en justice.

« Que ce soient des victimes ou des témoins, on les encourage à contacter leur service de police local. Il ne faut pas croire qu'on ne fait rien parce que le suspect est décédé : une enquête criminelle peut être ouverte quand même pour vérifier s'il y a des complices et s'assurer que la victime a reçu le support et le soutien dont elle a besoin», a déclaré la sergente Mélanie Dumaresq.

La Direction de l'indemnisation des victimes d'actes criminels (IVAC) a rappelé de son côté hier qu'il n'est pas nécessaire de porter plainte à la police ni d'obtenir un jugement devant une cour criminelle pour être indemnisé pour une blessure ou un préjudice. Il faut toutefois faire une réclamation dans un délai de deux ans après la manifestation de la blessure ou du préjudice. Cela inclut une condition qui se manifesterait des décennies après un crime. Pour les crimes envers les enfants, le délai de deux ans commence lorsque la victime atteint 18 ans.

Poursuivre au civil

Tous ne sont pas convaincus de l'utilité d'une plainte à la police à ce stade. L'avocat Alain Arsenault, qui a représenté plusieurs victimes d'agression sexuelle devant les tribunaux, n'y croit pas beaucoup.

« Il pourrait toujours être question de trouver des complices, mais ça serait très surprenant. Généralement, le gars qui agresse un enfant ne fait pas ça avec des complices, c'est gardé secret. À mon sens, il y a peu de choses à faire au niveau criminel si l'agresseur est décédé », dit-il.

« Au civil, c'est autre chose. La succession du défunt peut être en cause, elle peut être poursuivie. D'ailleurs, dans des recours collectifs que nous avons faits, nous avions des dizaines d'agresseurs qui étaient décédés, et les victimes ont tout de même été indemnisées. C'était le cas dans le dossier des frères de Sainte-Croix », raconte Me Alain Arsenault.

Delphine Collin-Vézina, directrice du Centre de recherche sur la famille et l'enfance à l'Université McGill, doute elle aussi de l'utilité d'une enquête criminelle dans ce dossier. 

« Il y a beaucoup d'abus sexuels et nos tribunaux ne sont pas très bien équipés pour faire face à ce genre de cas. L'expérience des victimes à travers le système judiciaire est très difficile. Sans vouloir enlever l'importance d'aller au fond de cette histoire, elle n'est pas plus importante parce que Claude Jutra serait l'abuseur. Si ce dossier peut nous amener à un meilleur éveil collectif, tant mieux. Mais si c'est pour faire un exercice qui va simplement apaiser notre conscience pour ce dossier-là, c'est un peu vain », dit-elle.

- Avec la collaboration de Sophie Allard et d'Hugo Pilon-Larose

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