Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip

Néolibéral ! Oui, et alors ?

Lucie-Gabrielle Jolicoeur
 

Lucie-Gabrielle Jolicoeur

Étudiante à la maîtrise en création littéraire

Pourquoi certains mots sont-ils maltraités par le temps et les idéologies ? Il y a quelques semaines, c'était le capitalisme. Depuis le manifeste de la CLASSE, c'est le néo-libéralisme. À bas!, qu'ils nous disent. Moi, ça m'intrigue toujours de voir des politiques anciennes et mal connues soudainement massacrées sur la place publique. Tellement que, possédant une Encyclopédie Larousse de 1963, j'ai décidé d'aller voir.

(Pour ceux qui ne connaissent pas, avant, les encyclopédies, c'était imprimé sur du PAPIER, ça faisait DIX énormes livres, et il fallait connaître l'ALPHABET pour s'en servir. Et, plus important, on ne pouvait pas modifier les définitions au gré des modes.)

Alors, le néo-libéralisme, c'est une doctrine économique (pas sociale, ni institutionnelle) qui veut rénover le libéralisme (on peut insérer capitalisme ici) en ajoutant une réglementation légère et souple au système économique afin de maintenir l'équilibre des forces en présence. Bref, mentalité capitaliste assortie d'un interventionnisme cohérent.

Je ne sais pas pour vous, mais à date, ça me semble sensé.

Les piliers du néo-libéralisme sont : le refus du collectivisme en faveur d'un individualisme modéré et légal, l'acceptation de l'inégalité pour favoriser l'ambition et la productivité, la reconnaissance du syndicat libre (non obligatoire), le rejet de la taxation et la nécessité de l'intervention de l'État pour protéger le libre marché et la concurrence contre les monopoles et la haute finance.

Heuuuu...

Ça serait chez nous, tout ça ? Oui, selon la CLASSE. Il paraît que c'est partout en Occident.

Si c'est vrai, il y en a beaucoup qui font mal leur job. On a qu'à penser à la crise de 2008, à celle qui se déclare en Europe, aux scandales de HSBC, du LIBOR, de J.P. Morgan et à toutes ces entreprises si grandes qu'elles ressemblent à des mini-monopoles, les «too big to fail». Je préfère passer la discussion sur les syndicats, mais vous le trouvez normal, vous, notre taux de taxation ?

Les tenants du néo-libéralisme voulaient une réglementation flexible, qui pouvait évoluer selon les besoins de l'économie. Je crois que le mémo s'est perdu. Pas qu'on a beaucoup de scandales financiers au Québec, mais il me semble évident que les lois instaurées par l'État sont rendues désuètes et impotentes et les sanctions, risibles.

Déjà, pour commencer, on pourrait s'arranger pour que les fonds de retraite soient des créanciers prioritaires (surtout, qu'ils passent avant le salaire des PDG), favoriser les entreprises privées (versus les sociétés par actions), revoir le degré d'imputabilité des dirigeants, et diminuer l'accès au crédit à la consommation.

Du néo-libéralisme, nous n'avons finalement que les deux premiers points. Et si vous me demandez mon avis, c'est bien heureux qu'on ait cela, question de se démarquer face au communisme. Je rappelle aux membres de la CLASSE que l'égalité sociale coûte très cher en liberté individuelle, sans compter qu'elle est souvent illusoire.

Je n'ai pas lu leur manifeste, c'est le genre de lecture à me donner une migraine automatique, mais à la phrase « À bas le néo-libéralisme ! », j'ai envie de rétorquer :

Qu'il vienne, le néo-libéralisme !

Partager
Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip


Commentaires (14)

Commenter cet article »

  • Comme le fait remarquer Mike, le sens de néo-libéralisme a changé depuis 1963.
    Indice : toute appellation contenant le préfixe "néo" est susceptible de changer de sens dans le temps, justement!
    Amusant de voir aussi ceux qui dénoncent la sortie de l'épouvantail néo-libéral, n'hésite pas à ressortir le péril communisme des boules à mites... un épouvantail qui semble encore marché auprès de ceux qui n'ont pas changés depuis ... 1963.
    Mais bon, pourquoi s'attendre à plus de rigueur des dretteux d'ici que de ceux du sud profond des USA?

  • Je trouve que les propos tenus par les lecteurs ont chacun leur mérite. Mais bon sang! que la langue française est massacrée...

  • Vous avez tout-à-fait raison. Quand j'ai entendu GND, je me suis dit « de quoi il parle? » Il devrait terminer ses études en histoire pour comprendre ce qu'est le néolibéralisme.

