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Le biais des médias : le rêve de l'objectivité

Lucie-Gabrielle Jolicoeur
 

Lucie-Gabrielle Jolicoeur

Étudiante à la maîtrise en création littéraire

L'autre jour, dans la salle d'attente de mon dentiste, j'ai trouvé un journal Le Monde. Il datait un peu, évidemment, mais un article a attiré mon attention : Les étudiants manifestent à Mexico.

J'ai grogné. Les voilà qu'ils s'y mettent eux aussi.

Mais non. Eux, ils ne manifestaient pas contre les frais de scolarité, ils manifestaient contre les médias de leur pays qu'ils accusent d'être vendus à un des candidats à la présidence, Enrique Peña Nieto. Ils parlent plus de lui que des autres et le déclarent toujours à l'avance dans les sondages.

Si l'accusation est vraie, c'est très grave. Et l'inquiétude me gagne : qu'en est-il ici ?

Petite histoire cocasse. Quand le Canada s'est retiré du protocole de Kyoto, les médias québécois se sont levés comme un seul homme : méchant Harper !

Moi, je me suis dit que Harper, il est plein de choses, mais ce n'est pas un imbécile, alors pourquoi a-t-il fait ça ? J'ai commencé à chercher ne serait-ce qu'une bribe d'un indice d'une piste pour comprendre. Quelqu'un qui dirait, « On n'est pas d'accord, mais voici le raisonnement du gouvernement », ou mieux, « Harper a raison ».

Rien. Nada. Nil. Zéro, une barre dedans.

Finalement, j'ai trouvé une très belle chronique dans le National Post, et j'ai appris sur quoi reposait la décision de Harper. Je pouvais enfin, après trois jours, me former une opinion.

Autre truc bizarre : avez-vous déjà remarqué comment, lors de troubles à l'étranger, on n'entend que la version des agitateurs ?

En ce moment, le Québec en prend plein la gueule. Mes amis européens m'écrivent, inquiets : « Est-ce que ça va ? As-tu été brutalisée ? Es-tu encore libre ? Tape rjhgvi pour oui et 765923 pour non. »

Je leur réponds, un peu éberluée, que je vais très bien, sans façon, et que malgré le fait que la province en entier semble être tombée sur la tête, il n'y personne qui s'acharne à taper dessus.

Mais parlons-en, de ces deux irresponsables (des professeurs d'université, rien de moins) qui sont allés comparer le Québec à la Russie dans le New York Times.

Remarquez que je suis loin d'être une experte sur la Russie. Peut-être que Poutine n'a pas manipulé ces élections, peut-être qu'il y a une raison valable derrière ses lois anti-manifestations. Et, allons-y gaîment, la police québécoise a bien fouillé la maison des Khadir...

Il y a peut-être une poussière de vraie dans ce qu'ils ont dit. Mais ça sent la souillure gratuite à plein nez.

Cette tourmente médiatique m'oblige à poser des questions : le Russe qui a voté pour Poutine et qui en a marre de toutes les manifs, pourquoi ne le voit-on jamais à la télé ? Bashar al-Assad, c'est un criminel immonde ou un dirigeant un peu déconcerté qui essaie de mater une révolution terroriste ? Ben Ali était-il le gros méchant loup ou un petit dictateur pépère plutôt apprécié de sa population ?

Les médias du Mexique disent-ils la vérité en mettant Nieto en tête des sondages ? Peut-être qu'ils ne parlent que de lui parce qu'il est le plus intéressant. Il a admis avoir trompé sa femme, ce qui vend toujours bien les journaux.

Alors, les médias sont-ils biaisés et leur objectivité est-elle utopique ?

Oui et non. Je pense que les médias sont vulnérables à la manipulation. Ils sont romantiques, ils aiment se ranger du côté des révolutionnaires et des opprimés. Ça entraîne des dérapages.

Il faut se méfier des reportages qui ne présentent qu'un point de vue. En tant que client (on a toujours raison, paraît-il), on doit exiger que les journalistes nous montrent toutes les facettes d'une situation. Difficile, oui, mais pas impossible.

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Commentaires (5)

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  • J'ai appris en lisant une chronique d'Yves Boisvert que le 2/3 des étudiants de niveau collégial et universitaire avaient terminé leur session. J'avais la nette impression que la soi-disant grève était générale. Je tombais des nues. Depuis, je suis en colère contre les médias du Québec et leurs titres subjectifs. Autre exemple : l'arrestation d'un jeune homme en route pour les funérailles de sa soeur. C'est ce que disait le titre. Pourtant, il était en route pour organiser les funérailles de sa soeur. Il a évidemment été relâché et a pu assister aux funérailles de sa soeur, trois jours plus tard. Combien de gens sont encore convaincus que les méchants policiers et, surtout, Jean Charest, lui ont fait manquer les funérailles de sa soeur?

  • À mes lecteurs, je pense devoir apporter quelques précisions. Quand je dénonçais un biais, je voulais surtout parler des grandes agences de presse internationales. En ce qui concerne les journalistes d'ici, je crois qu'ils sont très libres, j'aimerais seulement qu'ils nous montrent les deux côtés d'une médaille. Je ne crois pas à un complot Desmarais-Péladeau et je ne trouve pas que ni la droite, ni la gauche aient prééminence dans nos médias (par contre, il me semble hors de tout doute qu'ils haïssent Harper). Finalement, je m'adressais surtout aux lecteurs pour leur conseiller une saine méfiance quand ils lisent un article présentant des arguments qu'en faveur d'un seul point de vue. @ Celine4, une tentative de régulation de la profession de journaliste a été faite il n'y a pas longtemps, mais elle s'est échouée sur la notion de liberté de presse.

  • Je suis comme vous. Quand on me montre ad nauseam les images de la meme batisse qui se fait bombarder jour apres jour et qu'on me dit, dans un autre reportage, qu'il se déroule, en meme temps, une partie de soccer a l'université de l'Irak, eh bien, je me pose des questions. A lire ou écouter les journalistes depuis février 2012, il y a en effet de sérieuses questions a se poser sur cette profession. Comme Christian Bovet disait cette semaine 'on ne montre pas cela car ca ne fait pas de la bonne tévé'. Une bonne petite commission d'enquete sur cette profession ferait surement du bien et les ramenerait dans leur supposé code d'éthique. Car le vrai pouvoir c'est eux qui l'ont puisqu' ils possedent une tribune incroyablement puissante. Mais, comme on dit, le pouvoir c'est comme la boisson, pas tout le monde la supporte. On le voit encore beaucoup plus clairement depuis quelques mois. Ils auraient, a tout le moins, une profonde réflection a faire sur leur éthique.

  • Vous avez raison de questionner l'indépendance des médias d'autant plus qu'au Québec il y a 2 sources privées (la gang à Desmarais et celle à Péladeau). Ceci dit, la théorie du complot est un peu facile, les journalistes qui travaillent pour ces 2 groupes sont des individus ayant chacun leur opinion et leur orgueil qui font chacun un travail selon leurs convictions. Ils n'accepteraient pas de se faire dicter quoi écrire sans crier au meurtre. Ceci dit, il est évident que les grandes orientations sont influencées par les intérêts des propriétaires (ex: pourquoi aucun grand parti n'ose critiquer l'amphitéatre de Québec, pour ne pas s'attirer les foudres de Québécor qui veut diffuser des matchs de la LNH). Si les 2 médias se désintéressent de vous, vous n'existez plus dans l'opinion publique!

  • Un jour, il va falloir réaliser que les points de vue de droite sont très accessibles dans les médias québécois. Les points de vue de gauche aussi.

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