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La corruption persiste sur les chantiers

Le tiers des travailleurs de la construction sondés... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Le tiers des travailleurs de la construction sondés ont affirmé avoir été témoins de situations de malversation ou de collusion sur les chantiers.

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Les problèmes de corruption et de collusion sont encore fréquents sur les chantiers de construction du Québec, révèle un sondage mené en janvier auprès de tout près de 2000 travailleurs et employeurs de cette industrie. Le travail au noir et l'intimidation continuent aussi à sévir sur les chantiers.

La Commission de la construction du Québec (CCQ) a mandaté la firme Léger au début de l'année pour évaluer les perceptions des artisans de cette industrie et de la population. Alors que la commission Charbonneau est à entendre ses derniers témoins, les résultats de ce coup de sonde, obtenus par La Presse grâce à la Loi sur l'accès à l'information, permettent de comprendre que les problèmes exposés sont loin d'être réglés.

Les deux tiers des sondés travaillant dans la construction ont estimé que le problème de corruption et de collusion était «fréquent» dans leur milieu. En fait, le tiers des travailleurs (32%) et le quart des employeurs (27%) ont même affirmé avoir été témoins de situations de malversation ou de collusion.

Lutter contre la corruption

Plus de la moitié des employeurs du milieu de la construction estiment que la lutte contre la collusion et la corruption devrait être la priorité de la CCQ, contre 45 % chez les travailleurs. En fait, les employés ont classé à 51% le respect des conventions collectives comme la principale priorité que devrait cibler la Commission.

Travail au noir encore présent

Le travail au noir demeure un problème encore bien présent, révèle aussi ce sondage. Les travailleurs et les employeurs sondés ont évalué au tiers la proportion de travail au noir et de l'évasion fiscale dans leur industrie. Cette situation est loin de s'atténuer, selon ce coup de sonde. Deux répondants sur cinq ont affirmé que ces problèmes «n'ont pas changé» au cours des dernières années. Encore une fois, les employeurs brossent un portrait plus sombre: 27% d'entre eux estiment que ces pratiques ont augmenté, contre 21% chez les travailleurs. À l'inverse, un répondant sur cinq a estimé que le problème a diminué.

Quand on demande à la population de nommer les causes du travail au noir dans le secteur de la construction, le tiers des sondés montrent du doigt le coût élevé des impôts et des taxes au Québec. La facilité pour les personnes malhonnêtes à infiltrer cette industrie est également citée par le quart des répondants parmi les causes. «Le travail au noir, c'est une teigne pour l'économie, ça tue l'économie», a dénoncé Yves Ouellet, directeur général de la FTQ-Construction. Le syndicat affirme que le problème vient principalement des entrepreneurs et non des travailleurs, qui perdent beaucoup au change, selon lui.

Intimidation fréquente

Autre sujet chaud, l'intimidation serait encore fréquente dans l'industrie de la construction. C'est du moins ce que pensent 46 % des employeurs et 36 % des travailleurs sondés. En fait, plus du cinquième des répondants travaillant dans le milieu ont dit en avoir été victimes eux-mêmes. «On entend souvent: "Tu rentres au noir sinon je te câlisse dehors." Ça, c'est l'intimidation numéro un qui se fait en ce moment», dénonce Yves Ouellet.

Très peu de victimes d'intimidation ont toutefois osé porter plainte: soit à peine une sur dix. La moitié d'entre elles ont affirmé ne pas avoir dénoncé la situation par crainte de représailles. Le tiers a aussi dit ne pas avoir confiance dans le processus de recours. Le coup de sonde permet de constater au passage que l'intimidation a incité 19 % des employeurs à renoncer à travailler dans cette situation problématique. «Les travailleurs de la construction sont comme les autres, ils ont des factures qui rentrent le jeudi», a souligné Yves Ouellet.

Une image entachée

Les scandales ayant éclaboussé le secteur de la construction ont nui à la perception que les travailleurs et employeurs ont de leur propre industrie. En comparant les résultats de ce sondage à ceux d'un autre similaire réalisé en 2011, on constate que la perception des travailleurs et employeurs s'est dégradée ces dernières années. Sans surprise, quand on demande aux sondés d'expliquer leur manque de fierté, la corruption et la collusion arrivent en tête de liste. Parmi les autres sources d'irritation, les répondants citent la «présence trop forte des syndicats» et l'image véhiculée par les médias et la commission Charbonneau.

- Avec William Leclerc

Méthodologie

Pour évaluer les perceptions des membres de l'industrie, Léger a sondé, grâce aux listes fournies par la CCQ, 1256 travailleurs et 721 employeurs, du 17 au 20 janvier 2014. Quant aux perceptions de la population québécoise, Léger a mené un sondage sur l'internet du 14 au 19 février 2014 auprès de 1001 personnes âgées de 18 ans et plus, provenant de toutes les régions du Québec.

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