  • Lorsqu'une personne étudie au deuxième cycle en études littéraires, on s'attend d'elle qu'elle ait suivi quelques cours de linguistique au cours de son baccalauréat. Cours qui lui auront permis d'apprendre que la langue n'est pas stable, qu'elle évolue, change et bouge. Si langue évolue, qu'en est-il de la politique? Doit-on alors s'étonner que la définition d'un terme politique de 1963 ait évolué près de quarante ans plus tard? Il me semble qu'ici, l'argument central de cet article est facilement réfutable.
    @ Claude Poirier: Vous seriez surpris d'apprendre que ce ne sont pas uniquement des jeunes qui étudient au cycle supérieur... comme c'est le cas de l'auteure de cet article. Comme quoi, il ne faut pas user de généralisation hâtive. Ah! ces sophismes!

  • On n’a pas (encore) toutes les caractéristiques du néo-libéralisme au Québec, je vous l’accorde, mais nous sommes dans une société où les générations politiques précédentes ont tranquillement emmené un concept, celui de l’égalité devant les services publics, de leur accessibilité égale pour tous à ces services, parce que l’égalité ne se juge pas qu’en terme de salaire, c’est aussi l’accès aux services qui permettent à tous d’avoir des chances égales, des manières égales de commencer dans la vie (en santé, en éducation, etc.) et force est de constater que la privatisation et la taxation des services publics, qui est une tendance marquée dans le Parti libéral (et dans le néo-libéralisme) ne plaît pas à tous et accentue ces inégalités. C’est bien beau accepter des inégalités pour aider la productivité et l’ambition, enrichir le « territoire » et quelques investisseurs, mais si pour cela il faut appauvrir la majorité de la population, il y a de quoi être méfiant.
    Peut-être que ça coûte cher la qualité de vie, mais c’est un concept qui a beaucoup plus de valeur pour la population que le PIB… Je suis peut-être idéaliste, mais je n’accepte pas qu’on dise que l’égalité est illusoire et qu’on s’en lave les mains. Elle n’est jamais atteinte, mais on peut tenter de s’en rapprocher plus que de la regarder comme un ennemi de l’économie.
    (et s’il vous plaît, ne remmenez pas mon intervention à des fabulations de la gauche comme beaucoup le font juste pour discréditer des contre-arguments valables; j’essaie de parler au-delà des concepts de gauche et de droite pour parler de priorités de société)

  • Mme Jolicoeur
    Je salue votre courage de vous manifester ainsi contre la «bonne» pensée. Aujourd'hui, nous sommes encore dans la même ligne de pensée de l'ère Duplessis: L'enfer est rouge mais le ciel est bleu.
    Encore aujourd'hui, c'est le mal contre le bien, le blanc contre le noir. Pas beaucoup de nuances de gris.
    On s'insurge contre les abus du parti au pouvoir (avec raison) qui prône une idéologie, sans se méfier des abus que pourraient également engendrer les tenants de «la bonne manière de penser».
    Peut-être devrions-nous regarder des deux côtés et réfléchir à ce que chacun d'entre eux pourraient nous apporter comme piste de solution. Sans parti pris, sans allégeance autre que celle du gros bon sens.
    Mais, ce n'est pas demain la veille....
    L'affreux.

  • C'est pas parce que le mot libéral apparait dan néo-libéralisme que ça a un lien avec le parti du même nom. Ça n'a rien à voir.
    La Classe et autres manipulateurs de l'information utilisent depuis le début des phrases clé et des expressions accrocheuses qui n"ont rien à voir avec la réalité.
    Ils utilisent la paresse collective (absence d'effort à s'informer) pour faire avancer leur cause (qui n'en est pas une).
    Comme les journalistes d'aujourd'hui ne sont plus que des distributeurs de leur opinion personnelle, pas plus renseignés que les citoyens, la salade passe facilement.
    La recherche de la vérité a pris le bord, le journalisme est mort, la fin justifie les moyens et au diable l'intégrité.
    Les leaders du printemps minable n'en ont rien à foutre de la société, ils pensent tout savoir à 20 ans... ça va être beau dans quelques années. On cours à la faillite intellectuelle à très court terme.
    Si seulement ils connaissaient le mot conséquence et en comprenaient le sens...

  • Dès lors que vous mentionnez "doctrine économique (pas sociale...)", il n'y a plus aucune crédibilité à vous accorder. Comme si les rapports économiques ne conditionnaient pas en grande partie les rapports sociaux. Et c'est très collégial comme pratique que de se référer à une encyclopédie ou un dictionnaire pour définir un concept plutôt qu'à des auteurs.
    Au fait, dans une société purement néo-libérale où l'ensemble des rapports économiques et sociaux sont définis selon des normes de concurrence, vous pouvez être certain qu'aucune université n'offrira de maîtrise en "création littéraire".
    Qu'il vienne le néo-libéralisme, qu'on vous enseigne l'économie.

