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Les chaussures de l'autre : la solution à la crise étudiante

Lucie-Gabrielle Jolicoeur
 

Lucie-Gabrielle Jolicoeur

Étudiante à la maîtrise en création littéraire

Ça m'est venu en regardant les gens taper sur leurs casseroles, accompagnés par le bonhomme Banane et Pandanarchique. Le masque d'Anonymous et les maNUfestations y sont aussi pour quelque chose. On devrait faire un Carnaval ! Le Carnaval d'été de Montréal, tiens.

Plus un conflit stagne, plus le débat s'embourbe.

En ce moment, Jean Charest s'appelle John James, les manifestants sont des communistes, les policiers sont des fascistes, les journalistes sont des vendus... On ne peut plus avoir une opinion sans se faire déverser sur la tête une montagne d'injures. On n'argumente pas, on énumère les fautes (avec plus ou moins de cohérence). Les esprits sont surchauffés et surtout, plus grave, fermés. Hermétiquement.

À une certaine époque, le Carnaval, ce n'était pas seulement la dernière chance de s'éclater avant les rigueurs du Carême, c'était aussi l'occasion d'échanger les rôles. La grande dame se déguisait en soubrette, la paysanne en princesse. Le gueux se transformait en roi, le gentilhomme en mendiant. Le mercredi venu, ils reprenaient leur vie, probablement plus qu'un peu soulagés, avec une meilleure compréhension de ce qu'était celle de l'autre.

On pourrait enfermer Jean Charest dans un petit studio du plateau (je l'ai d'ailleurs toujours pensé : emprisonner les politiciens le lendemain de leur élection, ça sauverait du temps), avec des Kraft Dinner, de la sangria et un ordinateur branché sur Facebook et Twitter. On pourrait mettre des bigoudis à Martine, une perruque bouclée à Gabriel et les enfermer avec le ministre Bachand et son armée de comptables en leur ordonnant de balancer les finances publiques.

Je rigole. À demi.

Mais si on décidait que pendant une semaine, les médias n'enregistrent plus ce qui est dit. Que pendant une semaine, le gouvernement, les leaders étudiants, les manifestants, les bourgeois exaltés et les journalistes convaincus doivent se glisser dans les chaussures de l'autre. Que tous doivent essayer d'argumenter la position inverse. On pourrait terminer ça avec une belle fête, le 24 juin, et le lendemain, le 25 des Cendres, le débat pourrait reprendre, avec, idéalement, plus de substance et d'empathie.

Je fabule. Je le sais. Mais j'ai fait l'exercice lors d'un cours de philo au Cégep (est-ce que ça se donne encore, ces cours-là ?) et c'est étonnant ce qu'on peut apprendre en renversant son opinion.

Alors, faisons un petit carnaval, mais au lieu de se mettre des masques et des perruques on n'a qu'à se déguiser en avocat du diable. Chez soi, en privé, peut-être même entre amis, on pourrait essayer de revêtir les idées et les arguments de l'autre. En s'écoutant, on arriverait peut-être à mieux s'entendre.

En plus, ça ramènerait les touristes.

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Commentaires (5)

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  • Le probleme avec votre suggestion est qu'elle ne vient pas directement de la FECQ, FEUQ, CLASSE. Donc, non recevable. Ils vous ont d'ailleurs devancé avec leur Festival des Solidarités lequel ne durera pas seulement une journée mais pour l'éternité. Les frais de scolarités c'était un apéritif. Ils passent maintenant au plat principal.

  • Heureux de constater qu’humour et gros bon sens peuvent encore se côtoyer.
    Fernand Lavigne

  • Depuis longtemps le meilleur texte sur la crise que nous traversons. Un texte teinté d'humour mais surtout de sagesse. C'est effectivement ce qu'il faudrait faire, tenter de se mettre dans la peau de l'autre. C'est ce que nous devrions faire en tout temps. Bravo !!!
    H. Gallagher

  • Chapeau, Madame! J'aimerais quand même ajouter qu'un studio sur le Plateau, ça ne doit pas être à la portée des jeunes étudiants, à moins d'avoir des parents riches qui paient le loyer! Et y a-t-il vraiment des gens qui prennent de la sangria avec du Kraft dinner? Ça doit être plutôt beurk... ;)))
    S. Bergeron

  • Quelle bonne idée que vous avez là. J'ai lu votre texte avec grand plaisir et j'ai senti beaucoup de jugement et de discernement dans vos propos. J'aimerais bien manipuler la plume aussi bien que vous.
    Je tente votre suggestion de ce pas, je me mets dans la peau des étudiants, et je tenterai d'apporter des arguments pour faire avancer ma cause.
    Je vous en donne nouvelles sous peu. Merci pour ce beau texte.

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