Le nombre de coyotes en ville a doublé en 10 ans

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Les coyotes qui se trouvent au Canada sont généralement des coyotes de l'Est, mais à l'intérieur même de cette espèce, il existe plusieurs variations génétiques qui expliquent notamment le grand écart de taille de l'un à l'autre.

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Des coyotes en ville, il y en a et il y en aura de plus en plus, disent les biologistes qui s'intéressent à l'espèce. En partie parce que la forêt perd du terrain au profit de la ville, et aussi parce que nous rendons souvent nos villes bien accueillantes pour des bêtes en quête de repas faciles, qu'il s'agisse de restants de table dans les ordures ou d'un innocent petit chien qui se balade en liberté. Malgré cela, les incidents impliquant les coyotes en milieu urbain et périurbain sont extrêmement rares.

Que font-ils en ville? 

Pour plusieurs observateurs, c'est la question inverse qui se pose : que faisons-nous chez les coyotes? 

«C'est nous qui migrons vers eux, avec nos chalets en nature et les villes qui s'étendent », dit Martin-Hugues Saint-Laurent, professeur en écologie animale à l'Université du Québec à Rimouski. Par contre, il y a bel et bien déplacement des coyotes, lorsqu'ils sont nombreux dans une même région, dit-il. Les dominants vont rester et les autres vont se chercher un autre territoire. Parfois plus près des zones urbaines. Et lorsqu'on leur fournit un beau milieu de vie, ils vont le prendre, explique M. Saint-Laurent. « Nous allons en voir de plus en plus en ville», dit-il.

«Le coyote fait partie de la grande biodiversité des parcs. Il est important et participe à l'écologie du milieu. C'est un prédateur de petits rongeurs. S'il n'est ni blessé ni malade, nous n'allons pas intervenir. Les problèmes surviennent lorsqu'il est nourri.»

Denis Fournier
agent technique en aménagement de la faune au Service des grands parcs, du verdissement et du mont Royal

Pourquoi? 

Simplement parce qu'on a tout fait pour ça: «On a un paysage qui est parfait pour ce genre de prédateurs, dit-il. Ils sont aventureux, curieux, mais pas dangereux.» 

On sait que le coyote en milieu urbain a besoin d'une moins grande superficie et c'est un animal qui a une excellente capacité d'adaptation, explique Carole Garceau, coordonnatrice de la Corporation pour la mise en valeur du bois de l'Équerre de Laval. En milieu urbain, explique-t-elle, l'animal peut se sentir à l'aise, surtout si des résidants ne protègent pas bien leurs ordures ou laissent la nourriture du chat à l'extérieur. «Il faut apprendre à vivre en ville avec le coyote, comme on a appris à vivre avec les ratons laveurs», dit Carole Garceau. 

À cet égard, Martin-Hugues Saint-Laurent, cite l'exemple de la ville de Boulder, au Colorado, qu'il a visitée récemment. « On met des affiches en ville pour rappeler aux gens d'être prudents avec les coyotes, dit-il, et les cyclistes ont de petits bâtons à leurs vélos pour chasser les coyotes trop curieux.»

Une famille coyote, un peu trop habituée à... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE) - image 4.0

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Une famille coyote, un peu trop habituée à la vie urbaine, s'est installée sous le balcon d'une résidence de Calgary.

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Les coyotes à Montréal

1 Dans le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies 

Leur présence n'a été remarquée que récemment, notamment au moment où l'on a trouvé une carcasse de chevreuil en 2014. « On croit qu'il s'agit d'un couple », explique Denis Fournier, agent technique en aménagement de la faune au Service des grands parcs, du verdissement et du mont Royal. Les coyotes se déplacent des deux côtés de l'autoroute 40, peut-être en empruntant le passage piétonnier qui enjambe l'autoroute, et probablement à la tombée de la nuit, au moment où ils commencent à être actifs. 

2 Dans le parc-nature de L'Anse-à-l'Orme à Pierrefonds

Des coyotes y ont été repérés en 2006, alors que la ville faisait un inventaire de la population de cerfs en hélicoptère. On ne connaît pas la taille de la meute. 