  • On s'entend quand même que le Québec est très loin du néo-libéralisme. On peut vouloir mettre les libéraux dehors parce qu'on est en désaccord avec eux, ce n'est pas une raison pour dire n'impore quoi.

  • 1963... J'ai ri pendant 20 minutes!

  • Voici une autre définition que j'en ai lu de M. Christian Feuilette et qui resemble beaucoup plus à la réalité: " Qu'est-ce que ce fameux néolibéralisme? Alors que la pensée libérale qui a présidé à la Révolution tranquille était axée sur la défense des libertés et la générosité sociale, le néolibéralisme peut se définir par la «dictature de l'économie». Mais pas l'économie telle qu'on l'entend généralement, au sens de l'administration optimale des ressources au profit de tous. Non, plutôt une économie au service d'un petit nombre de possédants s'enrichissant toujours plus, et appauvrissant de façon proportionnelle la masse du commun des mortels, tout en les abrutissant par le contrôle qu'ils exercent sur les médias.
    Le prétexte de «l'économie» est du reste devenu un leitmotiv récurrent, un commode paravent, dont usent et abusent nos gouvernements, surtout au fédéral, pour décréter des lois spéciales réprimant le droit de grève des travailleurs : Air Canada, Postes Canada, Canadien Pacifique, alouette... Tout une panoplie de nouveaux tarifs ainsi qu'un cortège de lois, telle la réforme de l'assurance-emploi, sont également préparés pour avantager les employeurs au détriment des citoyens ordinaires. Si, encore, notre appauvrissement collectif servait aux peuples les plus déshérités de la Terre, dans le cadre d'une mondialisation redistributrice, cela serait une consolation. Mais non, ces peuples sont, dans le système du néolibéralisme, qui n'est tout compte fait qu'une association de filous, de plus en plus misérables et présentement acculés à la famine dans un grand nombre de pays."
    R. Boisvert

  • Vos infos datent de presque 50 ans! La définition s'est quelque peu modifiée. Le néo-libéralisme actuel met beaucoup plus l'accent sur le moins d'État possible et l'élimination de la plupart des réglementations qui "briment" les entreprises, le moins d'impôt possible pour favoriser la création de la richesse (et tout pour ne pas contrarier ceux qui la créent et veulent la garder entre leurs mains), la privatisation massive des services publics, l'élimination du syndicalisme (vu comme une idéologie autrefois nécessaire mais maintenant dépassée, comme s'il ne fallait pas se battre pour sauvegarder ses acquis); en fait, si vous voulez une définition plus actuelle, il vous suffit de lire la prose de Nathalie Elgrably-Lévy entre autres; elle est est une tenante avouée et assumée. Vous déciderez ensuite si cette façon de voir la société vous plaît.
    Pas à moi. Bien que je reconnaisse la nécessité de réformes importantes dans plusieurs secteurs, je pense que le néolibéralisme a aussi des effets pervers dont la création d'inégalités sociales majeures qui ont toutes sortes d'impacts.
    Je vous accorde cependant qu'aucun parti politique au Québec n'applique pleinement ce mode de gestion de l'économie. Heureusement, si vous voulez mon avis.

  • Madame Jolicoeur,
    Tout à fait d'accord avec votre texte. Je suis heureux de constaté qu'une étudiante ( donc une jeune) démontre autant de jugement et n'est pas embarquée dans le lavage de cerveau collectif de la Classe.
    Claude Poirier
    Quebec

  • En faites lorsqu'on parle de Néo-libéralisme, on fait référence à l'école de Chicago dont Alan Greenspan, conseillé sous Nixon et Reagan ainsi que président de la Réserve Fédéral Américaine en est le représentant le plus connus.
    Les tenants de ce mode de pensé croit à la "main invisible" que l'intervention de l'État ne sert à rien que les marché s'auto régule. Ce qui n'est pas faux mais en s'auto-régulant il crée d'énorme crise.
    On qu'à voir en 29 comment l'économie a pris du temps à se relever. Cet évolution du néo-libéralisme s'est fait à la fin des années 60 et dans les années 70.
    Donc votre référence n'est pas bonne par rapport au modèle contesté par la go-gauche.
    Mais des néo-libéraux tel que décrit par l'école de Chicago dans les années 70, il n'y a en pas au Québec.
    En fait c'est aussi crédible que de traiter la gauche Québecoise de communiste...

Commenter cet article

Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous

 

Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

la liste:9856:liste;la boite:1830524:box; Le tpl:300_op-articles-photos.tpl:file;

LE CERCLE LA PRESSE >

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Un groupe de commentateurs citoyens qui profitent d'une vitrine exceptionnelle sur l'accueil du site web. Les membres sont sélectionnés par la salle de rédaction pour la pertinence de leur propos, leur expertise, le style et la qualité de leur écriture.

Participez

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

image title
Fermer