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Controverse autour de la tournée d'un blogueur réputé misogyne

La ministre Stéphanie Vallée «condamne ce genre de propos:... (Archives La Presse Canadienne)

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La ministre Stéphanie Vallée «condamne ce genre de propos: ils sont tout à fait inacceptables», a écrit son porte-parole, Jad-Patrick Barsoum.

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Jocelyne Richer, Martin Ouellet
La Presse Canadienne
QUÉBEC

La ministre de la Condition féminine, Stéphanie Vallée, ne s'oppose pas à la présence au Québec du blogueur controversé et réputé misogyne Daryush Valizadeh, alias Roosh V.

Présentement en tournée, le blogueur américain, notamment contesté pour ses propos anti-féministes banalisant le viol, doit prononcer une conférence à Montréal le 8 août, puis une autre à Toronto, le 15.

Questionnée à ce sujet, la ministre Vallée a indiqué dans un bref courriel, par la voix d'un porte-parole, qu'elle condamnait les propos «inacceptables» tenus par le blogueur.

Mme Vallée «condamne ce genre de propos: ils sont tout à fait inacceptables», a écrit le porte-parole de la ministre, Jad-Patrick Barsoum.

Invité à préciser sa pensée et à dire si cette condamnation signifiait que le Québec devait s'opposer à lui donner accès à une tribune à Montréal, le porte-parole de Mme Vallée a ajouté que la ministre ne ferait «aucun autre commentaire».

Le cabinet de Mme Vallée a répondu par courriel aux questions de La Presse Canadienne, mais n'a pas rédigé de communiqué pour prendre position publiquement sur cette question.

Le conférencier prône notamment de légaliser le viol, s'il est commis dans une propriété privée.

Dans un communiqué, la porte-parole de l'opposition officielle en matière de condition féminine, Carole Poirier, a tenu quant à elle à dénoncer la situation et à approuver le mouvement d'opposition au conférencier.

Elle a dit considérer que Québec devrait prendre des mesures pour interdire à M. Valizadeh de prononcer sa conférence à Montréal.

La députée péquiste juge que le discours tenu par ce dernier est non seulement inacceptable et misogyne, mais criminel, au sens de la loi, parce qu'il incite à la haine des femmes.

«La ministre doit l'empêcher d'avoir une tribune, à Montréal ou ailleurs au Québec», selon elle.

Cette controverse risque de relancer une fois de plus le débat opposant la liberté d'expression à la propagande haineuse.

Expert en droits et libertés de la personne, le professeur Louis-Philippe Lampron, de la Faculté de droit de l'Université Laval, semble considérer que ceux qui contestent la présence du conférencier au Québec ont des arguments solides.

Selon lui, Roosh V saute «à pieds joints» sur la limite entre le mauvais goût et la propagande haineuse.

«La liberté d'expression existe pour protéger les propos minoritaires, les propos dissidents, les propos critiques, donc des propos qui sont souvent désagréables à entendre, a-t-il soulevé, en entrevue téléphonique. À l'inverse, le coeur de la protection des droits et libertés, depuis 1948, c'est la protection des groupes vulnérables, des groupes minoritaires.»

Ce qui réunit à la fois le blogueur Roosh V et le rappeur Action Bronson - refoulé à la frontière canadienne alors qu'il devait donner un spectacle au festival Osheaga de Montréal samedi dernier - «ce sont les propos extrêmement violents à l'égard d'un groupe, les femmes», a souligné le professeur.

«Il existe des limites légales (à la liberté d'expression) qui ont été reconnues comme étant compatibles avec les Chartes dans le droit canadien, a-t-il dit. Les deux (limites) qui viennent immédiatement en tête sont l'interdiction de la propagande haineuse contre les groupes, comme les femmes depuis 2014, et la diffamation envers une personne en particulier.»

Or, lorsque Roosh V avance qu'il faudrait rendre le viol légal s'il est commis dans une propriété privée, il prône une atteinte à l'intégrité physique d'autrui.

«C'est exactement ce qui est interdit, c'est au coeur des critères pour déterminer si on n'est pas dans un cas d'incitation à la haine ou à la violence physique envers un groupe, pense le professeur. Avec des propos comme ceux que j'ai sous les yeux, il y aurait du matériel pour plaider qu'on est peut-être devant un cas de propagande haineuse.»

Les autorités canadiennes peuvent refuser l'accès au pays à tout visiteur étranger jugé responsable «d'actions subversives», fait valoir M. Lampron.

Au cours des dernières semaines, le projet du blogueur de venir à Montréal a soulevé l'indignation de groupes et d'associations, dont le Conseil du statut de la femme.

De plus, une pétition destinée à l'Agence des services frontaliers circule en vue d'exhorter le Canada à lui interdire l'entrée au pays. Elle a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures.

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