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Omar Khadr et Guantanamo: une étape de franchie, une quête de justice à finir

Béatrice Vaugrante
 

Béatrice Vaugrante

Directrice générale Amnistie internationale Canada francophone

À peine les medias rapportaient-ils la nouvelle du retour d'Omar Khadr au Canada que certains commentaires allaient déjà dans le sens d'une histoire du passé dont il fallait tirer des leçons. Son rapatriement était grandement attendu, depuis bien trop longtemps, mais cela ne reste néanmoins qu'une étape vers de nouveaux chapitres, dans cette saga qui couvre maintenant une décennie. Car le gouvernement doit à Omar Khadr des comptes - il en doit aussi à tous les Canadiens - sur les raisons d'un tel délai.

Ce cas est depuis le début celui d'une injustice fondamentale liée à Guantanamo. Personne n'aurait du être transféré dans un centre de détention opérant hors du cadre de la loi, et surtout pas les douzaines de mineurs âgés entre 11 et 17 ans qui ont fini par y passer, incluant bien entendu Omar Khadr, le seul à y être condamné par une commission militaire loin de respecter les standards internationaux de justice.

Tout cela est arrivé en 2002, au moment même où la communauté internationale entérinait une entente historique sur les enfants soldats - initiative menée par le Canada. Au lieu de se faire offrir «démobilisation, réhabilitation, et réintégration», ces mineurs ont fait face à de la torture et des mauvais traitements, des détentions illégales et un vide juridique indéfini et sans espoir.

L'entente de culpabilité de 2010 a permis une ouverture pour qu'Omar Khadr sorte enfin de Guantanamo et soit accueilli dans le système de justice canadien. Avec l'espoir qu'une certaine dose d'équité allait enfin porter son dossier. Même le ministre Vic Toews concède que les prochaines étapes appartiennent à la Commission des libérations conditionnelles, et non plus aux aléas de la politique.

Les cours de justice, jusqu'à la Cour Suprême du Canada, les organes de l'ONU, de nombreuses organisations dont Amnistie internationale, ont maintes fois documenté les violations de droits humains subies par Omar Khadr, et elles restent à réparer. Les allégations de torture et de mauvais traitements sont crédibles et troublantes, et doivent faire l'objet d'une enquête. Des officiels canadiens ont également violé les droits d'Omar Khadr selon la Charte canadienne quand ils ont continué de l'interroger à Guantanamo, malgré le fait que sa détention et ses conditions de détention violaient les normes internationales. Son statut d'enfant combattant continue encore d'être ignoré.

Une part importante du processus de réparation sera de s'assurer que cela ne se reproduise jamais. Depuis trop longtemps le Canada a été inconsistant dans son approche envers les Canadiens détenus à l'étranger faisant face à de sérieuses violations de leurs droits humains. Le dossier d'Omar Khadr se distingue comme étant l'un des plus grands échecs de protection d'un citoyen. Nous devons pouvoir compter sur un système où tous les citoyens reçoivent une protection égale et le gouvernement doit saisir toutes les occasions pour s'y engager de manière efficace et rapide.

Amnistie continuera de suivre le dossier de près. Non seulement il est possible d'assurer la sécurité de tous sans piler sur nos engagements de respect des droits, mais c'est le seul moyen en fait. Il ne faut plus tolérer ces pratiques de droits humains à la carte. Aux termes du droit international, ni le droit national ni la politique ni le contexte ne peuvent être invoqués pour justifier le fait de ne pas honorer les obligations inscrites dans les traités. Ceux-ci sont mis en place justement pour faire face aux situations difficiles, et c'est dans ces situations que nous pouvons mesurer la valeur des engagements de nos dirigeants, et la nôtre.

- Avec la participation d'Hillary Homes, responsable des questions sécurité, Amnistie internationale Canada anglophone.

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Commentaires (11)

Commenter cet article »

  • Je suis un peu déçu des réactions ici. On ne juge pas le Canada ou les Talibans ou les terroristes. On juge une personne. Lorsqu'on juge une personne, on essaie de se mettre à sa place un peu pour se rendre compte de quoi la situation a l'air.
    Si mes parents étaient partis du Canada alors que j'avais 7 ans, je sais que j'aurais suivi sans pouvoir ne rien faire à la situation.
    Au lieu d'être dans les scouts qui est aussi une organisation para-militaire, je me serais amusé dans des camps dont je n'aurais pas compris pleinement le but et la raison car ce n'est pas dans ces pays et dans ces camps qu'on fait circuler l'information la plus complète possible et à mon âge de toute façon, je ne cherche pas tant à m'informer qu'à m'amuser.
    J'aurais possiblement tué des soldats avec un uniforme qu'on m'aurait appris à considérer comme ennemis. Si on lit les théories psychologiques d'un certain Skinner, on va se rendre compte que, de toutes façons, "tout choix est le résultat d'une chaine causale biologique ou culturelle, donc la liberté n'existe pas ".
    Je ne sais même pas si Omar Khadr l'a réellement fait seulement mais Je rappelle que les États-unis l'ont jugé et puni pour cela. Il a fait son temps qui compte double à comparer avec le temps d'un tueur canadien à mon avis. Qu'est-ce qu'on veut de plus de lui ?!
    On fait les dégoutés qu'il se soit battu contre le Canada mais dans ce cas Pauline Marois se bat aussi contre le Canada. et on accepte ses serments à la reine, pourquoi ne prendrait-on pas la parole d'honneur de Khadr qu'il ne récidivera pas?
    Et comment ne peut-on pas avoir au moins un minimum de sens du pardon envers des actes d'un jeune alors qu'on nous a seriné longtemps que nous les Québécois étions différents sur la manière plus humaine de punir les jeunes.

