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Vives tensions entre les chauffeurs UberX et les inspecteurs

Des chauffeurs UberX utilisent l'application Zello pour communiquer... (Photo Bénédicte Millaud, archives La Presse)

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Des chauffeurs UberX utilisent l'application Zello pour communiquer entre eux en temps réel alors qu'ils sont sur la route.

Photo Bénédicte Millaud, archives La Presse

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Les tensions sont de plus en plus vives entre les inspecteurs du Bureau du taxi et les chauffeurs UberX qu'ils pourchassent. Alors que les chauffeurs s'organisent pour déjouer les inspecteurs grâce à une application pour téléphone intelligent, au moins une altercation a nécessité une intervention policière et mené à une accusation criminelle contre un chauffeur.

Selon nos informations, ce chauffeur UberX a été arrêté par les inspecteurs du Bureau du taxi le 23 décembre dernier, à l'angle des rues Metcalfe et René-Lévesque.

Il était autour de 14 h 30 lorsque des inspecteurs ont tenté d'immobiliser son véhicule. « L'homme refusant de s'arrêter, les inspecteurs ont demandé l'aide d'autres inspecteurs du Bureau du taxi. Ils ont finalement réussi à l'immobiliser. L'individu a été arrêté par les policiers à leur arrivée sur les lieux », indique Jean-Pierre Brabant, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L'homme de 43 ans fera face à une accusation d'entrave envers un fonctionnaire public, le 15 avril prochain, au palais de justice de Montréal.

« Nous encourageons évidemment tous nos partenaires-chauffeurs à coopérer avec les autorités appropriées et favorisons un dialogue afin d'en arriver à une solution réglementaire bénéfique pour les consommateurs », a déclaré hier par courriel le porte-parole d'Uber, Jean-Christophe de Le Rue, lorsque La Presse a demandé une entrevue à ce sujet.

Client forcé de s'identifier

Depuis plusieurs jours, par crainte de se faire coincer par les inspecteurs du Bureau du taxi, des chauffeurs UberX demandent à leurs clients de s'asseoir à l'avant de leur véhicule plutôt qu'à l'arrière.

Philippe Bertrand, un client d'Uber depuis ses débuts, affirme que les chauffeurs refusent désormais de le prendre à son bureau du centre-ville à cause des risques d'interception.

« Il y a quelques jours, la voiture UberX à bord de laquelle je me trouvais s'est fait arrêter. L'inspecteur a exigé que je lui produise mon permis de conduire. Il voulait le prendre en photo. Il était à quelques pouces de mon visage et gueulait pratiquement. Les policiers sont intervenus et ont demandé à l'inspecteur de se calmer », raconte-t-il.

M. Bertrand a refusé net de donner ses coordonnées. 

« L'inspecteur était vraiment sur le gros nerf. J'ai peur que la situation finisse par déraper. C'est vraiment tendu. »

Selon le Bureau du taxi, les inspecteurs auraient le droit de donner des contraventions de 175 $ à 325 $ aux clients d'UberX pour « avoir participé à un infraction ». « Ce serait faire du zèle. On n'en a jamais donné, de telles contraventions, jusqu'à présent », assure la porte-parole Marie-Hélène Giguère. Contrôle routier Québec, qui a les mêmes pouvoirs, assure aussi ne jamais avoir donné de contravention aux clients du service.

Déjouer les inspecteurs

De leur côté, pour contrer les inspecteurs, les chauffeurs UberX s'organisent sur la section montréalaise du site UberPeople.net et s'échangent des astuces grâce à leurs téléphones intelligents. Un groupe a créé un canal sur l'application WhatsApp, qui émet des alertes afin de permettre aux chauffeurs « d'éviter les pièges tendus par la SAAQ », lit-on dans la description qu'en font leurs chauffeurs qui l'administrent.

Des chauffeurs utilisent aussi l'application Zello, qui transforme les téléphones intelligents en sorte de « walkie-talkie », pour communiquer entre eux en temps réel alors qu'ils sont sur la route.

Sur le canal WhatsApp, des chauffeurs évoquaient, hier, l'idée d'intenter un recours collectif contre la Ville de Montréal pour contrer les saisies auxquelles ils font face.

Jusqu'à maintenant, plus de 700 personnes soupçonnées de faire du transport sans permis pour le service UberX se font fait saisir leur voiture par le Bureau du taxi. L'entreprise californienne prend dans la plupart des cas leur défense en charge, avec l'aide d'avocats des cabinets McCarthy Tétrault et Lepage Carette. Une voiture de location est également fournie aux chauffeurs qui se font saisir leur voiture personnelle.

Le sort du service UberX, jugé illégal par Québec, sera discuté à l'occasion d'une commission parlementaire qui débutera demain à l'Assemblée nationale. L'industrie du taxi et le Parti québécois ont demandé au gouvernement Couillard de forcer la suspension du service UberX pendant les travaux. Uber a refusé catégoriquement de se plier à une telle demande.

Des conseils sur le web

Exemples d'astuces que se donnent les chauffeurs UberX sur la section montréalaise du forum Uberpeople.net.

 « L'aéroport est risqué [...], vous ne pouvez pas y prendre de clients et les gars du Bureau du taxi sont là. Ce que je suggère : les clients vont essayer de vous appeler de l'aéroport, mais l'application ne le leur permettra pas, alors ils vont vous demander de les récupérer à une adresse à proximité de l'aéroport, et ensuite vous appeler [quand vous serez en route] pour vous dire qu'ils sont à l'aéroport. Les chauffeurs stupides vont les chercher à l'aéroport. Les plus brillants demandent aux clients de prendre une navette GRATUITE et de descendre à n'importe quel hôtel près de l'aéroport (le Aloft et le Sheraton sont les plus près). C'est plus sûr et ça va vous garder loin du trouble. »

« Si vous conduisez au centre-ville, d'où proviennent la plupart des appels, le BTM [Bureau du taxi de Montréal] attend sur le boulevard René-Lévesque Ouest, sur Saint-Laurent, Beaver Hall, Sherbrooke et avenue du Parc. Essayez de ne pas confronter les chauffeurs de taxi parce qu'ils vont rapporter votre numéro de plaque et vous serez alors dans le système. »

« Petit truc pour éviter les saisies à Laval : [les inspecteurs] te donnent rendez-vous dans des endroits où tu ne peux t'enfuir, genre des cul-de-sac et/ou ronds-points. Donc, à chaque fois que j'ai un call, je fais un Google Maps avant. Si c'est un rond-point, je cancelle moi-même. Il m'arrive même de faire le tour du bloc avant d'arriver. »

« Truc #1 : « Ne vous faites pas berner, ce que nous faisons est du transport illégal de personnes. Alors ne vous mettez pas en évidence. Uber a récemment changé le signal d'alarme de son application pour une bonne raison. CACHEZ VOTRE TÉLÉPHONE INTELLIGENT. »

Truc #2 : « NE CONFRONTEZ PAS LES TAXIS [...]. Les chauffeurs ont pris une photo de la plaque (d'un ami) et l'ont rapportée au BTM. Vous êtes fait si ça vous arrive. Les agents du BTM vous attraperont tôt ou tard. »

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