3 Dans le parc-nature du Bois-de-l'île-Bizard 

« Il y a très longtemps qu'on n'a pas observé d'indices de leur présence », précise Denis Fournier. Les coyotes peuvent donc se trouver à l'extérieur du parc, dans un autre secteur de l'île, puisqu'ils se déplacent. « Les coyotes peuvent utiliser les chemins de fer pour se déplacer et se retrouver en milieu urbain », explique Denis Fournier. Il y a quelques années, leur présence dans un secteur résidentiel de l'île Bizard avait alerté les résidants.

La femelle met bat au printemps, dans une... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE) - image 5.0

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La femelle met bat au printemps, dans une tanière qu'elle a faite pour protéger les petits qui naissent très vulnérables; ils sont aveugles pour plusieurs jours. La chambre d'un mètre de diamètre est située au bout d'un tunnel qui peut atteindre plusieurs mètres de longueur. L'entrée est dissimulée dans une buisson ou derrière un arbre.

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5 questions pour mieux comprendre le coyote

1 Comment reconnaître un coyote ? 

Le coyote est un très bel animal, plus petit qu'on pourrait le croire : il mesure de 114 cm de longueur jusqu'à 141 cm et pèse autour de 30 à 40 livres (une quinzaine de kilos). Certains sont plus gros : un mâle capturé dans le parc de la Gatineau atteignait 72 livres. Il ressemble à un chien qui aurait des airs de famille avec le loup. En revanche, ses oreilles sont plus pointues que celles du loup. Son pelage est gris et blanc, parfois un peu jaunâtre. Celui qui est présent au Québec est différent du coyote que l'on retrouve au sud des États-Unis, d'où il vient. 

« Les coyotes sont arrivés au Québec au début des années 70 et dans les années 80 », explique Martin-Hugues Saint-Laurent, professeur en écologie animale à l'Université du Québec à Rimouski. Après avoir traversé les États-Unis, ils sont arrivés génétiquement différents, à force de s'être reproduits avec d'autres canidés. Les coyotes du Québec ont vu neiger : ils sont plus gros et plus efficaces. On les appelle coyotes de l'Est.

2 Les coyotes sont-ils dangereux ? 

Non. 

Et oui. 

Les coyotes craignent les humains et ne les attaquent généralement pas. Ils se nourrissent de petits animaux, souris, lièvres, ainsi que de plus gros lorsqu'ils ne trouvent pas mieux, comme les chevreuils (cerfs de Virginie), mais aussi des animaux de ferme ou même de petits animaux domestiques. 

À Laval, en bordure du bois de l'Équerre, un coyote a tué un petit chien, il y a un peu plus d'un an, à la fin 2014. Il y a au moins un coyote dans le bois, probablement un couple et peut-être les petits de l'année, explique la coordonnatrice de la Corporation de protection du bois de l'Équerre, Carole Garceau. « Lorsque le coyote voit un gros chien, explique-t-elle, il voit un adversaire. Lorsqu'il voit un petit chien, il voit un pique-nique. » 

Aucun autre incident n'a été signalé dans le bois de l'Équerre, et ce, bien que des promeneurs y fassent des randonnées avec leurs chiens sans laisse, même si cette pratique est interdite. Des gens accompagnés de chiens ont toutefois signalé avoir vu un coyote qui les suivait. Sans plus. 

À la parution d'un article relatant l'attaque sur le chien, la Corporation a reçu plusieurs appels de citoyens rapportant la présence de coyotes ailleurs à Laval, notamment à proximité du Carrefour Laval, où les zones vertes sont petites et dispersées. 

Des attaques 

De plus, à l'automne 2014 en Gaspésie, un coyote s'est attaqué à un humain. C'était la première attaque du genre signalée au Québec. Évidemment, l'événement le plus dramatique s'est produit en 2009, en Nouvelle-Écosse. La chanteuse folk Taylor Mitchell faisait de la randonnée au parc national des Highlands du Cap-Breton lorsqu'elle a été attaquée par deux coyotes. La jeune artiste de 19 ans devait succomber à ses blessures à l'hôpital.