  • Je suis membre d'Amnistie depuis 7 ans.
    Ils font un travail considérable.
    Un jour vous aurez peut-être besoin d'eux.

  • J'apprécierais beaucoup que AI, le NPD, la gaugauche en général et tous les "défenseurs" de talibans,etc... démontrent autant de détermination et de pugnacité pour venir en aide à cette pauvre dinde de Drummondville prise en Arabie Saoudite avec ses deux enfants. Mais il est vrai qu'elle n'a pas tué de soldat américain (ou canadien)...

  • Si c'était un citoyen canadien et voulait être traité comme tel que faisait-il rendu là à se battre?

  • Je voudrais pas pêter votre bulle mais Khadr était membre d'une organisation terroriste et serait responsable de la mort d'au moins une personne.
    Faudrait se calmer avant de le canoniser... ce n'était pas un enfant de coeur.
    Les terroristes ne font pas dans la dentelle quand il font sauter des bombes dans des marchés bondés d'innocents, de vrais innocents.

  • Le premier ministre Harper a démontré une haine maléfique contre un être humain. La haine et le mépris ne sont pas des valeurs canadiennes; nos valeurs sont plutôt la compassion , la justice et l'obéissance aux lois.
    Vic Toew's, son ministre , m'apparait plutôt sadique, lorsqu'il continue à démoniser cet enfant soldat, citoyen canadien en plus.
    Ce gouvernement supporte des valeurs qui sont contraires à celles de la population. Nous en avons encore pour trois ans; espérons qu'il n'y aura pas de décisions concernant le bien être de l'humanité d'ici ce temps-là.

  • il va nous coûter dans les 7 chiffres en poursuites pour avoir été laisse la par le gouvernement , c'est pas la CIA qui payera , donc le gouvernement a également failli a tous les contribuables , c'est ça qui arrive quand on met des radicaux cachant a peine leur cote religieux au pouvoir , la droite catho chez nous n'a rien a apprendre des mollah talibans de la bas
    tom bombal

  • Le cas Omar Khadr a démontré le mépris absolu de la Convention de Genève par les E-unis concernant les prisonniers Afghans, soustraits d'office par décision arbitraire des droits internationaux, et "parqués" à Guantanamo.
    En retardant indument le retour d'Omar Khadr, le gouvernement canadien a prouvé sa façon partisane et indigne de faire de la "politique de clan".
    Et si les tribunaux accordaient au jeune Khadr une indemnité pour ses dix années de prison et sévices subis, ce serait une suite envisageable et souhaitable.

  • Les sept membres du jury ont également entendu le psychiatre Michael Welner, qui a évalué Omar Khadr pour la poursuite.
    Il a décrit le Canadien comme un individu « très dangereux » qui « a mariné dans un environnement musulman radical ».
    Il a poursuivi en présentant Omar Khadr comme « la rock star de Guantanamo » qui est aimé et adulé par ses compagnons de détention car il a tué un militaire américain.
    Les autres détenus le considèrent aussi comme « le guide de leurs prières ». « C'est lui qui conduit les prières pour le camp 4 », a indiqué le psychiatre.
    « Il parle anglais, c'est un garçon charmant, qui se comporte avec une certaine grâce », qui lit Harry Potter mais qui a aussi « mémorisé le Coran » plutôt que de prendre des cours pour s'occidentaliser, a ajouté le Dr Welner, qui a témoigné pendant deux heures.
    Le psychiatre a basé notamment son diagnostic sur deux jours d'entretien avec le détenu en juin dernier et sur des vidéos sur sa famille qu'il a trouvées sur Internet.

  • Amnistie internationale Canada fait un travail remarquable dans le cas Khadr. Ne lâchez surtout pas!

  • Il faut dire qu'en 2002, il ne faisait pas bon s'opposer à l'oncle Sam. Il valait mieux régler sa montre sur celle des États-unis et ne pas les contrarier. Mais c'est vrai qu'Omar khadr a été traité injustement de tous les cotés que je puisse retourner la chose et il ne nous reste plus qu'à essayer de réparer maintenant.
    Félicitations pour votre travail.

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