650$ pour déneiger une borne d'incendie

La Ville de Mascouche paie 650$ par année... (Photo: François Roy, La Presse)

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La Ville de Mascouche paie 650$ par année pour le déneigement de chaque borne fontaine.

Photo: François Roy, La Presse

Pour faire déneiger ses bornes d'incendie, la Ville de Québec verse à des entrepreneurs 75$ par borne, pour tout l'hiver. Sherbrooke paie de 10$ à 15$. Mais pour le même travail, la Ville de Mascouche verse 650$ à l'entrepreneur Normand Trudel, un ami du maire Richard Marcotte.

C'est jusqu'à 65 fois plus que ce que paient les principales villes du Québec, selon une recherche réalisée par La Presse.

Le 12 septembre 2007, Normand Trudel, propriétaire de la firme Transport & Excavation Mascouche, a présenté une soumission pour le déneigement d'une partie du territoire de Mascouche (secteur A) pendant cinq hivers. Le prix pour la première saison (2007-2008) était alors de 2,4 millions de dollars, si l'on en croit les documents obtenus grâce à la Loi sur l'accès à l'information. Cela inclut 401 050$ pour le déneigement de 617 bornes d'incendie, soit 650$ l'unité. Ce contrat a été adopté par le conseil municipal le 17 septembre 2007.

Ailleurs au Québec

Cette somme a stupéfait tous les interlocuteurs que La Presse a consultés. «Jamais de la vie je n'aurais accepté ce devis, a dit Robert Labine, maire de Gatineau jusqu'en 2001. J'ai beaucoup de difficulté à comprendre comment cela peut coûter 650$. La meilleure façon de procéder et la plus économique, c'est de confier ça aux cols bleus.»

«Ils paient vraiment le gros prix!» s'est pour sa part exclamé Yvon Toutant, porte-parole de la Ville de Trois-Rivières, qui a payé 445 400 $ l'hiver dernier pour faire déneiger 4474 bornes d'incendie dans un délai maximum de 24 heures - une moyenne de 100$ la borne. «Déjà on trouve que c'est cher, surtout cet hiver, où il n'y a pas de neige... Je n'en reviens pas!»

Même stupéfaction à Montréal, où les contrats de déneigement des rues et trottoirs incluent celui des bornes-fontaine: «C'est un prix au mètre linéaire qui comprend tout, pour une hauteur maximale de 2 m de neige au cours de la saison», précise Philippe Sabourin, porte-parole de la Ville. Celui-ci n'a pu s'empêcher de rire en entendant le prix payé par Mascouche.

À Québec, la Ville paie de 75 à 90$ la borne. Les entrepreneurs doivent s'acquitter de leur travail dans un délai maximum de deux à trois jours, selon les cas. Pont-Rouge paie environ 51$, et le territoire est étendu.

Dans plusieurs petites municipalités, ce travail est payé à l'heure. Les prix pratiqués selon nos observations varient de 45 à 85$ l'heure, machinerie incluse.

Le DG de Mascouche est en congé de maladie et le maire Marcotte était injoignable, mais Monique Muzzarelli, conseillère aux communications, a expliqué à La Presse qu'il s'agit d'un contrat global «accordé au plus bas soumissionnaire par le conseil». Quant à savoir pourquoi ce ne sont pas les cols bleus qui font ce travail par souci d'économie, elle réplique qu'il y a 1200 bornes à Mascouche.

Normand Trudel n'a pas répondu à nos deux demandes d'entrevue. En novembre dernier, il avait expliqué à l'hebdomadaire La Revue qu'il n'était «pas équipé pour faire un tel travail» mais qu'il avait «l'obligation de l'intégrer» à sa soumission. Ce tarif de 650$ se justifie selon lui par «le nombre de bornes-fontaines sur le territoire, le déneigement aux 72 heures, le ramassage de la neige, le transport vers les sites de dépôt et le déchargement de la neige». Il a toutefois confié ce travail en sous-traitance.

«C'est inacceptable, s'offusque Serge Hamelin, ex-chef du parti de l'opposition Horizon Mascouche. D'autant plus que la Ville n'a jamais fait d'étude comparative pour vérifier si cela n'aurait pas été plus économique de confier cette tâche aux cols bleus.»

Des liens étroits

Déjà, à l'époque, l'attribution de ce contrat avait fait rager les cols bleus. Mais le dossier a pris une tout autre dimension depuis la diffusion d'une enquête à la télévision de Radio-Canada, en novembre dernier, qui démontrait les liens étroits entre l'entrepreneur Normand Trudel et le maire de Mascouche. Ce dernier, qui aurait obtenu des avantages personnels de l'entrepreneur, a été exclu de son parti, Ralliement Mascouche, et siège désormais comme indépendant. Mais il refuse de démissionner.

Richard Marcotte a été invité sur le célèbre yacht de Tony Accurso, qui est par ailleurs partenaire de Normand Trudel dans la firme Écolosol.

La valeur des contrats obtenus par Normand Trudel à Mascouche entre 2000 et 2009 avoisinerait les 40 millions de dollars. Le contrat du déneigement du secteur A, bornes d'incendie incluses, lui a rapporté 2,845 millions en 2010.

- Avec la collaboration de William Leclerc

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