Passeport confisqué pour un imam chiite montréalais

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L'imam Ali Sbeiti au Centre communautaire musulman de Montréal.

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Les autorités fédérales ont retiré le passeport d'un imam chiite montréalais très impliqué auprès des enfants, dans la foulée d'une enquête criminelle de l'Équipe intégrée de la sécurité nationale (EISN).

Ce groupe d'enquêteurs coordonné par la GRC est chargé de lutter contre le terrorisme et les menaces graves à la sécurité nationale. C'est lui qui a alerté Passeport Canada au sujet de l'imam Ali Sbeiti, qui officie au Centre communautaire musulman de Montréal, situé sur le boulevard Crémazie Est, à Montréal.

Le 14 novembre, l'imam a reçu une lettre de Citoyenneté et Immigration Canada invalidant son passeport délivré en 2012 et exigeant qu'il le retourne «immédiatement» au gouvernement.

«Veillez noter qu'aucun passeport ne vous sera délivré avant la fin de notre enquête», l'informe la lettre, sans jamais préciser de quelle infraction M. Sbeiti est soupçonné.

Des documents du Ministère à l'appui de cette décision démontrent que dès 2007, un douanier de l'aéroport Pierre-Elliott Trudeau avait confisqué un précédent passeport de l'imam Sbeiti, parce qu'il était rentré de l'étranger avec une page déchirée. Les autorités soupçonnaient qu'il avait pu chercher à effacer toute trace d'un visa d'entrée dans un pays donné.

Questionné à ce sujet, l'imam avait expliqué qu'il avait déchiré accidentellement la page en retirant un autocollant.

Modalités de surveillance

Ali Sbeiti a demandé un nouveau passeport. Peu après, un agent de la GRC a demandé aux fonctionnaires qui traitaient son dossier de placer une alerte le concernant et d'aviser l'EISN de tout développement.

En 2012, lorsque l'imam a présenté une nouvelle demande de renouvellement, l'EISN a avisé Passeport Canada qu'il était «le sujet d'une enquête en cours». Le passeport pouvait lui être accordé, mais assorti de modalités de surveillance secrètes.

«Svp ne pas dire au client qu'il est un sujet d'intérêt pour la GRC», précisait l'EISN dans un courriel aux fonctionnaires.

Tous ces documents ont été déposés récemment en Cour fédérale, où Ali Sbeiti tente de contester l'annulation de son passeport. Certains des documents ont été complètement noircis pour protéger des informations confidentielles avant d'être versés au dossier du greffe de Montréal.

L'imam Ali Sbeiti n'a pu être joint hier. Selon deux de ses proches, il se trouve au Liban, où il a pu se rendre malgré ses problèmes de passeport. Il faut dire que selon le dossier déposé à la cour, il a déjà détenu un passeport libanais.

Ali Sbeiti est très impliqué dans les activités pour enfants, adolescents et jeunes adultes du Centre communautaire musulman de Montréal. Sur le site web de l'organisme, on le voit animer plusieurs activités de groupe.

Le site précise qu'après sa naissance dans la ville sainte de Najaf, en Irak, l'imam Sbeiti a étudié la religion au Liban et en Iran avant de venir fonder au Canada des associations et centres communautaires à «Montréal, Ottawa, Toronto, Hamilton, Windsor, Niagara Falls, Vancouver et Edmonton».

Selon les quotidiens anglophones de la chaîne Postmedia, qui ont fait état de son cas, hier, Ali Sbeiti s'est déjà plaint devant un comité citoyen sur l'immigration du «harcèlement» dont il faisait l'objet par les services de renseignement canadiens. Il aurait aussi été placé sur la liste d'interdiction de vol américaine, ce qui restreignait ses possibilités de voyage, disait-il.

Défendu par plusieurs

Son ami Hussein Nehme, qui était l'un de ses répondants sur sa demande de passeport et qui travaille avec lui au Centre communautaire musulman de Montréal, dit ne pas comprendre ce que les autorités peuvent lui reprocher.

«Dans son enseignement, jamais il ne montre quelque chose de politique. Nous sommes un centre musulman qui donne un enseignement religieux et culturel», dit-il.

Il reconnaît que le centre organise des célébrations annuelles à la mémoire de l'ayatollah Khomeini, créateur du régime théocratique en vigueur en Iran, qui a appelé au meurtre de l'écrivain Salman Rushdie en raison d'un roman jugé blasphématoire. Mais il distingue ici le leader religieux de l'homme politique, père fondateur d'un État qu'Ottawa a ajouté à la liste des pays soutenant le terrorisme en 2012.

«On commémore son décès. Il fait partie des leaders qu'on célèbre pour comprendre leurs idées et ce qu'il a fait de bon dans sa vie. Oui, il a fait de la politique, mais nous, notre commémoration, elle est vraiment d'ordre religieux», explique M. Nehme.

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