3 Que faire si vous croisez un coyote ? 

Des citoyens surpris de voir une bête sauvage à proximité de leur domicile contactent les agents du ministère de la Faune. « Des gens appellent parfois pour dire qu'ils ont croisé un renard... », confie André Desjardins, lieutenant pour la protection de la faune au bureau de Saint-Jérôme. 

« Les gens qui voient un coyote à Laval sont surpris, mais il n'y a pas d'intervention tant et aussi longtemps qu'il n'y a pas de problème », explique le lieutenant. Et les problèmes sont rares. La plupart du temps, les agents n'interviennent pas, mais rappellent aux citoyens des conseils de base.

-Comme pour toute autre rencontre non désirée avec un animal sauvage, la pire chose à faire est de se sauver en courant en hurlant à tue-tête 

- Idéalement, il faut faire face au coyote et reculer, tranquillement, s'il ne se retire pas de lui-même. 

- Ne jamais le nourrir, même si on le trouve très joli.

«C'est normal qu'un citadin crie au loup lorsqu'il voit un coyote.»

Martin-Hugues Saint-Laurent
professeur en écologie animale à l'Université du Québec à Rimouski
Le parc de la Gatineau a mené une... (PHOTO FOURNIE PAR LE PARC DE LA GATINEAU) - image 7.0

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Le parc de la Gatineau a mené une étude des canidés qui vivent sur son territoire. Iic, un coyote de l'Est vient d'être capturé. 

PHOTO FOURNIE PAR LE PARC DE LA GATINEAU

4 Combien y a-t-il de coyotes au Québec ? 

Il n'existe pas d'inventaire de l'espèce au Québec, mais on sait qu'elle est en santé, affirme Michel Nadeau, porte-parole pour le ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs du Québec. L'espèce est plus répandue dans certaines régions, en Gaspésie notamment, où l'on ne s'étonne plus de croiser un coyote, même en dehors des parcs. 

Le parc de la Gatineau s'est intéressé de près à sa population de coyotes. « Au départ, nous voulions savoir quel type de canidés nous avions », explique Christie Spence, directrice du parc de la Gatineau. Les animaux ont été piégés, puis on a installé des colliers GPS sur certains, dont un immense mâle de plus de 30 kilos. L'étude a permis de voir que les coyotes font de nombreux déplacements hors du parc.

La population hivernale de coyotes de l'Est dans le parc est estimée à 28 bêtes. Il n'y a jamais eu d'incidents.

5 Chasse-t-on le coyote ? 

Oui. Et de plus en plus. 

Le nombre de coyotes trappés au Québec a plus que doublé en dix ans, selon les dernières données du ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs. En 2011-2012, 6933 coyotes ont été piégés. « Les canidés sont parmi les espèces les plus difficiles à attraper », confie Antoine Martineau-Rousseau, biologiste et trappeur dans la région de Chaudière-Appalaches. 

Il se trappe plus de coyotes au Québec, mais le nombre de trappeurs n'est pas en progression. « On a peu de relève parce que c'est une activité complexe qui demande beaucoup d'équipement, explique M. Martineau-Rousseau. C'est aussi une activité qui vient avec son lot de préjugés, mais qui joue un rôle important dans la gestion des espèces. »

Les peaux sont vendues à l'encan, en lots, à Toronto ou Thunder Bay, explique le trappeur. Le prix des peaux de coyotes a augmenté depuis une dizaine d'années, porté par la popularité des manteaux d'hiver de plein air aux cols de fourrure naturelle, comme ceux de l'entreprise torontoise Canada Goose, grand acheteur de peaux de coyotes. Une peau se vend environ 45 $.

Le coyote ne se mange pas. La bonne pratique, explique Antoine Martineau-Rousseau, commande de retourner les carcasses sans peau en forêt, à l'abri des regards des promeneurs, pour nourrir d'autres animaux, y compris les oiseaux.

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