-45°C, «c'est bien normal» à Kuujjuaq

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À Kuujjuaq, les maisons ont des pilotis plutôt que des fondations afin de contourner les effets négatifs du pergélisol, cette couche de sol perpétuellement gelée.

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(KUUJJUAQ) Pierrette Bédard s'estimait chanceuse hier d'être à Kuujjuaq, dans le Grand Nord québécois. «Je suis bien habillée, je marche le matin et il n'y a pas de problème. Je viens d'Abitibi et j'ai passé 25 ans à Montréal [...]. Là-bas, quand c'est froid et humide, ça traverse les manteaux.»

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Les Kuujjuamiut ne se plaignaient pas des 45 °C sous zéro ressentis hier midi.

Des températures semblables ne sont pas surprenantes en cette période de l'année, ont indiqué les Inuits et les Qallunaak (non-Inuits) rencontrés à Kuujjuaq, qui compte environ 2000 habitants. La communauté la plus nordique du Québec, Ivujivik, affichait sensiblement les mêmes températures.

«Pour janvier et février, c'est bien normal», a indiqué le policier Nicolas Boivin, de la force de police locale. Devant le poste, le moteur d'une camionnette roule en permanence, lorsqu'il fait froid comme hier, afin d'éviter de mauvaises surprises en cas d'appel d'urgence.

À Kuujjuaq, il n'y a pas d'aqueduc. Un camion-citerne passe chaque jour de maison en maison pour remplir des citernes d'eau, gardées au chaud à l'intérieur. Les maisons ont des pilotis plutôt que des fondations afin de contourner les effets négatifs du pergélisol, cette couche de sol perpétuellement gelée.

Ealasie, une Inuite croisée dans l'entrée de l'un des deux hôtels de Kuujjuaq, trouvait aussi que la température était «normale».

Des courageux à vélo

Dans le village, presque tous se déplacent en auto : on ne croise que peu de piétons dans ces rues toujours couvertes de glace, que les services municipaux ne déneigent qu'en cas de force majeure.

Sauf Catherine Langlois-Cloutier, la psychologue de la Commission scolaire Kativik, qui marche du bureau à la maison. «Je suis dangereuse derrière le volant, rigole-t-elle. Ils sont venus donner des cours de conduite ici, l'été.» La neige grince sous ses bottes comme la craie sur un tableau noir.

Sauf aussi certains courageux, qui, comme Guillaume Bédard, se déplacent à bicyclette. L'hiver. Dans le Grand Nord du Québec. À 45 °C sous zéro.

«C'est un peu extrême, a-t-il concédé à La Presse. C'est effectivement froid, mais quand on est bien habillé, ce n'est pas long qu'on se réchauffe.» M. Bédard, directeur adjoint des travaux publics pour le gouvernement local, estime qu'il y a près d'une dizaine de cyclistes hivernaux à Kuujjuaq. Pratiquement tous des Qallunaak, des Blancs.

Il emprunte des sentiers de motoneige pour faire ses déplacements. «Je trouve ça plus sécuritaire que l'été, on est plus loin des autos.»

Blizzards et humidité

Ce n'est pas les 45 °C sous zéro que craignent les Nunavimmiuts, les habitants du Nunavik de naissance ou d'adoption. Ce sont plutôt les blizzards et les mariages entre grand froid et humidité.

«Pour un blizzard, ça vous prend de forts vents et de la nouvelle neige tombée récemment», a expliqué Aipili Qumaalu, de Kangiqsujuaq, un petit village de 479 habitants.

Pendant ces tempêtes hivernales extrêmes, on ferme pratiquement tous les commerces et services à Kuujjuaq. La visibilité est réduite à zéro et chacun reste chez soi.

Pour le pilote d'avion Aaron Quin, un habitué du Grand Nord, c'est plutôt le temps humide qui peut lui couper les ailes. Il doit parfois annuler des vols entre les 14 villages du Nunavik de crainte que son avion ne puisse redécoller, les moteurs paralysés par le froid. Aujourd'hui, pour son voyage à Kangiqsualujjuaq (735 habitants), il ne prendra la décision de décoller qu'après avoir pris connaissance du bulletin météo, émis à 8h précises.

«Les vents peuvent aussi nous nuire, a-t-il expliqué. Il y a en beaucoup, ici, au Nunavik.»

En chiffres

  • Record de froid à Kuujjuaq: -60,4 °C ressentis, en date du 14 janvier 1957
  • En janvier 1975, des rafales ont été enregistrées à 161 km/h à Kuujjuaq.
  • Pour un 6 janvier, les normales de saison oscillent entre -19 et -29 °C à Kuujjuaq, sans le facteur vent. En comparaison, elles vont de -5 à -14 °C à Montréal.
  • 17 heures 36 minutes: durée de la nuit la plus longue de l'année au Nunavik, soit au moment du solstice d'hiver. Le soleil se lève alors à 8h19 pour se coucher à 14h43 sur Kuujjuaq.
  • Durant l'été, il fait en moyenne de 1,3 à 12,6 °C au Nunavik.

Sources: Environnement Canada et Administration régionale Kativik

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