Oka: Mohawks et promoteurs s'affrontent

Des dizaines de Mohawks, dont certains masqués, attendaient... (Photo: David Boily, La Presse)

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Des dizaines de Mohawks, dont certains masqués, attendaient le promoteur de pied ferme ce matin, sur ses terrains de Kanesatake.

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Louise Leduc
La Presse

La crise d'Oka de 1990 était toute fraîche à l'esprit de chacun quand Mohawks et policiers se sont retrouvés en pleine pinède, hier matin, parce qu'un promoteur avait jugé le moment venu de faire l'inventaire des arbres à abattre sur son terrain, revendiqué par Kanesatake et protégé par la municipalité d'Oka.

En 20 ans, les acteurs principaux ont changé. Et cette fois l'affrontement n'a pas duré trois mois, mais moins d'une heure.

Il n'y a eu ni coups de feu ni coups de poing, mais de sérieux coups de gueule et des menaces bien senties. Des Mohawks en tenue de camouflage étaient masqués, tout comme certains enfants, mais ils sont restés à l'écart, laissant aux femmes le soin de tenir le premier rôle.

Il était un peu plus de 10h quand Normand Ducharme, propriétaire de la firme Norfolk, est arrivé dans la pinède avec son coordonnateur, Luc Côté. Des dizaines de Mohawks les attendaient: les promoteurs avaient pris soin de prévenir les médias de leurs intentions, et la Sûreté du Québec avait personnellement avisé le grand chef Paul Nicholas la veille.

Pendant une bonne quinzaine de minutes, Luc Côté et Normand Ducharme ont répondu aux Mohawks, puis aux journalistes, sans qu'aucune présence policière soit visible.

«Vous direz, après ça, que c'est nous, les sauvages», a hurlé une Mohawk, accusant M. Ducharme de faire de la provocation.

«Vous avez été un beau moron, vous, d'acheter cette terre!» a-t-elle poursuivi après avoir fait remarquer à l'homme de 62 ans qu'il tremblait.

Le grand chef Paul Nicholas, resté de marbre, répétait sans cesse et calmement aux promoteurs de partir.

Après ces demandes répétées, les Mohawks, doucement, ont encerclé M. Ducharme et l'ont obligé à circuler.

Un costaud policier de la Sûreté du Québec, habillé en civil, s'est ensuite approché de lui. Il a désigné un véhicule, lui a demandé si c'était bien le sien et s'il voulait bien s'y rendre.

Côté et Ducharme sont partis, comme la Sûreté du Québec peu après, devant une femme qui adressait un doigt d'honneur aux agents.

La majorité des Mohawks interviewés, cependant, se sont montrés satisfaits de l'intervention policière. «Les policiers ont fait leur job, a dit Sheila Jacobsen. Et nous, on a plus de sagesse qu'on en avait en 1990.»

Quand des journalistes lui ont demandé s'il avait été soulagé de voir intervenir le policier, le grand chef Paul Nicholas a souri et a dit que cela s'était fait au moment opportun. Plus tard, dans un communiqué, il a déclaré: «En procédant de la sorte, il (Normand Ducharme) met délibérément la sécurité des membres de notre communauté et celle des agents de la Sûreté du Québec en danger.»

La prochaine fois...

Serge Simon, un Mohawk de Kanesatake, a prévenu les promoteurs qu'ils auraient encore droit à un comité d'accueil s'ils s'avisaient de revenir. «Si on avait voulu se déchaîner, Normand Ducharme ne serait pas reparti avec sa tête», a-t-il dit.

Seulement, les Mohawks n'ont pas voulu. À maintes reprises, ils se sont répété entre eux la consigne de rester zen. Aux premières loges de cet appel au calme: Skawennati Montour, âgée de 83 ans. «Pourquoi est-ce que quelqu'un se charge toujours de venir semer le trouble quand c'est tranquille chez nous? Ces terres, on ne les a jamais vendues, elles nous ont été dérobées, et c'est avec le gouvernement qu'on doit régler cela, c'est tout.»

«C'est long, de rester dans un bois pendant trois mois, a pour sa part dit Harvey Nicholas. Je le sais, j'y étais, en 1990, et j'en ai passé, des heures sans dormir. Mais là, heureusement, il y a un homme bon, à la mairie d'Oka. C'est pas comme dans le temps, avec Ouellette (Jean Ouellette, maire d'Oka en 1990).»

Hier matin, M. Nicholas, sur son quatre-roues, disait n'être là que comme observateur. «Je ne peux plus me battre, aujourd'hui, j'ai des rhumatismes.»

L'ironie, et contre toute apparence, c'est que Norfolk, sans le savoir, a ramené l'harmonie à Kanesatake, selon Serge Simon. «Il y a des gens chez nous qui ne se parlaient plus depuis des années et qui sont réunis par la même colère contre les promoteurs.»

Luc Côté et Normand Ducharme se sont ensuite rendus aux bureaux de la SQ à Oka. En entrevue, Normand Ducharme a indiqué que les policiers lui avaient parlé des menaces qu'il avait essuyées et qui seront étudiées au cours des prochains jours. Avec La Presse, la SQ n'a pas souhaité s'étendre sur le sujet.

Il y a deux semaines, le conseil municipal d'Oka a voté à l'unanimité une résolution faisant des terrains de Norfolk des terres protégées de toute construction, en vue de négociations pour leur rachat ou, à défaut, d'une expropriation.

Aux yeux de M. Ducharme, qui se disait toujours un peu nerveux en après-midi, la résolution municipale n'a pour l'instant aucune valeur légale. «De toute façon, elle vise à m'empêcher de construire, pas d'aller sur mon terrain et de couper des arbres.»

Ottawa a accepté il y a deux ans déjà d'ouvrir les négociations avec les Mohawks au sujet des terres disputées, soit avant que Norfolk n'acquière son terrain de 1,2 hectare le long de la route 344.




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