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Le fédéral devant des choix difficiles en matière de défense

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Le ministre Sajjan a appris à la dure: l'ancien militaire a derrière lui un déploiement en Bosnie et trois autres en Afghanistan.

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Murray Brewster
La Presse Canadienne
Ottawa

Lui-même ancien colonel, le nouveau ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, est très bien placé pour savoir comment des décisions abstraites prises par des politiciens à Ottawa peuvent être pliées, tordues ou manipulées sur le théâtre des opérations, à l'autre bout de la planète.

Il aura besoin de toute cette intelligence alors que le nouveau gouvernement libéral de Justin Trudeau s'apprête à revoir la forme que devra prendre la lutte contre le groupe armé État islamique, et quelle posture adoptera le Canada devant une Russie qui renoue avec son passé de superpuissance.

Le ministre Sajjan a appris à la dure: l'ancien militaire a derrière lui un déploiement en Bosnie et trois autres en Afghanistan. Mais l'ex-colonel apporte au cabinet et au ministère l'expérience rare d'un réserviste - à la fois un civil et un «soldat à temps partiel».

«J'ai énormément de respect pour les soldats, pour ce qu'ils vivent, et je sais comment des décisions politiques prises en haut lieu peuvent avoir un impact direct sur les militaires», précisait le ministre Sajjan dans une récente entrevue à La Presse Canadienne.

Cet ancien officier de liaison a appris en Afghanistan que les politiciens prennent parfois leurs désirs pour des réalités. Là-bas, le petit contingent de Canadiens tentait désespérément de repousser les assauts des talibans tout en aidant des populations civiles devenues au fil des ans indifférentes, voire hostiles à leurs efforts humanitaires.

C'est ce genre de compréhension viscérale que le ministre Sajjan apportera au cabinet, lorsque viendra le temps de décider si on doit mettre en péril la vie de soldats canadiens à l'autre bout du monde.

Dès le début de l'an prochain, le ministre Sajjan devra présenter à ses collègues un nouveau scénario pour remplacer la participation des avions chasseurs canadiens CF-18 dans la lutte contre le groupe État islamique en Irak et en Syrie. Le chef d'état-major, Jonathan Vance, a déjà indiqué que les alliés du Canada souhaitaient qu'Ottawa maintienne dans la région l'avion de surveillance Aurora et l'avion de ravitaillement en vol CC-150 Polaris.

Pour ce qui est de la lutte contre le djihad, le ministre Sajjan a déjà suggéré que la nouvelle contribution canadienne, qui sera «significative», pourrait par exemple inclure des programmes de «déradicalisation» des djihadistes.

Par ailleurs, l'OTAN élabore présentement un programme de formation militaire qui serait dispensée aux officiers irakiens en Turquie et en Jordanie. Il n'est pas interdit de croire que le Canada pourrait jouer un rôle dans ce programme, d'autant que le contenu de la formation ressemblerait à l'enseignement que les instructeurs canadiens ont déjà prodigué en Afghanistan et en Ukraine.

Le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a été mis au parfum de ce programme lors d'une récente rencontre ministérielle de l'OTAN à Bruxelles, et ce scénario pourrait bien séduire le gouvernement libéral, soucieux de convaincre l'opinion publique que le Canada fait quand même sa juste part contre l'extrémisme dans le monde.

Par ailleurs, dans le dossier de l'Ukraine, qui est toujours en conflit avec les rebelles pro-russes, le Canada compte encore 200 instructeurs militaires dans l'ouest du pays. Le gouvernement du président Petro Porochenko est accusé de corruption, et le ministre Dion a indiqué que le Canada était prêt à aider ce pays à nettoyer ses institutions. «Mais au final, c'est à eux d'améliorer leur pays», a-t-il prévenu.

Le ministre Sajjan devra bien, par ailleurs, trouver un jour une solution pas trop néfaste politiquement pour remplacer la flotte de chasseurs CF-18 par autre chose que les controversés F-35, un dossier qui a hanté les nuits de ses prédécesseurs.

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