• Accueil > 
  • Actualités 
  • > Personnes handicapées: de nombreux centres d'accueil menacés de fermeture 

Personnes handicapées: de nombreux centres d'accueil menacés de fermeture

Un groupe de propriétaires de ressources pour personnes... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

Agrandir

Un groupe de propriétaires de ressources pour personnes handicapees (de gauche à droite et de bas en haut): Sylvie Labrie, Solange Valiquette, Sophie Malo, Bruce Schneider, Gaétan Jolicoeur, Janick St-Louis et Paul Yellen.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Depuis un mois, quatre maisons hébergeant 22 enfants et adultes gravement handicapés ou souffrant de problèmes de santé mentale ont fermé leur porte à Montréal. Et plus de 200 ressources semblables pourraient subir le même sort au cours des prochains mois à la suite de changements apportés par Québec dans leur financement, selon des informations récoltées par La Presse.

Solange Valiquette, qui s'occupe de six personnes lourdement handicapées dans sa résidence de Mont-Laurier depuis 2011, est du nombre. « Financièrement, je ne peux plus tenir. Je me donne six mois pour fermer. Et je ne suis pas seule dans ma situation », dit Mme Valiquette.

« Ce qu'on vit, c'est Mélaric puissance 10. Mais au lieu d'être un seul centre, on est plein de petits », affirme Johanne Grégoire, qui héberge depuis 20 ans sept personnes ayant des troubles graves de santé mentale à Nominingue.

Le Québec compte 8700 Ressources intermédiaires - Maison d'hébergement (RIMA) qui accueillent 36 000 usagers ayant différents problèmes de santé physique, de déficience ou de santé mentale. Les propriétaires de ces ressources s'occupent généralement de neuf usagers ou moins dans leur propre maison. Seule une portion de ces ressources, soient celles accueillant les usagers aux profils les plus lourds, sont actuellement en crise.

« Personne ne sait exactement combien de RIMA sont menacées de fermeture. Mais il y en a beaucoup », estime Bruce Scheider, qui milite pour les droits de ces ressources depuis des mois.

Un problème qui dure

Les problèmes financiers de ces RIMA ont commencé en 2012, quand les ressources intermédiaires de la province ont obtenu le droit de se regrouper et ont signé une entente avec le gouvernement.

À la suite de cette entente, entre 90 et 95 % des ressources ont vu leur rétribution augmenter. Mais une poignée d'entre elles, soit celles accueillant les clientèles les plus lourdes, ont subi des pertes financières importantes. À un point tel que le gouvernement a accepté de leur offrir une mesure spéciale de maintien jusqu'à la fin de 2015. « Sans ce supplément financier, on n'arrive pas », résume Paul Yellen, qui accueille six usagers atteints de troubles de santé mentale et de troubles graves du comportement dans les Laurentides.

Nombre de ressources ayant bénéficié de la mesure de maintien de Québec

2013-2014733 sur 7481
2014-2015500 sur 8635

En décembre dernier, réalisant que plusieurs ressources risquaient de fermer si la mesure de maintien était abolie, Québec a proposé de la prolonger à 50 % pour 2016. Certains syndicats ont accepté.

« Personne n'est heureux de cette entente. Mais on a choisi cette protection minimale pour se donner du temps. On a un an pour trouver une solution », affirme Réjean Simoneau, président du Regroupement des ressources résidentielles adultes du Québec (RESSAQ) qui représente 1200 ressources. Selon lui, si rien ne change l'an prochain, plus de 170 des RIMA qu'ils représentent sont menacées de fermeture. Certaines subiraient des pertes allant jusqu'à 40 000 $ par année.

Pire à Montréal

La situation est encore plus criante à Montréal. L'Alliance nationale des associations démocratiques des ressources à l'adulte du Québec (ADRAQ-CSD) a carrément refusé l'offre du gouvernement de prolonger le maintien à 50 % pour un an. Pour la présidente de l'Alliance, Diane Ménard, cette offre était « farfelue, méprisante et insuffisante ».

Résultat : plusieurs RIMA n'ont carrément plus de mesure compensatoire depuis le 1er janvier et perdent entre 1000 $ et 8000 $ par mois en rétribution selon Mme Ménard. Des pourparlers sont encore en cours avec Québec.

« Depuis Noël, on compte quatre fermetures de ressources à Montréal seulement. Et il y en aura d'autres au cours des prochaines semaines. »

Mme Ménard estime que plus de 105 RIMA sont en péril dans la métropole.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ne sait combien de fermetures de RIMA ont eu lieu ces dernières semaines, car ces informations sont détenues par les établissements de santé. « Nous avons toutefois été informés qu'une ressource de la région de Montréal a décidé de mettre fin à ses activités en raison de la terminaison des mesures de maintien ou de protection », reconnaît la porte-parole du MSSS, Caroline Gingras, qui ajoute que tous les usagers ont été relocalisés.

Banque de candidatures

Chaque année, une moyenne de 800 ressources intermédiaires ferment leurs portes au Québec. « On observe que la majorité des fermetures ne sont pas motivées par la rétribution », affirme Mme Gingras. Celle-ci ajoute que le MSSS enregistre chaque année « une croissance positive de plus de 400 nouvelles ressources ».

Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides, on estime que seulement 11 des 226 ressources intermédiaires du territoire sont actuellement à risque de fermeture. « Une cinquantaine d'usagers sont touchés. Nous nous sommes assis avec ces ressources pour voir comment nous pourrions les aider », affirme la porte-parole du CISSS, Myriam Sabourin. Celle-ci explique qu'advenant des fermetures, une banque de candidatures a été créée pour ouvrir d'autres ressources et accueillir la clientèle. Des usagers pourraient aussi déménager dans des ressources existantes.

Pour Mme Ménard, ce risque de délocalisation pour des usagers très vulnérables est « inhumain ». « Plusieurs habitent dans ces ressources depuis 10 ans ou plus. Nos usagers ne sont pas des pingouins ! Ce sont des êtres humains ! » dit-elle.

Plusieurs propriétaires de RIMA s'inquiètent du sort réservé à leurs protégés. « Je ne peux pas me résigner à les envoyer en institution », dit Carole Snape qui accueille trois usagers dans sa maison de Val-David.

« Si les usagers n'étaient pas chez nous, ils seraient en établissement et là ça coûterait de cinq à dix fois le prix, note Sophie Malo, qui accueille quatre enfants avec des problèmes de santé mentale graves dans Lanaudière. Ça n'a pas de sens ce qui se passe. »

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer